Kirghizstan Bichkek Sooronbaï Jeenbekov Xi Jinping Rencontre Xinjiang Camp Reéducation

Région ouïghoure : le président kirghiz n’interviendra pas

En marge du sommet annuel de l’Organisation de coopération de Shanghai à Bichkek, le président kirghiz a évoqué avec Xi Jinping le sort des citoyens chinois d’ethnie kirghize dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang. Un sujet hautement sensible entre les deux Etats, alors que Pékin est accusé d’organiser des camps de concentration pour les minorités turcophones dans cette région.

Les sommets internationaux amènent parfois des sujets difficiles sur la table. Alors que le sommet annuel de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) est organisé les 13 et 14 juin à Bichkek, le président kirghiz Sooronbaï Jeenbekov s’est entretenu ce jeudi 13 juin avec son homologue chinois Xi Jinping sur le sort des Kirghiz ethniques vivant en Chine. Plus spécifiquement dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang, dans le nord-ouest de l’Empire du milieu.

La région connaît depuis 2016 une répression de plus en plus forte à l’encontre des minorités turcophones et musulmanes. Le pouvoir central chinois a fait construire des camps de concentration, officiellement appelés « camps de rééducation », où plus d’un million de personnes seraient enfermées. Parmi elles, des Ouïghours, autrefois majoritaire dans la région, mais aussi des Kirghiz, Kazakhs ou Tadjiks ethniques.

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Le sujet est particulièrement sensible au Kirghizstan, frontalier du Xinjiang. Le 30 novembre dernier, les représentants du « Comité pour la protection des Kirghiz de Chine » avaient interpellé Sooronbaï Jeenbekov sur le sort des 22 000 citoyens chinois d’ethnie kirghize internés dans les camps du Xinjiang.

Le président kirghiz s’aligne sur la position chinoise

La venue de Xi Jinping à Bichkek a de nouveau soulevé les interrogations quant à la position du pouvoir kirghiz sur la question. Le média local Kloop rapporte ainsi que Sooronbaï Jeenbekov a soutenu la position du gouvernement chinois. « La question concernant les minorités nationales de Chine est une affaire purement interne à la Chine. Je voudrais tout particulièrement souligner et exprimer mon soutien à votre position sur cette question », a déclaré le président kirghiz.

Des déclarations en tout point similaires à celles de l’ambassadeur chinois au Kirghizstan en novembre dernier.  Xiao Tsinghua avait alors affirmé que ce qui se passait au Xinjiang relevait uniquement des affaires internes de la Chine.

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Cette prise de position de la part de Sooronbaï Jeenbekov est loin d’être surprenante. En effet, la non-interférence dans les affaires internes d’un Etat est une vision des relations internationales que s’efforce de porter la Chine sur la scène régionale et internationale. « Le Kirghizstan suivra toujours les principes et les normes de tous les accords précédemment conclus et des accords entre nos pays. Notre pays est un bon ami de la Chine, un voisin, un partenaire loyal et fiable », abonde ainsi le président kirghiz.

Le poids économique chinois muselle le pouvoir kirghiz

Derrière cette prudence politique, on trouve des circonstances économiques. La Chine est à la fois la première source d’investissement et le premier partenaire commercial du Kirghizstan avec un volume commercial de 5,6 milliards de dollars (4,9 milliards d’euros) en 2018. Aussi, face au poids économique que représente la Chine dans la région, Sooronbaï Jeenbekov marche sur des œufs. En décembre 2018, il déclarait alors, cette question devait être abordée « avec prudence et diplomatie ». Lors de son intervention, en marge du sommet de l’OCS, il précise « nous avons aussi des Chinois en prison, mais les autorités chinoises ne nous crient rien. Les Kirghiz qui se trouvent en Chine sont citoyens chinois et sont soumis aux lois chinoises. Ce n’est pas de la peur, il faut juste être prudent ».

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Le rôle que joue la Chine au Kirghizstan rend le sujet particulièrement délicat pour Bichkek. La rencontre entre les deux dirigeants a permis l’annonce de subventions chinoises à hauteur de 600 millions de yuans (76,6 millions d’euros). Outre les projets de routes et de laboratoires d’analyses phytosanitaires, cet argent participera au financement de fouilles archéologiques pour la « préservation du patrimoine historique des deux peuples ».

La rédaction

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Interrogé sur les Kirghiz ethniques détenus en Chine, Sooronbaï Jeenbekov affirme que cela regarde uniquement la Chine.
Kg Press Service
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