La station de ski de Karakol au Kirghizstan

Sports d’hiver : un autre lendemain pour le Kirghizstan ?

Recouvert à 90% par des montagnes, dont certains pics culminent à plus de 
7 000 m, le Kirghizstan attire de plus en plus d'alpinistes et randonneurs pendant les mois d'été.  Mais les monts célestes sont aussi l'oasis des skieurs, et les sports d'hiver s'y développent d'année en année. 

Par ce beau dimanche de février dans la station de ski ZIL, les montagnes enneigées font penser au couvre-chef traditionnel kirghiz, le kalpak, avec ses broderies colorées. Le haut des cimes, parsemé de genévriers et à leurs côtés, des colonnes rocheuses sculptées par les années, évoque une œuvre d’art sans contours.

Ce jour-là, l’air est teinté de fierté, celle de son pays, de sa nature unique et de ses montagnes célestes. Le Kirghizstan est certes enclavé, éloigné de la mer, mais dans ses vallées poussent des légumes, des fruits gorgés de soleil, des pastèques et des melons juteux. L’hiver aussi a ses trésors, ses tapis de blanc et de joie qui recouvrent les courbes du pays. Ce jour-là, loin des pâturages et des jours sans eau ni électricité, il y a comme une promesse d’avenir : celle des enfants qui rient, celle des gens qui skient avec beaucoup de plaisir et d'entrain.

19 stations de ski dans le pays

Le développement récent du tourisme hivernal est surtout lié aux mesures prises par le gouvernement, qui en a fait l'une de ses priorités : si le Kirghizstan ne dispose pas de l’or noir de ses voisins, il offre à l’étranger une précieuse hospitalité et une nature sans égale. Encore peu pratiqué, le ski commence à arpenter les versants des Tian Shan, ces « monts célestes » rêvés dès les premiers dessins des Kirghiz.

Avec l’avantage de la proximité : au Kirghizstan, villes et cimes se côtoient sans fin. Bichkek, la capitale, se situe aux pieds d’une chaîne qui frôle les 5000 m d’altitude, et les premières stations de ski sont accessibles en 35-40 minutes depuis le centre-ville.

Le ski au Kirghizstan

Pourtant, beaucoup sont ceux qui n’osent pas encore s’y aventurer. Un fossé que tentent d’effacer les organisateurs du festival de ski annuel. Désormais rendez-vous incontournable de la saison hivernale, il avait lieu cette année dans la station de ski ZIL, le 22 février dernier. Depuis six ans, le festival cherche à populariser les sports d’hivers, encore bien loin de la vie quotidienne kirghize. « A l'époque, le tourisme n'était pas aussi florissant qu'aujourd'hui, et l'objectif était de stimuler son développement et de faire connaître les sports d'hiver en organisant un festival national », explique Esen Djumanov, organisateur du festival et directeur du club d’affaires de Bichkek. « Un peu comme le carnaval de Rio ou la fête des couleurs en Inde, dans une moindre mesure, bien sûr. » Avec l’aide d’un certain nombre d’investisseurs locaux, le festival prend de l’ampleur, et propose une découverte grisante de la glisse à travers jeux, concours et spectacles.

A lire sur Novastan.org : "Les sports hivernaux en Kirghizie ont-ils un avenir?"

Nurlan Tachïka, représentant de Samsung Electronics au Kirghizstan, l’un des principaux sponsors de l’évènement, était lui aussi confiant quant à l’évolution du ski. « Nous promouvons l’idée d’un mode de vie sain, et notre équipe va d’ailleurs souvent à la montagne pour faire du ski. » Akbar Ryskulov, directeur de la station de ski ZIL, assure que « toutes les conditions sont réunies pour que le tourisme hivernal continue à se développer au Kirghizstan ». Une affirmation confirmée par les chiffres : avec une recette de 100 000 soms (1440 euros, contre 935 euros l’année dernière), le festival a fait le plein. L’intégralité de ce profit a d’ailleurs été reversé à des orphelinats.

Le ski au Kirghizstan

Un peu plus loin, la station de Karakol (au bord du lac Issyk-Kul) est la plus grande du pays. C’est aussi la plus populaire, avec ses 20 km de piste, ses dameuses dernier cri et ses télésièges rachetés d’occasion en France. Le Kirghizstan compte aujourd’hui un total de 19 stations de ski.

Mais malgré les descentes qui s’enchaînent, le voyage est encore long pour le pays : le coût de ces sports et l’équipement souvent dépassé des premières stations annoncent encore d’autres obstacles au règne du ski. Pour un pays où le salaire moyen ne dépasse pas les 160 $,   une journée de glisse est souvent un luxe que l’on peine même à concevoir. Et pour un pays dont on ignore parfois jusqu’au nom, faire venir des touristes demande ardeur et patience. 

Azema Berenalieva 
Journaliste pour Novastan.org

Janil Bayguttieva
Journaliste pour Novastan.org

Relu par Alexia Choffat
Correctrice pour Novastan.org

Relu par Marion Biremon

La station de ski de Karakol au Kirghizstan
Azema Berenalieva
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