Kirghizstan Bichkek OCS Sommet Dirigeants Réunions

Quelle place pour l’Asie centrale dans les organisations régionales ?

Deux sommets internationaux d’importances, l’un à Bichkek, l’autre à Douchanbé, en disent long sur la place et l’importance des pays centrasiatiques dans l’équilibre géopolitique.

L’Asie centrale sur le devant de la scène géopolitique. Les 13 et 14 juin dernier, les chefs d’Etats se sont d’abord pressés à la réunion annuelle de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), à Bichkek, avant d’enchaîner à Douchanbé, le 15 juin, pour la Conférence sur les interactions et mesures de confiance en Asie (CICA). En trois jours, les capitales kirghize puis tadjike ont pu accueillir des chefs d’Etats opposés à la politique américaine, avec notamment le président chinois Xi Jinping, le président russe Vladimir Poutine ou encore le chef d’Etat iranien Hassan Rouhani.

L’Asie centrale est actuellement au centre du grand jeu diplomatique, mais qu’en est-il de leur place au sein des organisations régionales, notamment de l’OCS ? Cette dernière, créée en 2001, composée de 8 Etats membres, est menée par Pékin qui occupe une place centrale dans l’organisation. Il y a un an, Kazakhstan et l’Ouzbékistan ont exprimé leur crainte que l’organisation ne se détourne des problématiques centrasiatiques. Cette année, le président ouzbek Chavkat Mirzioïev a réaffirmé cette crainte, rappelant, dès l’ouverture du sommet à Bichkek, que « l’Asie centrale doit rester une priorité de l’OCS ».

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Les inquiétudes ouzbèkes ont été renforcées par l’entrée du Pakistan et de l’Inde au sein de l’organisation en juin 2017. Un élargissement qui démultiplie les enjeux que doit désormais aborder l’organisation régionale. Dès l’annonce de cette intégration, les pays centrasiatiques ont craint qu’il ne s’accompagne d’une diminution de leur importance au sein de l’organisation.

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Néanmoins, l’importance stratégique de l’Asie centrale ne doit pas être sous-estimée, du moins en ce qui concerne la sécurité et désormais les liens économiques et commerciaux. D’une part, sa proximité avec l’Afghanistan et la province autonome ouïghoure du Xinjiang en fait un nœud sécuritaire important. D’autre part, le lancement du projet des Nouvelles routes de la Soie, la « Belt and Road Initiative » par Xi Jinping en 2013, a renforcé les liens économiques entre la Chine et les pays centrasiatiques.

Le développement économique, thème désormais central

Présentant le sommet de Bichkek, le média ouzbek Gazeta.uz rappelle que ces réunions sont une occasion pour renforcer « la coopération multilatérale dans les domaines prioritaires, notamment dans les domaines politique, économique et sécuritaire. » Le sommet est l’occasion pour les dirigeants des Etats-membre de signer des documents visant à développer la coopération en matière de technologies, numérisation, écologie, tourisme et sports entre autres domaines. Concernant ces sujets, Vladimir Norov, secrétaire général de l’OCS, souligne la « tâche principale de l’OCS en Asie centrale ».

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Les documents signés à Bichkek sont dans la continuité de la déclaration de Qingdao de 2018. Cette dernière abordait ainsi déjà les aspects économiques, à l’instar des barrières commerciales internationales. L’hôte du sommet, Sooronbaï Jeenbekov, met d’ailleurs l’aspect économique en avant dans son discours. « Les Etats membres de l’OCS doivent développer de nouveaux couloirs de transit et de transport, c’est pourquoi Bichkek appelle à mettre en œuvre le projet ferroviaire Chine-Kirghizstan-Ouzbékistan. [..] L’OCS doit coopérer plus étroitement avec d’autres organisations telles que la CEI et l’Union économique eurasienne » souligne-t-il. Xi Jinping, quant à lui, rappelle les questions sécuritaires, fondations de « l’esprit de Shanghai », mais ouvre également sur une coopération plus large, affirmant que les Etats membres devaient « renforcer et approfondir en permanence la coopération multiforme et contribuer à de nouvelles réalisations et avancées dans le processus de construction de l’OCS ».

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Parallèlement, la Russie est loin de partager la volonté, des Etats centrasiatiques et de la Chine, d’aborder plus largement les questions de coopération économique au sein de l’organisation régionale. Le discours de Vladimir Poutine éclaire parfaitement ce décalage. La sortie du président russe met l’accent sur la nécessité pour l’OCS de gérer « les situations de crise et la résolution pacifique des conflits à proximité des frontières extérieures de nos Etats », la tâche prioritaire des Etats membres étant «  d’assurer l’élimination complète des centres terroristes. »

Or, c’est Chine qui s’affirme en leader au sein de l’OCS. Cette dernière n’hésite pas à utiliser l’organisation pour servir son propre agenda.

L’OCS, une plateforme pour la Chine et ses intérêts

La Chine profite ainsi de l’organisation de sommets multilatéraux pour mettre en avant et défendre ses intérêts. L’annonce de la signature de 24 documents d’une valeur de 7,7 milliards de dollars (6,8 milliards d’euros) dans le cadre du Forum des entreprises sino-kirghizes à Bichkek, ayant lieu en parallèle du sommet, en est un exemple. Interrogé à propos de la rencontre des chefs d’Etats, Sergueï Louzyanin, directeur de l’Institut d’études de l’extrême-orient de l’Académie des sciences de Russie, soulignait « bien sûr, ce n’est pas un hasard si le président chinois prévoit en marge du forum un certain nombre de réunions bilatérales. » Les intérêts économiques chinois dans la région ne cessent d’augmenter. Fin février, le ministre de l’Industrie du Tadjikistan, Zarobiddin Fayzoulozoda, déclarait que « seules les entreprises chinoises, aujourd’hui, ont les capacités pour investir », a-t-il dit.

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La ligne de séparation entre l’OCS et le projet économique chinois « Belt and road initiative » (BRI) est de plus en plus floue. L’une conséquence du sommet de 2018, a été le renforcement des liens entre les pays de l’Organisation et l’Initiative Belt and Road. Pour le think tank The Jamestown’s foundation, l’OCS permet « à la Chine de définir et d’articuler ses intérêts, d’orienter les institutions en fonction de ses propres priorités nationales ». Cependant, cela semble convenir aux Etats centrasiatiques, ces derniers profitant des financements chinois.

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Ces financements peuvent également être motivés par des facteurs exogènes à l’OCS. Ainsi, selon Sergueï Louzyanin, « le sommet de l’OCS à Bichkek est un événement important pour toute l’Eurasie. » Il souligne que la guerre commerciale en cours entre les États-Unis et la Chine influence le programme économique de l’OCS.

La rédaction

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Les dirigeants des Etats membres de l’OCS se sont réunis, cette année, à Bichkek.
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Le développement économique a rejoint la sécurité comme thème majeur à l’OCS.
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