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Pourquoi les échecs sont-ils si populaires en Asie centrale ?

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Très populaires sous l’Union soviétique, les échecs ont continué de l’être après l’indépendance, malgré un manque de soutien des gouvernements. Aujourd’hui, un renouveau de ce sport est visible un peu partout en Asie centrale. 

Novastan reprend et traduit ici un article publié initialement par The Open Asia.

Les échecs sont aujourd’hui très à la mode en Asie centrale post-soviétique (Kazakhstan, Ouzbékistan, Kirghizstan, Tadjikistan, Turkménistan), alors qu’on pourrait facilement se contenter d’y jouer sur Internet. Cet engouement s’explique par plusieurs raisons.

Aussi, en l’honneur de la journée internationale des échecs qui s’est déroulée le 20 juillet dernier, le journal The Open Asia a décidé de se pencher sur la popularité des échecs dans les pays de cette région, et comprendre pourquoi elle est si forte. Tour d’horizon des pratiques échiquéennes dans les pays concernés, Turkménistan excepté.

Kazakhstan : des stars internationales

Cet été, le festival international d’échecs « Astana Open – 2017 » a été ouvert en grande pompe. Des participants venus de presque vingt pays du monde entier se sont pressés dans la capitale du pays, Astana. L’occasion pour ces joueurs de participer non seulement à un tournoi, mais à une véritable fête du jeu d’échecs, qui a duré deux semaines. Durant ce festival, des compétitions pour les professionnels, les amateurs et les enfants ont été organisées, mais aussi des modules de formation à l’arbitrage, et bien d’autres événements encore.

Le nombre de participants a doublé en un an

Il ne s’agit pas d’une rencontre isolée, coïncidant avec la journée internationale des échecs ou, comme d’autres événements cet été, avec l’EXPO 2017. Il y a aujourd’hui au Kazakhstan un véritable boom des échecs : alors que l’an dernier le festival avait réuni 300 participants, ils étaient cette fois-ci 600.

La fédération kazakhe des échecs souligne, parmi les tendances actuelles, l’augmentation du nombre de compétitions et de tournois locaux ainsi qu’un intérêt croissant de l’élite économique envers les échecs.

« En 2012, notre président (Noursoultan Nazarbaïev, ndlr) a déclaré que tous les dirigeants devraient jouer aux échecs. Et en effet, il s’agit bien d’un jeu intellectuel, qui apprend au joueur à ne pas penser avec des œillères : il lui faut calculer plusieurs coups à l’avance, voir la stratégie et la tactique, ou autrement dit, le but et le chemin pour y parvenir. Et il lui faut en même temps anticiper plusieurs variantes pour arriver à ses fins », explique Irina Grishenko, directrice exécutive de la Fédération kazakhe des échecs.

Visiblement, les dirigeants ont bien écouté le conseil du président. De nombreuses compagnies ou entreprises nationales organisent désormais des tournois d’échecs, tandis que le montant des prix s’est considérablement élevé, attestant que les mécènes sont prêts à soutenir ce sport.

Quelques grandes stars

Si l’on examine les échecs comme n’importe quel grand sport, on constate par ailleurs que les maîtres kazakhs ont déjà à leur actif un palmarès sérieux. Le meilleur joueur de la République, Rinat Joumabaev, est un Grand Maître International, au classement Elo de 2 620 points, le plus élevé d’Asie centrale. Le titre de Grand Maître International (GMI) est le plus haut décerné par la Fédération Internationale des échecs (FIDE). A une époque, Rinat Joumabaev est même rentré dans le top 50 des joueurs d’échecs au blitz. Compte tenu de la concurrence entre les hommes dans ce sport, il s’agit d’un résultat peu commun.

Rinat Jumabaev Kazakhstan Echecs Jeu Sport

Murtas Kazhgalaïev (Elo 2578) est un autre grand maître international parmi les meilleurs joueurs du pays : il a déjà représenté le Kazakhstan aux Olympiades d’échecs à six reprises au sein de l’équipe nationale.

Les nouvelles stars kazakhes des échecs sont des femmes

Mais ce qui est intéressant et inhabituel, c’est que les stars kazakhes des échecs sont aujourd’hui des jeunes filles et des femmes. Elles remportent des victoires significatives les unes après les autres. Le nom de Jansaya Abdoumalik est connu du monde entier. En 2014, elle est devenue à 14 ans la plus jeune Grand Maître du Kazakhstan. Jansaya a été plusieurs fois championne du Kazakhstan et cinq fois championne du monde dans sa tranche d’âge. Elle a commencé à jouer aux échecs à 5 ans et demi, et est tombée amoureuse de ce jeu grâce à son papa. Aujourd’hui, Almaty compte même une académie d’échecs à son nom. En 2016, les élèves de cette école ont remporté le plus grand nombre de médailles au championnat municipal.

L’an dernier, c’est Dinara Sadouakassova qui a étonné tout le monde. Elle est devenue la championne du monde des moins de 20 ans (âge qu’elle a désormais dépassé). Pour le Kazakhstan indépendant, il s’agit d’une première depuis le précédent exploit de Darmen Sadvakasov. Cette jeune femme a aussi commencé à jouer aux échecs à cinq ans, et s’est entraînée sérieusement dès l’âge de dix ans. En dehors des échecs, elle est passionnée de musique, de gymnastique artistique, de natation, et de l’étude des langues.

Dinara Saduakassova Kazakhstan Echecs Sport Jeu

Les deux femmes ont toutes les deux le grade de Maître International décerné par la Fédération Internationale des échecs. Et les réussites féminines des échecs kazakhs ne s’arrêtent pas là.

« Aicha Zakirova a gagné le titre de championne du monde des moins de huit ans, Asel Seribkaï est triple championne d’Asie et championne du monde des écolières en 2017. Meruert Kamalidenova est deux fois championne d’Asie dans sa catégorie d’âge », s’est enorgueilli le président de la Fédération kazakhe d’échecs Galimjan Esenov au cours de son cinquième sommet.

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Toutefois, bien malin celui qui pourrait dire quel est le secret de ce phénomène. Certains avancent que les filles sont à cet âge-là plus assidues et déterminées que les garçons.

Une popularité croissante des échecs auprès des enfants

L’essor des échecs chez les enfants connaît lui aussi une explosion. Le nombre de clubs et d’écoles d’échecs est tel qu’il est difficile de les compter. La fédération kazakhe des échecs a commencé à publier quelques statistiques au début de 2015 et parle de 40 écoles rien qu’à Almaty et à Astana. Elles sont toutes privées et ne reçoivent pas de soutien du gouvernement. En plus, entre 30 et 60% des écoles élémentaires dans chaque ville et région du Kazakhstan animent des clubs d’échecs.  La seule exception est celle de la région de Pavlodar, dans le nord est du pays. Là-bas, l’Akim, le gouverneur local, a poussé son pion : il a amené les échecs dans chacune des écoles. Il s’agit d’un programme local spécifique, financé par les budgets municipaux.

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A la fédération kazakhe des échecs, on précise par ailleurs que ce boom s’est confirmé avec l’arrivée du nouveau président, Galijman Esenov, un homme d’affaires président du conseil d’administration de la banque ATF. Par exemple, en juin dernier a été ouvert un centre de loisirs bien particulier à Almaty : « la planète des échecs ». 50 enfants entre 12 et 14 ans venus de différentes régions, la plupart issus de familles à faibles revenus, y ont été reçus à la condition de jouer aux échecs. Dès 2016, un centre de loisirs similaire avait vu le jour à Astana.

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Cet automne, un autre projet pilote a été lancé dans la République kazakhe. Depuis le 1er septembre, 18 écoles ont vu apparaître dans leur emploi du temps une case « Échecs ». Si les enfants peuvent choisir d’aller ou non pratiquer au club, leur présence aux cours d’échecs, pour apprendre à manipuler les pièces, elle, est obligatoire. 1500 élèves d’environ 6 ans, scolarisés dans dix écoles de la région de Pavlodar, quatre de la ville d’Almaty, et quatre de celle de Kyzylorda y participent. Les professeurs ont déjà été formés, et s’appuieront sur des manuels rédigés au Kazakhstan, écrits en russe et en langue kazakhe.

Un effet positif sur l’apprentissage

Ces enfants seront sous surveillance constante : les résultats de l’expérience seront analysés, et un rapport en sera fait. Mais les auteurs de l’étude anticipent des résultats positifs, déjà démontrés par des expériences similaires en Ecosse, au Vénézuela ou aux Etats-Unis : selon leurs données, les enfants qui jouent aux échecs obtiennent de meilleurs résultats en mathématiques, en physique, lisent plus rapidement, s’intéressent aux livres, et développent un intérêt pour les sciences.

Kirghizstan : des talents, mais un manque de fonds

Durant la période soviétique du Kirghizstan, presque chaque maison possédait un jeu d’échecs. Des championnats étaient régulièrement organisés, entre amateurs comme entre professionnels. On jouait aux échecs dans les cours, les parcs, où l’on installait simplement les jeux sur un banc ou une table pliante.

Les joueurs d’échecs du Kirghizstan recevaient en outre l’admiration dans toute l’arène soviétique. Un groupe de maîtres s’était constitué, et participait avec succès à de nombreuses compétitions. Ainsi, lors des tournois réunissant toute l’Union Soviétique, l’équipe de la République socialiste et soviétique kirghize se hissait régulièrement sur le podium, et avait même remporté la deuxième place lors de l’édition de 1972.

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La République vit même se constituer un groupe de grands maîtres. Svetlana Matveïeva (qui vit aujourd’hui en Russie) était devenue à 13 ans la championne du tournoi soviétique des jeunes, auquel participaient des joueurs de 18 ans. Léonid Yurtaev était également Grand Maître, mais a perdu son titre en 2011.

Le sport se développait avec succès auprès des jeunes. Chaque maison des pionniers, les jeunesses soviétiques, avait son club d’échecs, et l’on trouvait des écoles ou des clubs dans tous les coins de la République.

L’effondrement de l’URSS, un coup dur pour les échecs kirghizes  

Puis l’URSS s’est effondrée en 1991, et le gouvernement a cessé de soutenir le sport, et en particulier les échecs. La vie des échecs ne tenait plus alors qu’à la flamme des enthousiastes. Comme Baktyl Tilenbaïeva, qui pendant toute une année a animé gratuitement un club d’échecs dans une école élémentaire, afin de transmettre à la nouvelle génération l’amour de ce jeu. En 2006, elle a même organisé des grandes compétitions à Bichkek, la capitale kirghize, comme le Championnat d’échecs d’Asie pour les joueurs de 16 à 18 ans. L’occasion pour le Kirghizstan d’être reconnu sur la scène internationale des échecs, et aux jeunes joueurs de participer à des compétitions de niveau international.

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Cet événement a peut-être constitué un tournant. Ou bien, il s’est passé autre chose. Ou encore, les compétences auxquelles forment les échecs sont peut-être revenues à la mode : l’intellect, la capacité à voir les choses logiquement en ayant quelques coups d’avance. Quoi qu’il en soit, tout à coup, les échecs sont devenus à nouveau très populaires au Kirghizstan.

Au moins quarante clubs d’échecs à Bichkek

« Il fut un temps où les professeurs d’échecs affichaient des petites annonces sur les poteaux ou les barrières, tentant désespérément de trouver des élèves. Actuellement, au contraire, je reçois chaque jour deux ou trois appels d’écoles, ou d’autres institutions, afin d’organiser des entraînements aux échecs », affirme le président de la Fédération kirghize des échecs Milan Turpanov. « Il m’est même difficile de vous dire exactement combien il existe aujourd’hui de clubs d’échecs. Il n’y en a pas moins de quarante à Bichkek, et notre sport se développe aussi dans les régions », continue-t-il.

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Au Kirghizstan, les échecs sont à nouveau devenus un sport de masse, presque national. « S’il y a encore cinq ans, seulement 70 à 80 jeunes participaient aux compétitions pour enfants, on en compte aujourd’hui entre 400 et 500. Alors même que nous exigeons un certain niveau pour y participer. Si nous ne le faisions pas, ces compétitions pourraient facilement rassembler plus de deux mille personnes », détaille Milan Turpanov. Un chiffre conséquent, alors que le pays compte environ 5 millions d’habitants.

De nouvelles jeunes étoiles montantes

Des nouvelles écoles et clubs d’échecs fleurissent partout au Kirghizstan. Par exemple, Baktyl Tilenbaïeva a fait un prêt hypothécaire, a acheté une maison, vit dans une pièce et a monté dans l’autre une école d’échecs à son nom. Aujourd’hui cette Maître International enseigne à plus de 200 enfants.

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Les jeunes joueurs d’échecs du Kirghizstan sont couronnés de succès jusqu’au niveau international. Il n’y a pas longtemps, les troisièmes jeux mondiaux des jeunes compatriotes russes organisés à Kazan par la Fédération de Russie ont été l’occasion pour eux de briller à l’étranger. 

« Le Kirghizstan avait présenté trois garçons et une fille, et a été sacré champion du tournoi par équipe », décrit Alexandre Niksdorf, directeur du fond public russe « Nous sommes des compatriotes russes » basé au Kirghizstan.  Ruslan Sedbekov, à l’âge de 14 ans, est devenu le champion de sa catégorie parmi 76 garçons de 13 à 15 ans.

Ce dernier se déclare d’ailleurs enthousiaste à l’idée de continuer sa vie dans les échecs. « J’ai beaucoup de plans. Mais le plus important, c’est de devenir le champion du monde. Pour cela, il me faut jouer encore plus dans les compétitions internationales. J’ai déjà été dans plus de vingt pays différents, et j’ai pu voir comment mes adversaires jouaient. Il n’y a rien d’impossible », explique Ruslan Sedbekov. Le jeune joueur a déjà à son palmarès le titre de « maître ès sports », une distinction accordée au temps de l’URSS aux sportifs émérites et conservée dans plusieurs anciennes républiques soviétiques. Il est également septuple champion du Kirghizstan, triple champion d’Asie parmi les jeunes, et vainqueur de nombreux autres tournois. Le plus remarquable est que Ruslan n’est qu’une des nombreuses étoiles montantes du Kirghizstan.

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Le manque de financement, un obstacle pour participer à des tournois à l’étranger

Bien sûr, tout n’est pas parfait. Les problèmes du Kirghizstan tiennent d’abord au manque de financement. La fédération n’a pas toujours l’argent nécessaire pour envoyer des joueurs d’échecs en compétition. Mais, tant bien que mal, les sportifs ne ratent plus aucun tournoi d’envergure depuis quelques temps.

« La fédération a de nombreux plans. L’objectif global est d’intégrer les échecs dans les programmes scolaires des écoles élémentaires », explique Milan Turpanov, le président de la Fédération kirghize d’échecs.  « Par ailleurs, nous capitalisons sur des tâches plus simples. Nous avons organisé il y a peu au Kirghizstan un championnat d’échecs entre amateurs à la mobilité réduite. Nous proposons désormais d’organiser ce tournoi à l’échelle internationale, par exemple asiatique, avec la devise ‘Ici, chacun peut venir’. Ce serait une première. »  

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« La FIDE a soutenu notre fédération avec d’autant plus de confiance que notre république a une expérience réussie d’organisation de compétitions de grande ampleur. L’an dernier, nous avons organisé au Kirghizstan le Championnat d’Asie entre les jeunes, ouvert aux catégories féminines et masculines jusqu’à 20 ans, pour lequel notre fédération a reçu le prix annuel de la FIDE pour ‘l’événement de l’année’, l’équivalent de l’Oscar des échecs dans la catégorie ‘Meilleure organisation de l’année’ « , affirme, fier, Milan Turpanov.

« L’ex-champion du monde d’échecs Anatoli Karpov soutient également notre fédération. Il n’y a pas longtemps, il est venu à Bichkek pour prendre part à la cérémonie de remise des prix de la traditionnelle Coupe organisée par la présidence de la République kirghize pour les enfants. Lors de sa rencontre avec le Premier ministre (Sooronbaï Jeenbekov, devenu aujourd’hui Président du Kirghizstan, ndlr), il a déclaré qu’il était prêt à ouvrir chez nous sa propre académie d’échecs. Nous cherchons actuellement un endroit à cette fin », a confié à The Open Asia le président de la fédération kirghize d’échecs.

Tadjikistan : une pratique plus familiale que professionnelle

Dès 1975, le parc central de la capitale Douchanbé était le lieu de rencontre de joueurs d’échecs à toute heure de la journée. D’un côté, sous les arbres ombragés, se trouvait une école d’échecs pour les enfants, et de l’autre, un salon de thé, dans lequel se déroulaient des compétitions pour les plus âgés, qui avaient emmenés avec eux leurs petits-enfants. Mais il y a dix ans, le parc a été reconstruit, et les bâtiments de l’école et du salon de thé ont disparu.

Un cruel manque de locaux

La fédération des échecs de Douchanbé est restée sans locaux. Et aujourd’hui, ses entraîneurs sont contraints d’enseigner dans les écoles élémentaires, les lycées, les business-centres, bref, partout où on peut trouver un peu de place.

« La précédente majorité municipale nous avait promis dès son installation de construire un nouveau bâtiment pour nous accueillir, mais rien n’a été fait”, raconte le secrétaire général de la Fédération d’échecs du Tadjikistan, Ilkhom Yunusov. “Nous espérons que l’administration actuelle se saisisse enfin de cette question. Le maire de la ville Rustam Emomalii est lui-même un sportif, et je sais par ailleurs que dans la famille du président (de la République, ndlr), les échecs sont très appréciés, puisque celle-ci organise même des tournois. D’ailleurs, une des petites-filles d’Emomalii Rahmon, le président tadjik, est elle-même une joueuse régulière. »  

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Pourtant, Ilkhom Yunusov insiste : sans bâtiments propres, tout devient difficile pour les joueurs tadjiks. Les entraîneurs sont livrés à eux-mêmes, les élèves ne voient pas le travail des autres joueurs, etc. Au demeurant, quelles que soient les circonstances, les résultats des sportifs tadjiks, bien que modestes, sont au rendez-vous. Par exemple, cette année, Mohammed Husseinhodjaïev a remporté le premier prix du championnat des pays d’Asie centrale qui s’était déroulé à Tachkent, la capitale ouzbèke. Il a accumulé 6,5 points sur 9 possibles (4 victoires et 5 nuls), et a gagné le droit de participer à la Coupe du monde d’échecs, qui s’est déroulé du 2 au 28 septembre à Tbilissi. Il a cependant perdu dès le premier tour face au Français Maxime Vachier-Lagrave, qui ira jusqu’aux demi-finales. 

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«  Nous n’avions pas obtenu de résultats semblables depuis 9 ans. La dernière fois, c’était lorsque notre Grand Maître International Farrouk Amontatov a participé à la finale de la Coupe du monde de 2008 », explique Ilkhom Yunusov.

Ou encore, en mai dernier, lorsque la joueuse Mutriba Hotami a remportée la médaille de bronze du championnat d’Asie de blitz dans la catégorie des jeunes, qui a eu lieu en Iran. Mutriba a obtenu 6,5 points en 9 parties, et a été devancée de peu par l’iranienne Mubinu Alinasab et l’indienne Guddantu Harchitu.

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Le dernier succès en date du Tadjikistan dans la région asiatique est la médaille de bronze du championnat junior du continent, remportée par Ikrom Ibragimov en 2008 au cours d’un tournoi qui s’était aussi déroulé en Iran.

Une absence de sponsors pour financer les déplacements à l’étranger

« Au final, nous avons eu cette année deux résultats importants », poursuit Ilkhom Yunusov, « ce qui ne nous été pas arrivé depuis presque 10 ans. Pourquoi cela ? Je pense que c’est parce qu’à partir de l’an dernier, le comité des sports et de la jeunesse du gouvernement du Tadjikistan a commencé à s’intéresser aux échecs. Il a organisé des festivals, des tournois, des compétitions, attirant une masse de joueurs. Maintenant, on observe que le phénomène n’est pas seulement quantitatif, mais aussi qualitatif, et je suis donc assez optimiste pour le futur », estime le président de la fédération tadjike. 

Mais outre l’absence d’école où se retrouver, les joueurs d’échecs tadjiks ont un autre problème : l’absence de sponsors pour financer leurs déplacements à des compétitions internationales. « Les échecs sont un sport très économique, sa seule dépense conséquente réside précisément dans les déplacements à l’étranger. Or, le budget qui nous est octroyé est insuffisant, et nous n’avons pas de sponsors. Parce qu’ils ne participent pas à des tournois internationaux, nos sportifs ont plus de mal à obtenir des résultats », explique Ilkhom Yunusov.

La nécessité de participer à des compétitions internationales a aussi été soulignée par le joueur Ikrom Ibragimov, qui travaille aujourd’hui comme entraîneur professionnel à l’académie d’échecs de New York.

Echecs Sport Jeu Ikrom Ibragimov Tadjikistan

Participer à de nombreuses compétitions internationales, un aspect essentiel pour progresser

« Quand j’observe le profil des principaux joueurs d’échecs du Tadjikistan, je pense qu’ils ont tous les capacités pour devenir Grands Maîtres, si seulement ils pouvaient participer plus souvent à des tournois internationaux. J’avais le même problème jusqu’à mon départ pour l’Amérique. Je ne jouais pas souvent en compétition internationale : je ne participais qu’à trois ou quatre tournois par an, ce qui n’est pas sérieux. A partir du moment où j’ai pris part à trois-quatre tournois par mois, j’ai vite reçu le titre de Maître International de la FIDE. Je crois que c’est là que se trouve notre problème », a reconnu Ikrom Ibragimov dans une interview l’an dernier.

Aujourd’hui, la fédération tadjike d’échecs compte 150 personnes, en majorité des enfants de 8 à 14 ans. Pour Douchanbé, dont la population dépasse le million, c’est peu. Mais, en réalité, les échecs sont bien plus populaires au Tadjikistan, seulement les parents ne savent tout simplement pas où amener leurs enfants pour qu’ils apprennent à jouer correctement.

Ouzbékistan : le pays le plus joueur d’Asie centrale

« La nouvelle sensationnelle nous vient sans aucun doute du championnat du monde d’échecs ‘no-count’ (où chaque tour compte deux manches, et le nul est exclu, ndlr) qui se déroulait dans la capitale libyenne, Tripoli. Le premier prix, un chèque de 100 000 dollars et le droit de rencontrer l’immense Gary Kasparov, a été remporté par le Grand Maître ouzbek Rustam Qosimjonov, âgé de seulement 24 ans, qui n’était pourtant pas parmi les favoris », écrivait en 2004 le journal Kommersant.

A cette époque, tous les médias du monde avaient communiqué avec beaucoup d’étonnement sur cet événement, car le Grand Maître ouzbek, que personne ne croyait jusque-là capable d’être champion du monde, avait remporté la finale du championnat contre le très connu Michael Adams, un joueur anglais.

Echecs Sport Jeu Photo : Rustam Qosimdjonov en 2007 Ouzbékistan

Un match au sommet qui n’a jamais eu lieu

Malheureusement, le match entre Qasimdjanov et Kasparov, prévu en 2006, n’a jamais eu lieu, suite au refus de Kasparov. En effet, Qasimdjanov avait alors le titre de champion du monde décerné par la FIDE, alors que Kasparov avait depuis 1993 coupé les liens avec cette organisation, avec laquelle il ne s’entendait plus, et lancé une institution parallèle, la « Professional Chess Association ».

Le refus de Gary Kasparov était directement lié à ce désaccord. Dans une de ses interviews aux journalistes russes, Kasparov s’était exprimé sur les raisons de son refus, et avait ainsi expliqué qu’il aimait les échecs, s’entendait bien avec les joueurs d’échecs, mais « [qu’il] voulait simplement se retirer du champ de bataille de la politique du jeu d’échecs ».

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De surcroît, l’annulation du tournoi n’a pas empêché Rustam Qasimdjanov de devenir une légende dans son pays. Par un décret du président de l’époque Islam Karimov, décédé en septembre 2016, il a reçu la plus haute distinction de l’Ouzbékistan : la décoration de Tamerlan, quand bien même il habitait en Allemagne. Les jeunes joueurs d’échecs ouzbeks ont commencé à prendre exemple sur leur compatriote renommé, et les échecs sont devenus incroyablement populaires.

Par exemple, la Fédération ouzbèke des échecs compte aujourd’hui plus de 1 700 joueurs, et Tachkent compte plus de 100 clubs d’échecs. Le pays est fort de 10 Grands Maîtres Internationaux, dont deux femmes.

Echecs Sport Jeu Russie Ouzbékistan

Les joueurs ouzbeks ont ramené plus de 60 médailles de tournois à l’étranger

Aujourd’hui, les joueurs ouzbeks participent à de grandes compétitions sportives, et remportent régulièrement des prix. Par exemple, sur l’année 2016, ils ont ramené de l’international 40 médailles d’or, 15 d’argent, et 12 de bronze.

C’est également en 2016 que Nodirbek Abdusattorov, un jeune ouzbek de 12 ans, s’est distingué au tournoi international en mémoire de Mikhaïl Tchigorine, un des pionniers des échecs russes, organisé à Saint-Pétersbourg. Il a réussi à vaincre plusieurs grands joueurs mondiaux, et est devenu le plus jeune Grand Maître du monde, renouvelant l’exploit du joueur russe Sergeï Kariakine.

Traduit du russe par Adrien Sauvan

Edité par Laura Fernandez

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