Présence chinoise dans les hydrocarbures en Asie centrale : réalité et perspectives

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Au tournant des années 2000, la Chine a commencé à considérer l’Asie centrale pour lui fournir des hydrocarbures. Avec des investissements conséquents dans les cinq pays de la zone, Pékin a cherché à sécuriser ses approvisionnements, tout en jouant un jeu politique.

Novastan vous propose un tour d’horizon, sur la base d’un article écrit par Vladimir Paramanov et Alekseï Strokov, coresponsables du projet d’analyse « Eurasie centrale », et publié par le Central Asian Analytical Network.

La présence chinoise dans le domaine des hydrocarbures des États d’Asie centrale est aussi équivoque qu’ambiguë. Certes, l’infiltration de la Chine dans ce domaine est un succès considérable. Mais ce processus n’implique toutefois pas des relations d’égal à égal, mutuellement avantageuses, pour les pays impliqués, pas plus qu’elle ne permet le complexe développement économique des États d’Asie centrale.

L’intérêt de la République populaire de Chine pour le domaine des hydrocarbures des pays d’Asie centrale est né vers le milieu des années 1990. L’attention de Pékin était alors portée sur le Kazakhstan et sur les possibilités de transport du pétrole kazakh vers la Chine. L’importance de la région n’a depuis lors cessé d’augmenter aux yeux du secteur énergétique chinois et de la politique économique dans son ensemble, éveillant les intérêts politiques.

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Si les projets des entreprises chinoises pour les hydrocarbures ne concernaient au début que le voisin kazakh, le début du XXIe siècle a vu l’intérêt de la Chine s’étendre progressivement à d’autres États d’Asie centrale. Aujourd’hui, l’attention de Pékin s’est cristallisée sur les hydrocarbures du Kazakhstan et du Turkménistan, de sorte que la présence chinoise dans ce secteur en Ouzbékistan, au Kirghizstan et au Tadjikistan n’est pas tant liée à ses besoins énergétiques qu’à la promotion d’autres intérêts, économiques ou politiques, dans ces pays et dans la région en général. Tour d’horizon

Le Kazakhstan, premier partenaire centrasiatique

À partir du moment de l’établissement des liens diplomatiques, le 3 janvier 1992, la République du Kazakhstan était perçue par Pékin comme un intérêt économique et, surtout, énergétique majeur en Asie centrale. Cette conception s’est pleinement révélée après l’an 2000, lorsque la Chine s’est mise à acheter massivement des actifs dans le domaine des hydrocarbures kazakhes ainsi que dans d’autres branches du secteur énergétique, principalement dans le domaine de l’énergie atomique. Dès lors, les entreprises chinoises ont sans cesse augmenté leurs crédits, finançant certains projets à des conditions avantageuses.

Tout ceci s’est traduit par une présence commerciale chinoise considérablement accrue sur le marché kazakh. De 2001 à 2008, la livraison de biens depuis la Chine a augmenté de 11,3 fois, passant de 0,74 à près de 8,4 milliards de dollars, tandis que le volume total des échanges commerciaux est passé de 1,25 à environ 16 milliards de dollars. En 2009, le volume des échanges entre la Chine et le Kazakhstan a certes diminué (de 15,5 %, soit 13,5 milliards de dollars) en raison de l’influence négative de la crise financière mondiale, mais il est reparti à la hausse au cours des années suivantes.

Relations commerciales Chine Kazakhstan 1992 2014

Le pétrole kazakh fait saliver Pékin

Le volume total des ressources financières allouées par la Chine au renforcement de sa position dans le domaine des hydrocarbures kazakh était évalué début 2015 à hauteur de 43 à 45 milliards de dollars, comprenant de 22 à 24 milliards de dollars d’investissements, de près de 16 milliards de dollars d’actifs acquis et de 5 milliards de dollars de crédits.

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La politique chinoise dans les hydrocarbures de la République du Kazakhstan témoigne de son intérêt pour l’exploitation des gisements pétroliers, l’intensification des volumes d’extraction et de transport du pétrole kazakh vers la Chine et le renforcement de la position des entreprises chinoises sur le marché kazakh des produits pétroliers.

Dans une première phase à partir de la fin des années 1990, les entreprises chinoises ont lentement mais sûrement entamé une politique expansionniste dans le domaine des hydrocarbures du Kazakhstan via l’acquisition assez massive d’actifs étrangers et en partie kazakhs. En outre, la ligne de conduite de Pékin dans ce domaine a été et reste axée sur la forte augmentation des volumes d’extraction du pétrole (avec pour objectif son exportation vers la Chine).

Les entreprises chinoises contrôlent un quart du pétrole extrait au Kazakhstan

Dans ce contexte, l’extraction de gaz ne revêt qu’une importance secondaire pour les entreprises chinoises. En effet, la Chine s’intéresse davantage au transit du gaz depuis le Turkménistan qu’à son extraction directe au Kazakhstan. Compte tenu de l’intérêt aigu de la République populaire pour l’augmentation des importations en pétrole kazakh et pour le transit du gaz turkmène via le Kazakhstan, on comprend que la construction intensive d’un réseau d’oléoducs depuis le Kazakhstan vers la Chine a été et constitue encore une priorité absolue pour Pékin.

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A l’heure actuelle, les entreprises chinoises contrôlent près du quart du pétrole extrait au Kazakhstan et le cinquième du marché kazakh des produits pétroliers. Elles occupent également une position assez solide tant dans le secteur des hydrocarbures kazakhes que dans la construction et l’exploitation de ces hydrocarbures. Toutefois, vu la situation actuelle, on ne sait si la Chine a la possibilité d’augmenter davantage encore le volume d’extraction de pétrole kazakh. En effet, les gisements pétroliers affleurants à la surface placés sous contrôle chinois diminuent ou sont à leur niveau maximal d’extraction, de sorte que les compagnies chinoises se heurtent à un problème de saturation des réseaux d’oléoducs existant et en construction.

L’objectif d’un accès au « Big Oil » / « Big Gas »

A court et moyen termes, il semble très peu probable que le caractère et l’envergure de la présence chinoise dans le secteur des hydrocarbures kazakhes ne changent de manière significative. À quelques exceptions près peut-être, l’intensification du processus d’implantation des entreprises commerciales chinoises sur le marché des hydrocarbures kazakh va se poursuivre. D’autant plus que le Kazakhstan crée lui-même les conditions propices à cet effet en favorisant l’importation d’hydrocarbures depuis la République populaire à la construction de nouvelles raffineries sur son sol.

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À long terme, si les entreprises chinoises parviennent à accéder au « Big Oil »/ »Big Gas » et à prendre activement part dans ces projets, la présence chinoise dans le secteur des hydrocarbures kazakh va s’amplifier, en même temps que l’importance du Kazakhstan dans les intérêts énergétiques et stratégiques de la Chine. Les gisements côtiers concernés par le projet pharaonique au nord de la mer Caspienne sont particulièrement visés pour accéder à ce graal industriel.

Route de la soie Asie centrale Camion Montagne

L’ombre des Nouvelles routes de la Soie

Toutefois, même dans cette hypothèse, il est très douteux que les caractéristiques actuelles de la présence chinoise dans le secteur des hydrocarbures kazakhes se trouvent modifiées. Les entreprises chinoises vont procéder en priorité aux exportations de ressources kazakhes. Dans le même temps, il est peu probable que les entreprises chinoises présentes au Kazakhstan fassent du traitement des hydrocarbures leur activité principale. Les Chinois vont sans aucun doute augmenter leurs capacités en matière de raffinage du gaz naturel et de production de gaz naturel liquéfié (GNL).

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Si les entreprises chinoises échouent à accéder au « Big Oil »/« Big Gas », il semble que l’importance du Kazakhstan dans l’intérêt, notamment énergétique, de la Chine va nettement diminuer, de même que la part de pétrole kazakh subvenant à la consommation chinoise, aujourd’hui d’à peine 2 à 3 % de la demande chinoise. Néanmoins, Pékin va dans tous les cas poursuivre ses activités dans le secteur des hydrocarbures kazakhes. Si la Chine ne parvient pas à accéder au « Big Oil »/« Big Gas », sa présence au Kazakhstan n’ambitionnera plus l’emprise sur les hydrocarbures, mais s’orientera vers des considérations stratégiques, notamment son projet de Nouvelles routes de la Soie, déjà bien entamé.

Au Kirghizstan, la Chine avance à petits pas

Jusqu’en 2008, la Chine ne portait aucune attention au secteur des hydrocarbures kirghizes, bien que des relations diplomatiques entre les deux pays existent depuis le 5 janvier 1992 et que des liens économiques, principalement commerciaux, se sont développés dès la chute de l’URSS. Ce désintérêt a pour conséquences une absence effective de ressources en pétrole et en gaz, une économie nationale peu développée, des contextes socio-économique et de politique intérieure instables ainsi qu’une peur permanente de Bichkek de l’expansion de l’ogre chinois.

Vu l’attractivité extrêmement faible de l’économie du Kirghizstan, en ce compris son secteur des hydrocarbures, Pékin n’a pas accordé la moindre attention au cours des années 1990 et du début de la décennie suivante au développement des relations économiques avec cet État d’Asie centrale, limitant les échanges commerciaux tant dans leur quantité que dans leur diversité.

Une arrivée discrète à partir de 2004

Mais à partir de la moitié des années 2000, la Chine a commencé à considérer son voisin occidental comme une base d’opérations potentielle pour son expansion commerciale dans la région et dans l’espace postsoviétique en général. Ce changement se reflète dans la dynamique commerciale entre les deux pays : si les échanges étaient inexistants avant 2004, leur volume n’a cessé d’augmenter par la suite.

Ainsi, si les exportations chinoises vers le Kirghizstan stagnaient entre 1992 et 2004 à 26/100 millions de dollars par an, et 30/125 millions de dollars pour l’ensemble des échanges commerciaux, leur volume a explosé dès 2008, atteignant environ 1,2 milliard de dollars pour un ensemble des échanges d’1,4 milliard de dollars.

Le pétrole kirghiz en ligne de mire

En 2009, ces mêmes échanges commerciaux ont accusé le coup de la crise financière sur les marchés internationaux, diminuant presque de moitié par rapport à l’année précédente (de 1,4 à 0,8 milliard de dollars). Mais ils sont repartis à la hausse les cinq années suivantes, et ont atteint en 2014 près du double de leur valeur de 2009, passant de 0,8 à 1,6 milliard de dollars.

Relations commerciales Chine Kirghizstan 1992 2014

L’implantation directe chinoise dans le secteur des hydrocarbures du Kirghizstan ne s’est intensifiée qu’en 2008, lorsque l’entreprise chinoise Zhungneng Co. Ltd. s’est mise à prospecter la province de Batken, dans le sud-ouest du pays, en quête de pétrole. Presque simultanément, en 2009, une autre entreprise chinoise, China Petrol Company Zhongda, a entamé la construction d’une raffinerie à Kara-Balta, à l’ouest de la capitale Bichkek. Par la suite, en 2013, l’intérêt de Pékin pour le secteur s’est encore accru après avoir décidé la construction d’un quatrième segment du gazoduc reliant le Turkménistan et la Chine via le Tadjikistan et le Kirghizstan.

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Début 2015, le volume des ressources financières chinoises (principalement des investissements) dans le secteur des hydrocarbures kirghize était évalué à 390 millions de dollars.

Un objectif d’influence politique

L’implantation chinoise dans le secteur des hydrocarbures du Kirghizstan s’inscrit dans un processus politique de « soft expansion » bien plus ambitieux, dont l’objectif est le renforcement économique et politique de la Chine dans l’ensemble de l’Asie centrale.

Investissements chinois Kirghizstan

Le secteur des hydrocarbures kirghizes en lui-même n’a jamais été l’objet d’une attention particulière de Pékin. Le Kirghizstan ne dispose de pratiquement aucune réserve en pétrole et en gaz, et le marché intérieur offre très peu de perspectives, vu la faible démographie du pays. Jusqu’en 2008, l’intérêt chinois pour ce secteur était nul. Par la suite, il n’a que très faiblement augmenté, si bien qu’en 2013, lorsque l’on a constaté un indéniable sursaut, celui-ci est demeuré non pas lié aux hydrocarbures en elles-mêmes, mais à d’autres enjeux largement plus importants.

Un intermédiaire plus qu’un producteur

Cependant, le projet chinois de construction du gazoduc « D » donne une chance à Pékin de non seulement prendre le contrôle de tout le segment gazier du secteur, mais aussi de solidement renforcer son influence au Kirghizstan en général. D’un côté, la Chine se veut un soutien du régime en place, cherchant à s’assurer sa loyauté. D’un autre côté, elle souhaite s’investir en masse dans les projets d’activités locaux, qui vont lui permettre de garder ce voisin comme un terrain d’opérations pour son expansion commerciale dans l’espace postsoviétique.

A l’avenir, notamment à long terme, il est clair que la Chine ne va pas extraire de manière industrielle des hydrocarbures du Kirghizstan ni, de surcroît, les importer depuis ce pays. Le plus probable est que l’intérêt chinois pour le secteur des hydrocarbures kirghizes se cristallise sur le segment du transport gazier et la construction et l’exploitation du quatrième segment du gazoduc reliant le Turkménistan et la Chine. Le marché des produits pétroliers peut aussi être un sujet d’attention si la question des envois réguliers de pétrole kazakh et/ou russe vers la raffinerie de Kara-Balta est résolue.

En mettant en exploitation le segment « D », la Chine prépare le terrain à la participation de ses entreprises aux projets hydroélectriques d’envergure au Kirghizstan. En raison de l’approvisionnement continu en gaz l’hiver, il sera plus avantageux et technologiquement plus pratique pour le Kirghizstan ainsi que pour le Tadjikistan d’utiliser massivement leurs réserves d’eau l’été au moyen de l’hydroélectricité produite dans les centrales thermiques pour les mettre à disposition d’États comme l’Ouzbékistan ou le Kazakhstan, principaux utilisateurs des ressources en eau du Syr-Daria.

Le Tadjikistan, petit poucet de l’investissement chinois

Bien que les relations diplomatiques liant la Chine à la République du Tadjikistan aient été établies presque sitôt après la chute de l’URSS, le 4 janvier 1992, le secteur des hydrocarbures tadjikes, pas plus que l’économie du pays en général, n’ont éveillé les intérêts chinois, comme pour le voisin kirghiz. Jusqu’à la moitié des années 2000, les liens économiques entre les deux pays se résumaient à de maigres envois de biens chinois de consommation courante, de sorte que les exportations de la Chine vers le Tadjikistan pesaient environ 15 millions de dollars annuels pour la période 1992 à 2003 et que les importations chinoises depuis ce pays étaient nulles.

La faiblesse des relations économiques entre la Chine et le Tadjikistan durant les années 1990 et au début des années 2000 était en grande partie due à la guerre civile (1992-1997) qui a ravagé l’État le plus pauvre d’Asie centrale, puis au long et difficile processus d’établissement de la paix. En outre, le manque de transports entre les deux pays, véritable obstacle au développement des relations économiques, a joué un rôle important.

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Bien qu’une frontière commune de plus de 500 kilomètres sépare les deux États, elle a longtemps été inaccessible pour le développement des infrastructures nécessaires au commerce dans cette région de haute altitude, totalement absentes jusqu’en 2004. Par conséquent, l’acheminement des marchandises chinoises vers le Tadjikistan s’effectuait uniquement via les pays voisins : le Kazakhstan, le Kirghizstan et l’Ouzbékistan.

Une seule route relie la Chine et le Tadjikistan

L’ouverture, fin 2004, de la liaison routière directe entre le Tadjikistan et la Chine via le col Kulma, ainsi que les initiatives de financement par crédits de Pékin dans l’économie tadjike ont marqué le début de l’implantation chinoise au Tadjikistan. Les crédits provenaient et proviennent encore principalement de financement de projets par des compagnies chinoises. Bien que cette politique de financement sur le territoire tadjik menée par Pékin ne vise pas directement le secteur des hydrocarbures, elle n’en utilise pas moins la dynamique de croissance des échanges entre les deux pays.

Xi Jinping Emomalii Rahmon Chine Tadjikistan Rencontre BRICS

De 2004 à 2008, le volume des exportations chinoises vers le Tadjikistan n’a cessé de croître, pour atteindre en 2008 646 millions de dollars, pour un volume d’échanges total de 755 millions de dollars. L’année 2009 a vu une diminution de près de 40 % du chiffre d’affaires par rapport à l’année précédente, passant de 755 à 446 millions de dollars, causée par l’influence de la crise financière mondiale.

Des échanges commerciaux très limités

La tendance à la hausse a toutefois repris au cours des années suivantes, de sorte qu’entre 2009 et 2011, les échanges commerciaux ont augmenté de 1,3 fois, passant de 446 à 575 millions de dollars. La période 2011-2012 fut marquée par une certaine stagnation, voire une légère recrudescence, des échanges, passant de 575 à 552 millions de dollars. Mais le commerce entre les deux pays a été multiplié par 1,5 entre 2012 et 2014, atteignant les 845 millions de dollars.

Relations commerciales Chine Tadjikistan 1992 2014

Le mois de juin 2013 marque le début de l’activité chinoise dans le secteur des hydrocarbures tadjik, lorsque la China National Petroleum Corporation, amortissant les dettes de la Tethys Petroleum Ltd., se joint à l’exploration géologique des gisements pétrolifères dans le district de Bokhtar. Presque simultanément, en septembre de la même année, les deux pays profitent d’une visite du président chinois Xi Jinping à Douchanbé, la capitale tadjike, pour conclure un accord concernant le passage sur le territoire du Tadjikistan du quatrième segment du gazoduc reliant le Turkménistan à la Chine. Peu après, en avril 2014, un accord gouvernemental sur la construction d’une raffinerie dans la zone économique spéciale de Dangara est signé.

L’influence avant la production

Début 2015, le volume des ressources financières chinoises dans le secteur des hydrocarbures tadjik représentait 80 à 130 millions de dollars, comprenant 50 à 100 millions de dollars d’investissements et 30 millions de dollars d’actifs acquis.

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Malgré une présence chinoise tardive dans le secteur des hydrocarbures tadjikes, intervenue 21 ans après la déclaration d’indépendance du Tadjikistan, la Chine a toutes les chances de se retrouver en position de force par rapport à son voisin, déjà à court terme.

Xi Jinping Emomalii Rahmon Chine Tadjikistan Rencontre BRICS

Il est clair que les principaux intérêts politiques de Pékin sont la formation d’une solide influence prochinoise parmi les élites tadjikes au pouvoir, la lutte contre une entrée du Tadjikistan dans une potentielle alliance antichinoise et la prévention d’une arrivée au pouvoir dans le pays d’islamistes radicaux.

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Par ailleurs, les principaux intérêts économiques de la Chine résident dans l’approvisionnement de ses entreprises en matières premières minérales tadjikes, et tout particulièrement ses riches réserves en minerai polymétallique constituées sous l’ère soviétique.

Objectif pour Pékin : contrôler Douchanbé

En résumé, outre la faible importance actuelle des intérêts chinois pour les hydrocarbures tadjikes en tant que tel, ce secteur joue un rôle toujours plus important pour la politique chinoise au Tadjikistan. Même dans l’hypothèse où à l’avenir la Chine ne s’implique pas dans l’extraction de gaz et de pétrole tadjiks, le contrôle des approvisionnements en gaz dans ce pays et du marché des hydrocarbures demeure néanmoins pour Pékin un puissant moyen de pression sur Douchanbé.

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Il est fort probable que la Chine va à l’avenir renforcer sa position dans les branches du transport gazier et du traitement du secteur des hydrocarbures tadjik, ainsi que dans le marché des produits pétroliers. Il n’en demeure pas moins que les perspectives de renforcement de cette position sont vagues.

En dehors de la possibilité de contrôle industriel de la région pétrolifère de Bakhtar (si du moins les prévisions se confirment), les importantes difficultés technologiques et les hautes dépenses liées à l’activité de production rendent l’extraction d’hydrocarbures non rentable, a fortiori dans la conjoncture défavorable.

La Chine comme solution aux problèmes énergétiques tadjiks ?

Par conséquent, il est plus que probable que l’activité chinoise dans le secteur des hydrocarbures tadjik se cristallise sur la construction et l’exploitation du segment « D » du gazoduc « Turkménistan – Chine » ainsi que sur la production de produits pétrolifères (principalement à partir de pétrole importé) et leur écoulement sur le marché local. Cette mise en exploitation va favoriser, sous l’égide de la Chine, les conditions de résolution des problèmes hydroélectriques régionaux et préparer le terrain à une participation active des entreprises chinoises dans les grands projets hydroélectriques du Tadjikistan.

Statue Tadjikistan Douchanbé Ismoil Somoni Place

Ainsi, si l’approvisionnement en gaz est constant en hiver, le Tadjikistan pourra compter sur des conditions financières et technologiques plus favorables au moment d’aborder, l’été venu, une phase de rejet massif des eaux qui permettra une productivité maximale de ses centrales hydroélectriques. Ce qui risque par ailleurs de faire les affaires de l’Ouzbékistan et du Turkménistan, qui consomment la majeure partie de l’énergie produite au Tadjikistan grâce aux eaux de l’Amou-Daria. Un accord entre Douchanbé, Tachkent et Achgabat visant à mettre en place un régime d’exploitation mutuellement avantageux du barrage de Rogun est possible. Cet accord pourrait favoriser la construction de projets tels que cette centrale ou d’autres projets hydroélectriques au Tadjikistan, auxquels prendraient bien entendu part des entreprises chinoises.

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Il convient dès lors de ne pas minimiser le tremplin que constituerait le secteur des hydrocarbures tadjik pour le renforcement rapide et de grande envergure de la position chinoise dans le secteur hydroélectrique au Tadjikistan. Pékin recevra par conséquent une chance de dominer le domaine de l’énergie tadjike.

Le Turkménistan, un enjeu gazier majeur pour Pékin

Comme pour le Tadjikistan et le Kirghizstan, jusqu’au milieu des années 2000, les entreprises chinoises n’ont accordé aucun intérêt au Turkménistan, notamment à son secteur des hydrocarbures, bien que les relations diplomatiques entre les deux pays aient été établies presque sitôt après la chute de l’URSS, le 6 janvier 1992. Ce désintérêt était en grande partie dû à l’éloignement géographique entre les deux États ainsi qu’au manque de développement des infrastructures de transport reliant le Turkménistan à la Chine.

Principale répercussion, les relations commerciales bilatérales entre les deux pays étaient extrêmement faibles, au point de revêtir jusqu’après 2006 une importance secondaire, même pour une économie aussi modeste que celle du Turkménistan. Ainsi, le volume des échanges bilatéraux pour la période 1992 à 2006 ne dépassait pas les 125 millions de dollars, soit environ 1,8 % des échanges globaux du pays.

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L’éveil de l’activité politique et économique chinoise au Turkménistan ne s’est produit qu’après 2005, lorsque la Chine a clairement manifesté son intérêt stratégique pour les ressources en pétrole de l’Etat le plus fermé d’Asie centrale. Il est à noter que le sursaut d’intérêt de Pékin pour le contrôle des transports en gaz turkmène a coïncidé avec l’envie d’Achgabat de diversifier ses relations économiques extérieures, notamment au moyen de son secteur des hydrocarbures.

Feu rouge Achgabat Turkménistan

Le dernier pays visé par les investissements chinois

La Chine s’est alors activement appliquée à transposer sur place son mécanisme financier, rodé au préalable dans les autres pays d’Asie centrale et comprenant l’offre de crédits préférentiels destinés à développer toute une série de projets économiques locaux. Ces crédits, sauf exception, ont été accordés par des entreprises chinoises. Pékin a par ailleurs procédé à la fourniture de matériel permettant de réaliser ces projets. En échange, Achgabat s’est engagée à ouvrir toujours plus largement son secteur des hydrocarbures à la Chine.

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Cette ouverture a eu pour effet une intensification drastique du commerce bilatéral. Déjà en 2007, les échanges entre les deux pays avaient augmenté de 3 fois par rapport à l’année précédente, passant de 125 à 377 millions de dollars. En 2008, le commerce a encore enregistré une hausse de 76 %, atteignant 663 millions de dollars. La hausse s’est prolongée en 2009, le volume des échanges augmentant de 2,5 fois par rapport à l’année précédente et atteignant 1,6 milliard de dollars. La période 2010-2014 a encore prolongé cette tendance en triplant le volume des échanges, qui plafonnait à près de 4,9 milliards de dollars en 2014.

Relations commerciales Chine Turkménistan 1992 2014

Un prix du gaz turkmène dérisoire

L’activité des entreprises chinoises dans le secteur des hydrocarbures turkmènes se concentre principalement sur le segment gazier. Ainsi, à partir de 2007, la China National Petroleum Corporation y a lancé toute une série de projets visant à s’approprier les gisements gaziers et à construire des usines de traitement du gaz et l’énorme gazoduc Turkménistan-Chine, destiné à acheminer durablement des quantités gigantesques de gaz turkmène vers la Chine.

De 2007 à 2014, Pékin a investi d’importants moyens dans le secteur des hydrocarbures turkmène, dont le volume total atteignait début 2015 13 à 15 milliards de dollars, soit près de 9 milliards de dollars de crédits et 4 à 6 milliards de dollars d’investissements.

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En retour, le Turkménistan se retrouve dans une situation délicate. En 2016, le prix payé par les Chinois pour son gaz est largement en dessous de la concurrence mondiale : 185 dollars pour 1000 mètres cubes, contre 228 dollars en moyenne pour l’ensemble des exportateurs. De quoi handicaper le Turkménistan, dont le gaz est la principale, si ce n’est la seule, richesse.

Pékin contrôle un quart du gaz turkmène

Toutefois, malgré la forte présence chinoise dans le secteur des hydrocarbures turkmène, celle-ci se concentre essentiellement sur le segment gazier : appropriation des gisements gaziers, extraction de gaz, construction d’usines de traitement du gaz et d’un réseau de gazoducs à destination de la Chine. Cette présence demeure néanmoins inégale, pour des raisons objectives et subjectives.

Pékin contrôle plus du quart de la production turkmène en gaz et occupe une position dominante par rapport aux autres acteurs extérieurs, entreprises comme États. Cette domination s’exerce dans l’extraction de ce gaz, son traitement (raffinage et déshydratation, passant d’un gaz brut à un produit commercialisable) et dans la construction et l’exploitation de gazoducs. Les ressources financières chinoises dépassent largement l’ensemble des ressources financières des autres États et entreprises étrangères investies dans les hydrocarbures turkmènes.

Une implantation chinoise particulièrement réussie

En comparaison, la politique chinoise d’implantation au Turkménistan, menée au moyen de larges crédits octroyés à la fourniture de gaz et d’une participation active aux projets d’extraction, de traitement primaire et de transport du gaz, est particulièrement réussie. En outre, cette présence chinoise va encore s’intensifier, car Pékin souhaite s’approprier de nouveaux gisements de gaz dans les provinces occidentales et sud-occidentales du Turkménistan, ce qu’Achgabat voit d’un bon œil par rapport à ses propres plans d’extraction, de traitement primaire et d’exportation de son gaz.

Il n’en demeure pas moins qu’au milieu de ce fourmillement d’activité, l’intérêt chinois pour le pétrole local est extrêmement faible en ce qui concerne son raffinage, voire inexistant quant à son extraction et son transport. La raison principale de ce désintérêt est que le Turkménistan ne possède pas de réserves conséquentes en pétrole ni de possibilité réelle d’exporter celles-ci.

Vers une augmentation des échanges

D’ici 3 à 10 ans, le caractère de la présence chinoise dans le secteur des hydrocarbures turkmènes ne devrait pas, selon toute vraisemblance, être modifié, mais poursuivre sa croissance. Dès 2021 et à moyen terme, le Turkménistan pourra livrer annuellement et durablement 65 milliards de mètres cubes de gaz à Pékin, atteignant le maximum du rendement des gazoducs reliant les deux États.

À long terme, il est difficile de prévoir la nature et l’ampleur de la présence chinoise dans ce secteur. L’intérêt de Pékin pour des volumes précis de gaz turkmène va en effet jouer un rôle prépondérant. En théorie, une fois le quatrième segment de gazoducs Turkménistan-Chine construit et mis en exploitation, la capacité annuelle de fourniture devrait augmenter de 30 milliards de mètres cubes, passant à 95 milliards de mètres cubes. Toutefois, en pratique, les volumes réels peuvent largement varier, dans un sens comme dans l’autre.

L’Ouzbékistan entre deux eaux

Bien que la République d’Ouzbékistan ait été le premier État d’Asie centrale à nouer des relations diplomatiques avec la Chine, le 2 janvier 1992, Pékin n’est pas arrivé à s’installer économiquement dans ce pays et dans son secteur des hydrocarbures jusqu’au début des années 2000, et ce pour toute une série de raisons. La première est que ni la Chine, ni l’Ouzbékistan n’ont montré à cette époque le moindre intérêt à intensifier leurs relations gouvernementales, l’un comme l’autre se considérant comme d’ordre secondaire dans leurs priorités de politique extérieure.

Après 2002, les liens économiques entre les deux pays se limitaient à un commerce basique, dans des quantités extrêmement faibles. La tendance à la hausse de la présence économique chinoise dans le secteur des hydrocarbures ouzbek ne s’est manifestée qu’après 2003, lorsque la politique économique de Pékin s’est fixée sur l’Asie centrale.

Gaz et pétrole à Boukhara

Une forte augmentation des échanges avec la Chine

Ainsi, si le volume des exportations chinoises vers l’Ouzbékistan n’a pas dépassé les 114 millions de dollars annuels pour toute la période 1992-2002, avec des échanges bilatéraux plafonnant à 136 millions de dollars par an, ce volume est passé, au cours de la période 2002-2007, de 114 à 867 millions de dollars pour les exportations chinoises vers le partenaire ouzbek et de 136 millions à 1,6 milliard de dollars pour l’ensemble des échanges commerciaux bilatéraux.

En 2008, ce volume a quelque peu baissé, mais la hausse a repris de manière spectaculaire dès 2009 pour atteindre près de 4,2 milliards de dollars en 2014.

Relations commerciales Chine Ouzbékistan 1992 2014

Simultanément à cette hausse du commerce bilatéral, on a assisté à une recrudescence des investissements chinois pour des projets en Ouzbékistan. La présence des entreprises chinoises dans le secteur des hydrocarbures ouzbèkes est principalement liée aux intérêts politiques de Pékin.

Pékin tente d’influencer Tachkent

D’une part, l’Ouzbékistan revêt une importance stratégique pour le transit du gaz turkmène, dont les livraisons représentent à court terme un enjeu énergétique essentiel pour la Chine. D’autre part, Pékin s’évertue à renforcer ses positions politique et économique en Ouzbékistan afin d’y obtenir une influence dans le développement de l’Etat le plus peuplé d’Asie centrale, l’objectif premier étant d’empêcher l’intégration du pays dans une alliance antichinoise.

L’intérêt croissant de Pékin à s’ancrer dans le secteur des hydrocarbures ouzbèkes a débuté en 2004, quand la China National Petroleum Corporation et l’entreprise nationale ouzbèke Uzbekneftegaz ont signé un accord-cadre sur le développement de leur coopération.

Peu après, de 2005 à 2007, ces deux acteurs économiques ont signé une série d’accords sur la réalisation de projets particuliers, notamment l’exploration géologique, avec future appropriation, des gisements d’hydrocarbures dans la vallée de Ferghana dans l’est du pays, mais aussi à l’ouest dans la région de BoukharaKhiva, sur le plateau d’Oust-Ourt et dans la partie ouzbèke de l’ancienne mer d’Aral. Par la suite, dès 2008, la China National Petroleum Corporation a démarré un projet de construction du segment ouzbek du gazoduc Turkménistan-Chine. Par ailleurs, Pékin a décidé de financer deux projets assez imposants de traitement d’hydrocarbures en Ouzbékistan.

Le gaz, seul intérêt de Pékin en Ouzbékistan

Au total, de 2004 à 2014, la Chine n’a cessé d’injecter des fonds dans le secteur des hydrocarbures ouzbèkes, de sorte que début 2015, leur volume total atteignait près de 2 milliards de dollars, comprenant 0,3 milliard de dollars de crédits et 1,6 à 1,8 milliard de dollars d’investissements.

Il n’en demeure pas moins que la forte activité chinoise en Ouzbékistan concerne uniquement le secteur du transport du gaz, alors que l’intérêt de Pékin pour les gisements pétroliers, l’extraction et le traitement des hydrocarbures sur le territoire ouzbek reste insignifiant.

De fait, l’Ouzbékistan présente déjà un déficit énergétique et est confronté à une consommation toujours plus importante en hydrocarbures d’importation. À l’heure actuelle, cela concerne le pétrole, mais il y a fort à parier que cette consommation impliquera dans un avenir proche le gaz.

De moins en moins de pétrole disponible en Ouzbékistan

Dès 2004, on a observé en Ouzbékistan une tendance constante à la baisse du volume d’extraction du pétrole. Si en 2004 ce volume dépassait les 7 millions de tonnes, il n’a cessé de diminuer au cours des années suivantes, pour atteindre lors de la période 2009 à 2014 la limite de 2,9 à 3,3 millions de tonnes annuellement, ce qui représente nettement moins que la quantité nécessitée pour la consommation interne. Par conséquent, à partir de 2005, le pays s’est vu forcé d’accroître ses volumes d’importation de pétrole. En 2014, seules 3 millions de tonnes de pétrole étaient produites pour 4,4 millions de tonnes importées.

Le statut d’exportateur traditionnel de gaz naturel de l’Ouzbékistan risque, à court terme, de se confronter au problème du déficit en « carburant bleu » sur le marché intérieur. Même en faisant abstraction de cette dynamique d’extraction/consommation de gaz enraillée, d’autres facteurs jouent indirectement sur la situation : la transition progressive opérée par certaines régions d’Ouzbékistan concernant leur approvisionnement énergétique, qui abandonnent le gaz pour le charbon, ou encore la stratégie à long terme mise en place par Tachkent pour développer son secteur du charbon, en faisant entre autres appel à des investissements et des technologies étrangers, notamment chinois.

Vers une impasse

Côté chinois, l’empire du milieu s’efforce d’intensifier sa présence énergétique et économique sur le sol ouzbek non pas dans le but de s’y fournir en masse en ressources énergétiques, ce qui est objectivement impossible, mais afin d’obtenir un rôle influent dans le jeu politique à Tachkent. Pékin nourrit très vraisemblablement l’ambition d’empêcher l’adhésion potentielle de l’Ouzbékistan dans une alliance antichinoise, ainsi que celle de soutenir fermement les relations amicales qu’entretiennent les deux États. Pour sa part, l’Ouzbékistan tâche d’utiliser au maximum le potentiel technologique et financier chinois dans le processus d’industrialisation du pays.

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En outre, l’Ouzbékistan ne pourra envisager, même à long terme, de devenir un fournisseur incontournable en gaz à la Chine. En effet, malgré les efforts soutenus par Tachkent depuis 2012 pour alimenter en gaz le gazoduc Turkménistan-Chine, la quantité fournie demeure négligeable aux yeux de Pékin.

En décembre 2011 encore, AK Ouztransgaz, subdivision de l’entreprise Ouzbekneftegaz, concluait avec PetroChina International Company Ltd. (subdivision de la China National Petroleum Corporation) un accord-cadre concernant la fourniture en gaz naturel ouzbek à la Chine. Ce contrat fut conclu sur base de l’accord intergouvernemental de 2007 sur les principes de construction et d’exploitation du segment ouzbek du gazoduc Turkménistan-Chine, ainsi que de l’accord sur les conditions de base de contrat d’achat et de vente en gaz naturel signé la même année par Ouzbekneftegaz et la China National Petroleum Corporation.

Des objectifs faramineux fixés par Tachkent

Si l’on s’en réfère audit accord-cadre, l’Ouzbékistan devra pouvoir fournir à la Chine jusqu’à 10 milliards de mètres cubes de gaz chaque année, sans toutefois que les délais soient précisés. À l’heure actuelle, le gaz ouzbek est acheminé via le second segment du gazoduc Turkménistan-Chine. En 2012, le pays a livré à Pékin 4 milliards de mètres cubes de gaz, en 2013 près de 3 milliards, et en 2014 environ 5,8 milliards.

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Il est difficile de prévoir quand (et même si) l’Ouzbékistan sera capable de faire parvenir ces 10 milliards de mètres cubes annuels à son partenaire chinois, mais il semble clair qu’il s’agit du plafond théorique de capacité de fourniture de gaz à la Chine. D’ici 2020, les autorités ouzbèkes ont augmenté cet objectif pour atteindre 66 milliards de mètres cubes exportés à cet horizon.

Des volumes d’échange réels difficiles à prévoir

En pratique toutefois, le volume réel de gaz fourni par l’Ouzbékistan à la Chine devrait être nettement moindre que 10 milliards de mètres cubes par an. Ce, d’une part, en raison de la traditionnellement forte consommation en gaz du marché intérieur ouzbek (où 85 % de l’énergie électrique est produite à partir de la combustion de gaz dans des centrales thermiques) encore renforcée par la croissance démographique du pays, de la stratégie mise en place par Tachkent pour industrialiser son économie nationale, des volumes en rapide recrudescence de gaz destiné à la consommation domestique et de la transition énergétique vers le gaz pour les transports routiers.

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D’autre part, il est impossible à l’heure actuelle de prévoir dans quelle mesure la quantité de gaz extrait localement va augmenter. Entre 2009 et 2014, le niveau annuel de gaz extrait s’était stabilisé à près de 60 milliards de mètres cubes (selon certaines données, environ 55 milliards de mètres cubes en 2013), sans que l’on constate pour autant un accroissement des réserves nationales. Par conséquent, vu la forte consommation intérieure en gaz, il n’est pas exclu que l’Ouzbékistan importe, déjà à d’ici une dizaine d’années, du gaz en provenance du Turkménistan voisin.

Pékin avance à visage découvert 

La politique énergétique de Pékin en Asie centrale demeure fortement dépendante de la stratégie globale chinoise qui, au moyen de conditions les plus favorables possible, poursuit sa modernisation, la croissance constante de son économie et sa route vers un leadership économique mondial. Dans sa tâche vers ces ambitieux objectifs, la Chine implique toujours plus activement le vecteur centrasiatique de sa politique en renforçant d’une main de fer sa position dans les économies locales, en y proposant toujours plus de projets, en augmentant les investissements et les crédits. Le secteur des hydrocarbures joue à cet égard un rôle clé.

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Il n’est donc pas exagéré de dire que Pékin souhaite toujours plus faire de la région un pion dans son réseau d’influence géoéconomique. Il est particulièrement frappant de constater le manque total de précautions de la Chine dans cette ligne de conduite et la transparence complète de ses ambitions politiques et géopolitiques en Asie centrale. Il n’en demeure pas moins que la présence chinoise dans le domaine des hydrocarbures des États composant cette région est aussi équivoque qu’ambiguë. Certes, l’infiltration de la Chine dans ce domaine et dans d’autres secteurs connexes est un succès considérable. Mais ce processus n’implique toutefois pas des relations d’égal à égal, mutuellement avantageuses, pour les pays impliqués, pas plus qu’elle ne permet le complexe développement économique des États d’Asie centrale.

Vladimir Paramanov et Alekseï Strokov

Traduit du russe par Pierre-François Hubert pour Novastan

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