Kalpak

Mode : le nomade contemporain

Si le Kalpak a bien sa place dans le patriotisme kirghiz, il l'a de moins en moins dans les garde-robes des plus jeunes. Iskender Asanaliev, designer déjà connu au-delà des frontières, l'a remis à la mode en inventant le "futur garde-chef du nomade". Reportage

Pour trouver ce studio de design et de création, il faut déjà une très bonne orientation dans les rues de Bichkek. Lorsqu'on traverse le Boulevard Dzerzhinskiy, entre les feuilles tourbillonnantes, les glands tombés des branches et le doux chant des oiseaux, on peut apercevoir de jeunes gens qui se lancent dans la ruelle. Les chapeaux, aux couleurs vives et aux formes inhabituelles attirent le regard. Et indiquent que l'on est bien sur le bon chemin.  

Hasard ou non, le studio est installé à l'intérieur de la maison historique d’Aala Tokombaev, un artiste respecté, écrivain national et poète kirghiz.

L'intérieur est arrangé dans un style minimaliste : des murs de tons beiges et gris, quelques bureaux avec de grands écrans d'ordinateurs et des étagères où reposent les modèles de chapeaux.

C’est ici que les traditions sont remises à la mode par un artiste du nom d’Iskender. Son œuvre : des chapeaux, mais pas des plus communs. 

Kalpak

Ceux-ci ont une forme inhabituelle, un mélange de Panama et de Kalpak, le couvre-chef national kirghiz. Chaque chapeau est unique et réalisé en un seul exemplaire. Ce sont des chapeaux à bords, de feutre, massifs et sans couture.

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Iskender Asanaliev est à l'origine d’une telle idée. Ce jeune homme, web-designer et designer de parures, de vêtements et de chaussures ethniques est déjà célèbre dans certains cercles étroits.  

Iskender a 30 ans. Il a obtenu son diplôme supérieur en Turquie, en communication télévisuelle et radio. Cela fait 11 ans qu'il s'est épris du design et travaille dans ce domaine.

« Un jour, installés dans un parc, nous nous demandions pourquoi les jeunes ne mettent pas de Kalpak. Puis nous avons conclu que c'est simplement une question de mode. Si l'on s'intéresse à l'histoire du Kalpak, on s'aperçoit qu'il a subi plusieurs changements à partir des années 50. Nous avons donc décidé de prendre des Kalpaks classiques pour base et de les pourvoir d'une nouvelle forme », explique Iskender.

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Qualifier la collection d'ethnique lui ferait du tort, mais elle correspond bien à un style nomade contemporain. Pourtant, par ses racines, l'idée à l'origine de la création de ces chapeaux repose sur l'histoire.

« Nous nous concentrons surtout sur les jeunes urbains. Comme vous le savez, il fait très froid en hiver, mais ils ne portent pas de couvre-chefs. Ceci est une bonne alternative pour eux. Il y a environ 15 objets dans la collection, tous sont exclusifs », poursuit Iskender.

Kalpak

Ces chapeaux sont conçus pour des hommes comme pour des femmes. On commence par développer le design, la forme, puis on crée un moule d'argile spécial et la forme est versée dans du plâtre. Les créateurs de ces chapeaux uniques travaillent avec leurs fournisseurs, ils préparent une ébauche en feutre, les designers commandent les couleurs. L'ébauche est donnée aux fournisseurs, qui finissent par mouler un chapeau de feutre sans couture sur sa base. Les chapeaux sont exportés vers la Turquie, la Russie et le Kazakhstan en petites quantités. Des livraisons vers l'Europe et l'Amérique sont également prévues.

Kalpaks classiques et formes nouvelles

L’histoire reste toujours présente. Les chapeaux d’Iskender sont vendus sous la marque « Tourana ». Tourane, le territoire sur lequel vivaient les ancêtres des Kirghiz. Et l’art de travailler le feutre, aujourd’hui, appartient surtout aux Kirghiz. Parmi lesquels ce jeune rêveur.

Mais Iskender ne s'arrête pas aux chapeaux. Ses esquisses dépeignent également des designs de meubles, de chaussures, de vêtements et de parures, pour hommes et pour femmes. 

A en juger des critiques, ses produit plaisent beaucoup. Mis à part quelques patriotes autoproclamés, qui accusent le designer de modifier la forme originale du Kalpak.

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Quoi qu’il en soit, c’est bien ici que se réveillent des siècles de traditions au contact de la culture urbaine contemporaine.

Beghimai Sataeva

Relu par Marion Biremon

Traduit du russe par Florian Coppenrath

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