World Nomad Games

Quel lendemain pour les Jeux Nomades ?

Du 9 au 14 septembre 2014, l’attention de nombreux médias internationaux s’est portée sur les premiers Jeux mondiaux des nomades. Cet événement se voulait un équivalent des Jeux olympiques pour les jeux traditionnels des populations nomades d’Asie Centrale. Si la compétition a suscité un enthousiasme certain parmi les médias nationaux, depuis, le débat sur l’importance, notamment financière, d’un événement de telle envergure pour un pays comme le Kirghizstan – qui se retrouve chaque année en cessation de paiement vis-à-vis des donneurs internationaux – ne cesse pas.

Un événement dispendieux en temps de disette pour la population

Même avant le début de l’événement, les Jeux nomades ont été surnommés « fête en temps de peste ». En effet, le sud du pays se trouve toujours sans gaz, l’eau manque, l’hiver s’annonce rude au bord d’une crise énergétique, les prix augmentent, les routes sont en très mauvais état… et pourtant, le gouvernement décide de dépenser une énorme somme d’argent pour un divertissement qui parait bien futile à côté de ces problèmes de survie de la population. Malgré une réduction de moitié des frais engagés, le ministère de la Culture kirghiz à tout de même dédié près de 102 millions de soms (environ 2 millions de dollars US) à l’organisation.

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Cette question financière n’a été que peu abordée par la presse et le public avant l’ouverture du Mondial. Les jeux ont flatté sans mesure la fierté nationale, qui a submergé chaque spectateur, notamment ceux présents. À l’hippodrome de Tcholpon-Ata, où les compétitions ont eu lieu, les fans kirghiz, débordant d’énergie, ont farouchement soutenu l’équipe nationale. Pendant la cérémonie de remise des prix, au son de l’hymne de la République kirghize, le public s’est levé immédiatement pour chanter, main sur le cœur. Ceux qui ont choisi de ne pas s’y joindre ont été confrontés à des remarques peu aimables, voire violentes.

Une flatterie à l’égo national des Kirghiz, au détriment de l’égalité et du respect sur le terrain…

Le gouvernement kirghiz a montré ces Jeux comme un événement d’importance mondiale, servant à la construction de la nation indépendante : « Les Jeux donneront une forte impulsion à la réhabilitation des disciplines originales des sports nationaux et la relance de la conscience spirituelle et de la mémoire historique des peuples nomades du monde », selon un communiqué publié sur le site officiel.

Lors de ses vœux pour l’année 2014, le président Almazbek Atambaïev a annoncé 2014 comme l’année du renforcement de l’État kirghiz, ne faisant pas mystère de ses intentions d’édification nationale et ce à grand renfort de propagande officielle (pancartes, publicités dans l’ensemble des villages du pays). « Les Kirghiz, avec leur riche histoire, la culture et les traditions, ont été parmi les premiers pays qui ont fondé la civilisation nomade. Suivons le bon héritage de nos ancêtres, serrons les rangs, et bâtissons notre avenir ! », a déclaré Atambaïev lors de la cérémonie d’ouverture officielle.

En tant que pays d’accueil, le Kirghizstan a eu un net avantage. L’un d’eux, le nombre d’équipes participant aux jeux. Les organisateurs ont en effet estimé qu’il était juste de représenter le Kirghizstan par plus d’une équipe dans chaque jeu. Il semble même qu’il était prévu que les deux équipes kirghizes de Kok-Boru (le principal des sports nomades) finissent toutes deux en finale et remportent les deux premières places. De plus, ce sont règles kirghizes qui ont été appliquées à toutes les disciplines. Ce qui explique l’immense succès des équipes locales. À ce sujet, de nombreux participants d’autres pays ont déclaré que les jeux sont joués avec des règles différentes chez eux.

L’avenir de ces ‘jeux mondiaux’ en suspens, malgré l’activisme des autorités kirghizes

Le future du Mondial des nomades est resté une question en suspens, et nombreux sont ceux qui pensent que cet événement sera sans lendemain. Même si aucun pays participant n’a encore déclaré sa volonté de prendre le relais pour accueillir les Jeux, au Kirghizstan on ne veut pas abandonner la poursuite de l’initiative. Le 29 septembre, une réunion de la commission parlementaire des affaires étrangères a eu lieu. La discussion sera portée à l’Assemblée interparlementaire des pays turcophones, pour décider si les jeux pourraient se dérouler chaque année au Kirghizstan.

Comme il était expliqué lors de cette conférence, l’événement a eu un effet positif sur le développement du tourisme dans le pays. Cependant, il semble évident que sans un véritable travail d’unification des règles de ces jeux, et une coopération régionale dans leur préparation sur une base égalitaire, il ne pourrait y avoir d’avenir international à une telle manifestation. Les États de tradition ‘nomade’ de l’Asie Centrale ont déjà des difficultés pour arriver à coopérer sur des questions aussi importantes que l’énergie, la répartition des ressources en eau ou la délimitation de leurs frontières – qu’il semble presque futile de poursuivre de tels objectif autour de jeux qui pour l’instant ne servent qu’à flatter les égos.

Madina Bikulova

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