Référendum constitutionnel au Kirghizstan : une non-campagne

Un référendum aura lieu le 11 décembre pour décider de l’adoption ou non du projet de réforme constitutionnelle au cœur du débat politique depuis plusieurs mois. Pourtant, malgré l’importance du scrutin pour l’avenir du pays et une opposition modérément visible au départ, aucune campagne n’est véritablement menée par aucun des deux camps depuis 2 mois.

Pour le président Almazbek Atambaïev et son administration, la constitution dans sa forme présente porte les germes d’un régime autoritaire. Critique envers le gouvernement provisoire issu de la révolution de 2010 et la présidente Roza Otounbaïeva, le chef de l’Etat leur reproche d’avoir légué au pays un texte constitutionnel écrit à la hâte et non adapté aux réalités du pays.

Un projet de réforme clivant

C’est la raison pour laquelle il a poussé un projet de réforme de la constitution qui renforcerait notamment les pouvoirs du Premier ministre – sans amoindrir ceux du Président -, redéfinissant l’équilibre des pouvoirs avec le Parlement au détriment de celui-ci. Sur le plan symbolique, la constitution amendée mettrait au cœur des idéaux de la République des valeurs nationales très vaguement définies, aux dépens des droits de l’Homme qui, pour les détracteurs du projet, seraient extrêmement affaiblis.

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Cette opposition avait conduit, peu de temps après l’annonce du projet, à la dispute remarquée entre Almazbek Atambaïev et Roza Otounbaïeva lors des 25 ans de l’anniversaire du pays le 31 août. Dans sa conférence de presse du 2 décembre, le président a déclaré ne pas regretter ses paroles très vives envers l’ancienne présidente.

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Premiers mois : une opposition active mais limitée

Le mouvement d’opposition « Référendum – non ! » a récolté des signatures dès la fin du mois de septembre pour demander l’annulation du référendum et demander la dissolution du Parlement. Leur principal argument est l’attitude des autorités, qui ignorent l’opinion des citoyens quant à la nécessité de changer la constitution.

Le chef du mouvement, Elmira Ibraimova, a été membre du gouvernement provisoire mis en place au lendemain de la révolution de 2010 en tant que coordinatrice pour la Protection sociale et les relations publiques. S’étant promis de défendre la constitution rédigée à l’époque, elle avait ainsi souligné que les changements proposés n’avaient pas été examinés au regard des droits de l’Homme, l’égalité des sexes et la lutte contre la corruption. L’illégalité du processus est également dans le viseur, en rappelant le moratoire de 2010 qui prévoyait que la constitution ne pouvait être modifiée avant 2020.

Les opposants demandent au Conseil constitutionnel de se prononcer

Les opposants vont jusqu’à remettre en cause la légitimité du Parlement qui agit « contre son peuple » et est accusé d’usurper le pouvoir. Le député Ichak Masaliev, membre de la commission sur la législation constitutionnelle, a balayé les critiques en ironisant que « le Parlement est devenu le seul ennemi du peuple. », impliquant que les opposants simplifiaient la situation en tenant les députés responsables de tous les problèmes du pays.

Un Kurultaï (assemblée traditionnelle kirghize invitant chacun à participer) a été organisé le 8 octobre en opposition à la réforme constitutionnelle. Environ 600 personnes y ont participé. et à l’issu signé une résolution dénonçant la décision de réformer la constitution en violation du moratoire. Ils en ont appelé au Conseil constitutionnel pour donner une opinion objective sur la question.

Une dilution progressive de la campagne sur la réforme constitutionnelle

L’opposition n’est cependant pas parvenue à faire reculer le processus, qui n’a absolument pas été remis en cause depuis octobre. Le mouvement « Référendum – Non ! » est presque entièrement sorti des radars. Si des critiques ont continué à être émises, l’opposition organisée semble avoir disparue.

La date du référendum a été fixée au dimanche 11 décembre, soit le même jour que les élections locales. La raison derrière ce doublement est de booster le taux de participation, en partant du principe que plus d’électeurs voteront lors du référendum s’ils se déplacent de toute façon pour une élection.

Un effet collatéral –et possiblement voulu- est néanmoins la dilution du débat sur la réforme constitutionnelle. En effet, l’affichage et la publicité dans l’espace public sont entièrement orientés vers les élections locales, avec pour résultat un véritable effacement de la campagne sur le référendum.

Les affiches de campagne pour les élections locales sont omniprésentes à Bichkek, mais aucune ne fait référence au référendum.

Pour le journal Azattyk, l’histoire des réformes constitutionnelles au Kirghizstan (pas moins de 10 depuis 1991) nous apprend déjà que le référendum verra une large victoire du « oui ». Cependant, le niveau d’information des votants sur les enjeux véritables de la réforme est pour le journal très discutable.

L’opposition parlementaire au projet a d’ailleurs pris une tournure personnelle bien plus qu’idéologique, avec notamment une menace d’impeachment de la part de Tekebaïev, leader du parti Ata-Meken. Atambaïev lui-même semble s’être désengagé, n’ayant pas du tout évoqué le sujet dans sa conférence de presse du 2 décembre. Le président a même pris un congé le 5 décembre, à quelques jours seulement de l’élection censée marquer le point d’orgue de son mandat présidentiel.

Un intérêt limité de la communauté internationale

La communauté internationale, occupée par les élections présidentielles de la semaine dernière en Ouzbékistan voisin, qui ont vues l’élection de Chavkat Mirzioïev, semble par ailleurs ignorer l’échéance au Kirghizstan. L’OSCE a en effet déclaré que, pour raison de manque d’effectifs, elle n’enverrait pas d’observateurs dans la République kirghize pour évaluer la bonne tenue du processus.

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Les seuls observateurs étrangers proviendront des pays de la CEI (Communauté des Etats Indépendants, qui regroupe 9 des 15 états post-soviétiques). Il s’agira de membres des parlements nationaux des divers Etats membres, ainsi que des représentants des corps diplomatiques.

La rédaction

Le président du Kirghizstan, Almazbek Atambaïev, a poussé pour cette réforme constitutionnelle.
Kremlin
Les affiches de campagne pour les élections locales sont omniprésentes à Bichkek, mais aucune ne fait référence au référendum.
Jérémy Lonjon
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