Almazbek Atambaïev Président Kirghizstan

Pourquoi Almazbek Atambaïev va-t-il rester en politique ?

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Suite à une rencontre avec son homologue russe, Vladimir Poutine, le président kirghiz, Almazbek Atambaïev, a affirmé qu’il continuerait à faire de la politique, même après la fin de son mandat présidentiel. Que signifie cette déclaration du président ?

Novastan reprend ici la retranscription d’une émission de Radio Azattyk« Araï koz tcharaï », dans laquelle étaient invités l’ancien directeur du Comité d’État pour la Sécurité nationale du Kirghizstan (GKNB en russe) et homme politique Kenechbek Douïchebaïev, l’activiste kirghiz Joumakadyr Akeneïev et l’expert Arkadiï Doubnov.

Radio Azattyk : Almazbek Atambaïev a fait plusieurs déclarations lors de sa rencontre avec Vladimir Poutine. En particulier, il a affirmé qu’il ne comptait pas quitter la vie politique après l’achèvement de son mandat. Quel est votre opinion sur cette déclaration, qu’est ce qui l’explique ?

Kenechbek Douïchebaïev : Au départ, comme une majorité de la population, je n’ai pas compris le sens de ce propos. Auparavant, Almazbek Atambaïev disait qu’il interférerait pas en politique, que le peuple devrait choisir son candidat pendant que lui s’occuperait de son activité artistique et de sa famille. C’est pourquoi nous n’avons pas saisi la portée de cette déclaration. Mais, avec la nomination de Sapar Issakov à la tête de l’administration présidentielle, j’ai eu l’impression que le président kirghiz a décidé d’emmener ce dernier jusqu’à la présidence en novembre 2017 et de rester en politique pour devenir le mentor du jeune politicien. C’est mon avis personnel.

Joumakadyr Akeneïev, comment interprétez-vous la déclaration du président ?

Joumakadyr Akeneïev : J’ai très bien compris le sens de cette déclaration. En premier lieu, il est possible qu’Almazbek Atambaïev veuille renforcer son parti politique et se préparer pour les élections de 2020. Si son parti obtenait la majorité des voix, il pourrait prendre la tête du gouvernement ou du Parlement. De plus, des amendements ont été apportés à la constitution, notamment l’extension des pouvoirs du Premier ministre. Peut-être que le parti compte le préparer à occuper cette fonction.

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Arkadiï Doubnov, vous êtes spécialiste des questions liées aux pays d’Asie centrale. Quel est votre avis sur cette déclaration du chef de l’État ?

Arkadiï Doubnov : Almazbek Atambaïev a confirmé lors de sa rencontre avec Vladimir Poutine qu’il compte rester en politique au terme de son mandat en novembre. Selon moi, il veut prouver au président russe que Moscou peut lui faire confiance si jamais la Russie choisit de soutenir le candidat proposé par Almazbek Atambaïev comme futur président. Cette personne serait ainsi loyale vis-à-vis de la Russie. Même si le président kirghiz ne sera plus assis dans le fauteuil présidentiel, il pourra toujours contrôler les actions du futur président, puisqu’il resterait en politique. C’est la meilleure interprétation possible. Ainsi, il voulait montrer à son homologue russe que celui-ci pouvait compter sur la continuation de la politique menée depuis 2010.

Selon la constitution, le président est élu pour un seul mandat. On dit, en général, que le pouvoir n’admet pas l’usurpation et garantit la stabilité dans le pays. Si Almazbek Atambaïev reste en politique après son mandat, quelles  seront les conséquences pour le pays ?

Kenechbek Douïchebaïev : Il semble que le président veuille que tout le monde oublie ce qu’il a dit précédemment. Cette déclaration peut avoir des conséquences néfastes sur le jeu politique. Pourquoi ? Parce que les différentes branches du pouvoir sont contrôlées par des représentants du parti social-démocrate du Kirghizstan (SDPK en russe). De ce point de vue, on pourrait presque parler d’une usurpation du pouvoir. C’est déjà ce dont parlent certains politiciens, activistes et experts. Le président, le Premier ministre, le président du Parlement sont issus du même parti. Et les hauts fonctionnaires nommés par eux sont également des proches. La déclaration du président laisse à penser que son parti continuera à être dominant.

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Joumakadyr Akeneïev, les autres forces politiques acceptent-elles cette situation ? N’y a-t-il pas un risque de tensions dans le pays ?

Joumakadyr Akeneïev : Non. En dépit du fait que, selon la constitution, nous sommes une République parlementaire, cela fait 6 ans que nous avons un pouvoir présidentiel fort. Almazbek Atambaïev, en tant que président disposant de larges pouvoirs, est actif dans toutes les directions. S’il avait été plus faible, son influence aurait été moindre.

N’est-ce pas une violation de la constitution ?

Non. En principe, cela ne contredit pas la constitution. Il est élu par le peuple. Mais il est vrai que c’est le système parlementaire qui a établi un pouvoir présidentiel fort.

Traduit du russe par Dimitri Rechov pour Novastan

Almazbek Atambaïev, président du KirghizstanMartin Schulz – Former EP President (2012 – 2017)
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