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Quelle place pour l’Europe en Asie centrale ?

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Des experts du centre d’analyse et d’information européen Europe-Central Asia Monitoring (EUCAM) exposent les mesures permettant aux Européens de conforter leur position dans les États d’Asie centrale.

Novastan reprend et traduit un article initialement publié sur Sputnik.uz

Les conclusions du dernier rapport d’analyse du centre Europe-Central Asia Monitoring sont limpides : il est évident que l’Union européenne ne représente pas, pour les États d’Asie centrale, la même opportunité en termes d’investissements et de soutien économique que les géants chinois et russe. Par conséquent, poursuivent les experts européens, la sphère d’influence de l’Union européenne dans cette région doit se situer dans les domaines de la culture et de l’éducation.

Une position bien isolée en Asie

L’Union européenne a perdu son partenaire dans la lutte pour les droits de l’homme en Asie centrale, après la victoire de Donald Trump aux élections présidentielles américaines. La seconde stratégie pour l’Asie centrale, adoptée par le Conseil européen en 2017, ne contient aucun plan d’action concret et ne définit aucun indicateur de réussite mesurable, estime Jos Boonstra, coordinateur à l’EUCAM.

Ce nouveau document apparaît particulièrement pauvre et peu crédible face aux imposants programmes développés par la Russie, la Chine et les États-Unis dans la région. Les Américains sont liés aux États d’Asie centrale par l’initiative C5 + 1, la Russie a signé une série d’accords bilatéraux avec les républiques centrasiatiques et peut compter sur l’Union économique eurasiatique et sur l’Organisation du Traité de Sécurité collective, tandis que Pékin investit massivement dans le développement de la région au moyen de l’initiative « La ceinture et la route », ce concept de «Nouvelle route de la Soie ».

Pour les experts européens, la question est alors inévitable : comment rivaliser d’ambition avec les États-Unis, d’omniprésence avec la Russie et de polyvalence dans les investissements avec la Chine ?

Lire aussi sur Novastan : La Chine et le retour en Asie centrale

Gagner le cœur de la critique

Selon les experts interrogés par l’EUCAM, l’Europe peut exercer une influence sur l’Asie centrale grâce aux échanges culturels et à la lutte pour les droits de l’homme dans la région, ainsi qu’en se posant en diffuseur des valeurs de tolérance et de respect de la liberté de culte.

Toutefois, à la question des mesures concrètes permettant de diffuser cette tolérance, les experts sont demeurés muets, se contentant de souligner à nouveau que l’Union européenne est le seul acteur sur ce créneau.

Les programmes d’éducation supérieure et spécialisée pourraient cependant jouer un rôle dans le renforcement de la position européenne en Asie centrale. Bruxelles a pu obtenir un certain nombre de succès en ce sens : le Kazakhstan a ainsi intégré le processus de Bologne, l’Université Nazarbaïev d’Astana coopère activement avec des instituts européens et américains, et l’Université KIMEP d’Almaty a rejoint le programme d’échange étudiant Erasmus+.

Cependant, les étudiants d’Asie centrale se tournent malgré tout plus volontiers vers la Chine et la Russie (cette dernière ayant par ailleurs intégré, à l’instar du Kazakhstan, le processus de Bologne, et certaines de ses universités font également partie du programme Erasmus+).

D’après les experts, un autre facteur permettant d’asseoir la position européenne dans la région serait la mise à disposition de programmes de cours pour les travailleurs migrants, qui trouveraient sur le vieux continent un moyen d’apprendre à gérer une entreprise avant de rentrer chez eux. Les experts mettent à cet égard en avant l’exemple de pays du Proche-Orient et d’Afrique subsaharienne.

Un manque de fonds

La coopération en matière d’enseignement et le soutien aux petites entreprises sont pour ainsi dire les seuls domaines dans lesquels l’Union européenne peut revendiquer une influence. L’étude le démontre sans ambigüité : l’Europe ne peut pas compter sur son économie pour développer ses relations avec les États d’Asie centrale. Sur un plan non financier, Bruxelles peut également s’attacher à pallier les conséquences négatives du chômage au Kirghizistan et au Tadjikistan.

Les experts de l’EUCAM estiment encore qu’il est nécessaire pour l’Europe d’être le plus réaliste possible dans ses ambitions et d’éventuellement corriger les attentes et objectifs.

Dans un entretien au média Spoutnik Ouzbékistan, Andreï Manoïlo, professeur à la faculté de Sciences politiques de l’Université d’État de Moscou, a qualifié cette démarche de « non constructive ».

« Cette démarche de l’Union européenne en Asie centrale ne semble pas constructive, et me paraît peu crédible », explique-t-il. « La région possède ses spécificités, et son développement doit respecter des caractéristiques propres. »

Selon lui, les États d’Asie centrale ont avant tout besoin d’investissements et non d’un soutien consultatif. Il leur faut des partenaires capables d’injecter des ressources financières réelles dans le développement de leur économie, assure-t-il.

Ces déclarations de l’Union européenne reflètent la réalité financière d’une Europe frappée par la crise, poursuit Andreï Manoïlo.

« L’Union européenne n’a pas de fonds à investir en Asie centrale, ce qui explique la prudence de sa politique », développe le professeur.

Toutefois, l’effacement de l’Union européenne en Asie centrale ne signifie pas que des entreprises européennes ne vont pas s’implanter dans la région. « Mais elles vont avoir beaucoup de mal à y concurrencer les entreprises chinoises », conclut l’expert.

Lire aussi sur Novastan : Peter Burian : « L’Union européenne n’a aucune ambition géopolitique en Asie centrale » 

Anton Kourilkine pour Sputnik
Traduit du russe par Pierre-François Hubert

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L’Union européenne va soutenir plusieurs projets en Ouzbékistan.
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