Quel miracle kirghiz?

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Extrait de Wagon Couvert. Crédit I-K.ru

Aujourd'hui le cinéma kirghiz est en renouveau, et ce contre toute attente. Ces dernières années, plus de 80 courts-métrages et nombre de longs métrages dignes de l’époque du « miracle kirghiz » ont été réalisés. Ces succès arrivent après une longue période de stagnation durant laquelle le cinéma kirghiz s’est essentiellement occupé de films documentaires.

Avec l'indépendance de la République en 1991, le cinéma du pays a connu les difficultés de la transition. L'effondrement de l'Union soviétique et l'émergence du pays comme Etat indépendant a eu une grande influence sur l'économie, l'éducation et sur le monde de la culture. L’exigence de qualité des films a plongé tout comme les financements des œuvres culturelles, qui ont disparu. Le public quant à lui s’est détourné des films nationaux au profit des cinémas américain et européen. Nombre d’artistes frustrés ont quitté le métier face à l’impossibilité de réaliser leurs aspirations, ce qui a privé le cinéma d’un grand nombre d’acteurs de talent. C’est la minorité qui a fait le choix de continuer à exercer son métier qui a contribué à relancer l’élan créatif caractéristique de l’époque du « miracle kirghize »

La renaissance du cinéma kirghiz vient de la capacité des cinéastes actuels à retrouver une forme d’interprétation des grandes idées des réalisateurs passés, mais dans une structure de production moderne. La disparition des financements de l’Union Soviétique et l’établissement d’une concurrence féroce avec les produits cinématographiques occidentaux a poussé les régisseurs à former une union, l’Union des Cinématographes du Kirghizstan, leur permettant de travailler directement en partenariat avec la société d’Etat Kirghize Film.  Cette nouvelle structure limite la concurrence entre les réalisateurs kirghiz et favorisent leurs collaborations avec des cinéastes du monde entier et des studios privés, tels que Odessa film Studio, Ordo Sahna BIGIMAitysh Film… Ces collaborations ont été dans l’ensemble fructueuses, certains films produits ont remporté des prix dans des festivals prestigieux comme le Festival du Cinéma Musulman, le Dubai International Film Festival, ou encore le Festival du Film de Berlin. Le cinéma kirghiz est donc aujourd’hui ouvert sur le monde, et prêt à réaffirmer ce qui fait ses fondamentaux.

 

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Pour comprendre la source d’inspiration des réalisateurs kirghiz, il convient de remonter aux débuts des cinéastes des années 1960, qui ont laissé une trace sur tous les écrans du monde et dans la mémoire de ceux qui cherchent à redonner un second souffle aux réalisateurs fondateurs. Les fondements du cinéma kirghiz ont été jetés tant par Ubukeev dans «Passage difficile» que par Okeyev dans « le ciel de notre enfance ». Ces chefs-d’œuvre ont joué un rôle important dans la définition des axes du cinéma national car ils ont adapté à l’écran la profondeur de la culture nomade et les paysages grandioses de Kirghizie. La communauté cinématographique internationale lors de sa première confrontation avec ces réalisations originales a alors parlé  d'un «miracle kirghiz ». C’est l’expression de la journaliste Eva Hoffman qui est restée dans les mémoires puisque selon elle, «c'est un miracle que le cinéma de cette petite nation». Depuis lors, ce terme a été repris en choeur et surtout, il a rempli la conscience nationale.

Les grands classiques : de l'aventure au romantisme

À ce jour, les cinéastes se réfèrent de préférence au réalisateur Oleg Frohlich. En effet, son film «Wagon Couvert» paru en 1928 a été le premier long-métrage sur la vie du peuple kirghiz, montré à travers des types nationaux et la beauté sauvage de la nature. Le film combine la tradition du mélodrame classique et du récit d'aventure. L’examen actuel du film démontre le fascinant combat entre les Rouges et les Blancs à l’époque de la révolution de 1917. La juxtaposition des personnages étaient dans l'esprit de l'époque. Wagon couvert, c’est aussi le premier film où ont tourné des artistes nationaux comme Ayesha Tyumenbaevoy dans le rôle d’Aydzhamal.

Le premier long métrage entièrement réalisé par des Kirghiz fut la comédie romantique «Mon erreur», réalisé par I.Kobyzevym en 1957 dont le scénario était basé sur le recueil « Confessions » du poète Aaly Tokombaev. C’est avec l'avènement de ce film qu’a véritablement commencé l'histoire de la cinématographie nationale artistique.

En 1960, la créativité de l'écrivain Tchinguiz Aitmatov a fortement influencé les réalisations kirghizes. En 1961, le réalisateur Andreï Sakharov a réalisé «Pass» reprenant son roman «Peuplier dans mon écharpe rouge». En 1963 «Les yeux du chameau» était à son tour adapté au grand écran par L.Shepitko, puis suit en 1965 l’adaptation du « Premier maître» histoire dans laquelle des villageois luttent pour la création d'une l'école dans le village de Duyshen. Il convient de noter que les succès des films sur les travaux de Tchinguiz Aïtmatov proviennent en grande partie de la participation de l’auteur dans l’écriture des scirpts. Bien d’autres de ses romans ont été adaptés principalement par les studio Mosfilm : les films «Jamila» (1969) dirigé par Irina Poplavskaya ou «Adieu, Gulsary» reprennent ses oeuvres les plus célèbres. Kyrgyzfilm a aussi contribué à la promotion de l’auteur avec le long-métrage «Le Vaisseau Blanc» (1975) dirigé par B.Shamshieva le romancier et «Red Apple» (1975), réalisé par T. Okeev.

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Les réalisateurs d’aujourd’hui s’échinent à reprendre ce flambeau et à donner une nouvelle vie au cinéma national, en se dotant de connotations plus critiques. Pour cela ils se réfèrent à des productions plus récentes. C’est le cas de « Parmi les gens » dirigé par B.Shamshiev en 1978 consacré à la vie d’un village moderne en Kirghizie. Le film de U.Ibragimova «Champ Aisuluu» (1976), où Kydykeeva Bakken tient la vedette s’est détaché pour son engagement envers les droits de la femme. En 1977 T.Okeeva dans «Oulan » s’est attaqué au thème de  l'alcoolisme. En 1980, le directeur T.Razzakova dans « les vagues meurent sur les rives » exprime le sort de l'exil kirghiz.

C’est ce double héritage de cinéma critique et patriotique que se doivent de gérer les jeunes réalisateurs qui ambitionnent non seulement de représenter leur pays dans des festivals internationaux, mais aussi de recevoir les premiers prix. Actuellement le défi du cinéma national est d’améliorer la qualité de la production, particulièrement sur son aspect technique. Seule l’alliance de la technique avec les idées pleines de vie des réalisateurs cherchant à dépeindre la réalité de leur peuple connaitront le succès.

Ecrit par Aisuluu Busurman
Journaliste pour Francekoul.com à Bichkek

Traduit et relu par Gaspard Durieux

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