Sapar Issakov, ancien Premier ministre kirghiz, en état d’arrestation

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L’ex-Premier ministre du Kirghizstan a été arrêté le 6 juin dernier pour des faits de corruption et de lobbying. Cet épisode est le dernier en date d’une chasse aux anciens soutiens de l’ex-Président kirghiz, Almazbek Atambaïev.

C’est un nouveau rebondissement sur la scène politique kirghize. L’ancien chef du gouvernement du Kirghizstan Sapar Issakov est accusé d’être impliqué dans une affaire de corruption liée à des investissements dédiés à la rénovation de la centrale de chauffage de Bichkek. Il a été arrêté le mardi 6 juin par les autorités kirghizes. Sa détention durera deux mois avant un éventuel procès.

L’ex-Premier ministre est accusé d’avoir fait du lobbying au profit de la compagnie chinoise Tebian Electric Apparatus (TBEA), lui accordant un contrat privilégié pour rénover la centrale. Celle-ci était tombée en panne en janvier dernier, provoquant un large scandale et laissant la population dans le froid.

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C’est la quatrième fois que l’ancien chef du gouvernement est interrogé depuis le 18 avril, date qui a marqué la déchéance de son gouvernement suite à une motion de censure initiée par le président Sooronbaï Jeenbekov. Il exerçait ses fonctions depuis le 21 août 2017.

Une rivalité politique

L’arrestation de Sapar Issakov, longtemps vu comme le protégé de l’ancien chef d’État, Almazbek Atambaïev, s’est accompagnée de celle de l’ancien maire de la capitale, Koubanytchbek Koulmatov, lui aussi accusé de corruption, d’après AKIpress.

Ils sont tous les deux membres du Parti social-démocrate du Kirghizstan (SDPK) présidé par l’ancien homme fort du Kirghizstan.

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Cependant, ces arrestations s’inscrivent dans une série de changements gouvernementaux majeurs qui prennent la forme d’une lutte politique entre Sooronbaï Jeenbekov et l’influence de son prédécesseur, notamment depuis qu’Almazbek Atambaïev a décidé de revenir en politique en prenant le poste de président du SDPK, majoritaire au Parlement kirghiz.

Ayant pourtant été en faveur de son successeur lors de l’élection présidentielle de 2017, l’ancien président voit de plus en plus de personnalités clés de son parti se faire arrêter ou limoger, sans compter les démissions.

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Selon Fergananews, l’ancien chef de l’État accuse Rayymbek Matraïmov, vice-président du service des douanes jusqu’en 2017, d’avoir été un des responsables de l’inculpation de Sapar Issakov. Ce dernier l’aurait licencié dans un plan de lutte contre la corruption. « Contrairement au bon sens, les gens qui viennent de se distinguer dans la lutte contre la corruption ont été arrêtés pour corruption », a déclaré Almazbek Atambaïev, louant ainsi l’efficacité du travail de l’ancien Premier ministre. L’ancien président kirghiz affirme que les motifs de ces accusations sont politiques, selon 24.kg.

Atambaïev bientôt exclu du SDPK ?

Un congrès extraordinaire du SDPK serait en préparation dans les jours à venir. C’est du moins ce qu’affirme un influent membre du SDPK, Sagynbek Abdrakhmanov, sur sa page Facebook : « Nous sommes indignés qu’Almazbek Atambaïev aujourd’hui tente de se cacher derrière les mérites historiques de notre parti, le Parti social-démocrate. »

Et l’ancien candidat à la présidentielle de dénoncer vigoureusement l’ancien président kirghiz : « Quelle hypocrisie, quand Atambaïev appelle « camarades » Sapar Issakov et Koubanytchbek Koulmatov qui sont des sbires de Bakiev (président kirghiz de 2005 à 2010, ndlr). Nos camarades ont été tués le 7 avril en se battant contre les autorités pour leur corruption et l’absence de droit. Cependant, étant arrivé au pouvoir au prix du sang, Atambaïev a dirigé tous ses efforts sur son enrichissement personnel, la distribution des postes à ses amis, comme à son chauffeur et à son garde du corps. »

« Nous déclarons que nous sommes en train de finaliser les préparatifs de la convocation d’un congrès extraordinaire du Parti social-démocrate. Almazbek Atambaïev s’est constitué un pouvoir absolu, non seulement dans l’État, mais aussi au sein du Parti social-démocrate. Il a détruit les restes de la démocratie interne du parti, mais nous ne laisserons pas faire et il ne va pas continuer la fête, et il ne peut plus se protéger lui et ses « camarades voleurs » de représailles justifiées. », ajoute-t-il dans son message.

« Nous ne nous reposerons pas jusqu’à ce qu’Atambaïev soit non seulement retiré du poste de président du parti, mais aussi expulsé du Parti social-démocrate », a finalement conclu Sagynbek Abdrakhmanov.

Jeenbekov, « principal et unique centre du pouvoir du Kirghizstan » ?

Cela pourrait constituer la fin de la carrière d’Almazbek Atambaïev en politique, signant un court retour à la politique qui aura permis au nouveau président de nettoyer l’appareil d’État et du parti. La concentration du pouvoir aux mains du président pourrait être une menace pour la stabilité future du système politique kirghiz.

Selon Andreï Grozine, chef du département de l’Asie centrale et du Kazakhstan de l’Institut des Pays de la CEI, Sooronbaï Jeenbekov viserait à instaurer  son autorité en se débarrassant de l’héritage de son prédécesseur. « Sooronbai Jeenbekov est en fait le principal et unique centre de pouvoir au Kirghizstan. Et face à cela, vous ne pouvez pas discuter », dit-il dans une interview publiée par la version russe de RFE/RL.

Si l’élection de 2017 ont vu une transition pacifique du pouvoir pour la première fois dans le pays, le spectre des révolutions de 2005 et de 2010 ne semble pas si lointain. Ces dernières ont vu en 2005 le renversement du Président Askar Akaïev, puis, en 2010, l’émergence d’un conflit interethnique suite à la destitution du président Kourmanbek Bakiev.  Les deux chefs d’États étaient accusés de corruption, ce qui pourrait raviver les passions des révolutions en lien avec la rivalité entre Almazbek Atambaïev et Sooronbaï Jeenbekov.

Karl Haddad
Rédacteur pour Novastan

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Sapar Issakov, ex-Premier ministre du Kirghizstan.
Wikipedia
Les Présidents kirghizes Atambaïev et Jeenbekov
AKIpress
Commentaires
  • Le Kirghizistan connaît des moments très intéressants (étapes) du développement politique au cours de sa période d’indépendance. Depuis le début des années 1990 à 1996, nous avons observé le développement rapide de la République kirghize dans la direction de la ville. Depuis l’ancienne moitié des années 1990, ces transformations ont été en grande partie suspendues. Commence à se renforcer le pouvoir présidentiel. Ce processus de consolidation du pouvoir présidentiel se poursuit jusqu’en 2005. La tentative ultérieure de renforcer le régime autoritaire à travers le renforcement du régime autoritaire (le renforcement du pouvoir présidentiel) a été réprimée en 2010. En 2010, des mesures sont prises pour assurer la répartition du pouvoir entre les différentes branches du pouvoir (exécutif (premier ministre), législatif, président). Depuis lors, nous voyons comme avant un puissant pouvoir présidentiel. La seule différence est que maintenant les pouvoirs du président sont limités à 6 ans, sans la possibilité d’un président pour le prochain mandat. Ce fait est incontestablement un grand progrès pour le Kirghizistan. Malgré l’introduction de la forme présidentielle-parlementaire de gouvernement au Kirghizistan, le président (traditionnellement) renforce sa position au détriment des autres branches du pouvoir. Il existe de nombreuses raisons pour lesquelles chaque président suivant tente de renforcer au maximum son pouvoir, tout en maintenant volontairement ou involontairement le style autoritaire du conseil d’administration.Parmi ces raisons, on peut citer la catégorie de rejet par chaque nouveau président du mérite et les réalisations des présidents passés. Les ambitions personnelles des présidents sont entravées par le développement systématique de la faute. Chaque nouveau président s’efforce de renforcer son pouvoir personnel et prend diverses mesures pour assurer le plein contrôle du système politique du Kirghizistan. Les arrestations de hauts fonctionnaires pour abus de pouvoir et la corruption sont les moyens les plus courants d’éliminer les opposants politiques et leurs représentants. Le gouvernement actuel doit comprendre que la poursuite de la politique de ses prédécesseurs, le pouvoir lui-même peut être dans 6 ans pour devenir la victime d’un tel système de gouvernement. En conséquence, nous aurons une économie très faible et une haute composante de la corruption, parce que le développement de la République ralentit par des tentatives spontanées et incertaines de réformes économiques et politiques dans la République. Ces tentatives sont limitées à 6 ans de pouvoir. Dans un si court laps de temps, il est impossible d’atteindre des résultats économiques élevés. Cependant, cela ne devrait pas être une raison de renforcer le pouvoir autoritaire et de renforcer le pouvoir d’un souverain. Si le pouvoir actuel est effectivement axé sur le développement économique du Kirghizistan, il doit non seulement s’occuper de l’économie de la République, mais aussi assurer une plus grande répartition des pouvoirs dans le pays. Pour ce faire, il est nécessaire de laisser le pouvoir présidentiel en faveur d’autres branches du pouvoir. Cela permettra au Kirghizistan d’éviter à l’avenir la tentation de certains politiciens forts de prétendre à la présidence politique. Le seul moyen de sortir de cette situation – le passage à la forme parlementaire du gouvernement.

    8 juin 2018

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