Assaut Koï-Tash Atambaïev Almazbek Kirghizstan

Opération Atambaïev : un mort, des dizaines de blessés et des appels à la paix

Dans la nuit du 7 au 8 août, une opération des forces spéciales kirghizes en vue d’arrêter l’ex-président du pays Almazbek Atambaïev s’est terminée par un échec : un mort, des dizaines de blessés et beaucoup d’incertitudes quant à la suite des événements. Novastan fait le bilan de la situation. 

C’est un constat cuisant pour les autorités kirghizes. Ce jeudi 8 août, au lendemain de l’assaut par les forces spéciales du domicile de l’ancien président Almazbek Atambaïev, on compte un mort, plusieurs dizaines de blessés et une situation encore très floue. 

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Almazbek Atambaïev, président du Kirghizstan entre 2011 et 2017, est accusé, entre autres, de faits de corruption et démuni de son immunité présidentielle depuis le 27 juin dernier. En repoussant l’assaut des forces spéciales, il s’est tenu à ses paroles. De fait, il avait précédemment déclaré qu’il était armé et qu’il se battrait jusqu’à la fin si les forces spéciales venaient le chercher dans sa résidence à Koï-Tash, un village dans la banlieue sud de Bichkek, la capitale du pays. 

Un mort, 52 blessés

Mercredi 7 août au soir, les forces de l’ordre ont lancé une opération à Koï-Tash où s’étaient rassemblés depuis juin des centaines de partisans d’Almazbek Atambaïev. Les deux partis se sont affrontés avec des pierres et des tirs. Les opposants ont construit des barricades et utilisé des feux d’artifices pour empêcher les forces armées de s’approcher du territoire. Plusieurs incendies ont éclaté pendant la nuit. 

Un membre des forces spéciales est décédé des suites de ses blessures, un autre est en état critique en réanimation. Le bilan établi au 8 août au matin fait état de 52 blessés dans les hôpitaux de la région, dont au moins 24 militaires. Certains civils seraient déjà retournés à Koï-Tash dans l’attente d’une deuxième tentative d’arrestation.

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Par ailleurs, des combattants des forces de l’ordre sont toujours retenus en otage à Koï-Tash. Ils devaient être libérés après le retrait des forces pendant la nuit, mais ce matin un porte-parole du camp Atambaïev a déclaré que le gouvernement n’avait pas satisfait toutes leurs demandes : des policiers seraient toujours stationnés près de la résidence, le réseau mobile reste instable et, surtout, ils disent craindre un nouvel assaut.

Une vidéo montrant les otages allongés dans la résidence de l’ex-président a été publiée pendant la nuit. Les partisans de Koï-Tash ont assuré que les otages étaient tous sous surveillance médicale. Trois d’entre eux ont été évacués vers un hôpital en fin de matinée. 

“Nous ne sommes pas un peuple qui vit à genoux”

Vers 3 heures du matin heure locale, les forces spéciales se sont retirées. L’ex-président Almazbek Atambaïev a ensuite commenté la situation dans une vidéo. “Malheureusement, des civils innocents ont été blessés. Le gouvernement a envoyé des forces spéciales pour cette opération. Mais nous ne sommes pas des terroristes”, a-t-il déclaré, contestant à nouveau les accusations qui lui sont faites. “Il est temps pour le gouvernement de réfléchir. Nous ne sommes pas un peuple qui vit à genoux.” 

Le président actuel Sooronbaï Jeenbekov doit tenir un conseil de sécurité fermé à la presse aujourd’hui. Le successeur et ancien protégé de l’ex-président a déclaré que son mentor avait “violé la Constitution et les lois” et qu’il était impératif de prendre des “mesures urgentes”. Les députés, qui sont officiellement en congé jusqu’à la fin du mois, doivent récolter un tiers des signatures parlementaires pour se réunir en urgence. 

Lire aussi sur Novastan : Kirghizstan : l’ex-président Almazbek Atambaïev organise sa résistance

D’après les journalistes de Spoutnik présents sur place, il y aurait environ 300 personnes à Koï-Tash.  Ils se prépareraient à se rassembler devant le bâtiment gouvernemental pour réclamer la démission du président. D’autres partisans se rassemblaient en milieu de journée dans le palais des sports. 

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La mairie a ouvert une ligne d’urgence pour dénoncer toute tentative de provocation. Un message important, du fait de l’histoire du Kirghizstan, qui a deux révolutions sanglantes (2005 et 2010) derrière lui. 

#NousSommesContreUneTroisièmeRévolution

Sur les réseaux sociaux, la peur se fait sentir. #NousSommesContreUneTroisièmeRévolution : c’est le hashtag en réponse aux évènements de la nuit du 7 au 8 août. Si les commentaires sur les réseaux sociaux affichent déjà une forte division entre les camps de l’ex-président, venant du Nord du pays, et celui du président actuel, venant du Sud, beaucoup de civils et de politiques appellent à la paix. 

Omourbek Babanov, principal opposant à Sooronbaï Jeenbekov lors des élections en 2017 et actuellement en Russie, s’est adressé aux deux partis sur son compte Facebook: « Ce conflit ne doit en aucun cas continuer. Il a dépassé le cadre des ambitions personnelles et devient un conflit civil. Il faut arrêter ces événements tragiques, ce sont les citoyens ordinaires qui souffrent !” Omourbek Babanov devait rentrer au Kirghizstan en avril, mais y avait finalement renoncé par crainte de provoquer une révolution.

Marion Biremon
Correspondante pour Novastan à Bichkek

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Un moment d’affrontement violent entre policiers et supporters d’Almazbek AtambaÏev devant sa résidence dans la nuit du 7 au 8 août.
Capture d'écran de Rustam Khalimov
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