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Trafic humain : la situation empire en Asie centrale

Le département d’Etat américain a dressé un tableau sombre pour les pays centrasiatiques. Seul l’Ouzbékistan progresse.  

C’est un pavé dans la mare. Dans un rapport sur le trafic humain publié en juin dernier, le département d’Etat américain décrit une situation aggravée en Asie centrale. Le trafic humain concerne à la fois le travail forcé, l’esclavage, les réseaux de prostitutions et de trafic d’organes. Le ministère des Affaires étrangères américain se concentre sur l’engagement de l’Etat et les méthodes de lutte mises à disposition des populations, jugés insuffisants dans tous les pays de la région.

Le fort taux de migration interne et internationale fait de l’Asie centrale un lieu de passage important pour les réseaux, qui y recrutent leurs victimes souvent avec de fausses offres de travail.

Le Kirghizstan et le Tadjikistan sanctionnés

Le rapport classe les pays du monde en trois catégories. La première contient les Etats qui remplissent toutes les normes de lutte contre l’esclavage. La deuxième, ceux qui font des efforts significatifs pour y remédier. Dans la dernière, on trouve ceux qui ne prennent aucune mesure contre le trafic humain. Il existe aussi un entre-deux, une « liste d’observation de la deuxième catégorie » où sont classés les pays qui font des efforts, mais pas assez activement ou sans résultats.

Cette année, seul l’Ouzbékistan a connu une amélioration, en passant de la troisième catégorie à la liste d’observation. Dans cette dernière, on trouve également le Kirghizstan et le Tadjikistan, tous deux pourtant en deuxième catégorie dans le rapport précédent, publié en 2017. Le Turkménistan et le Kazakhstan ne connaissent aucun mouvement : Achgabat reste au bas du classement, tandis qu’Astana, en deuxième catégorie, est le « meilleur élève » de la région.

A l’aide du rapport, Novastan fait le point pour chaque pays.

Kazakhstan : de plus en plus d’efforts contre le trafic humain

Si le Kazakhstan ne se conforme pas encore entièrement aux normes de lutte contre le trafic humain, il se distingue par des « efforts significatifs » entrepris en 2017, notamment en augmentant le budget dédié à la prise en charge des victimes, en ouvrant sept refuges supplémentaires et en organisant des événements et des campagnes d’information pour sensibiliser la population.

Le pays est toutefois réprimandé pour l’absence de prise en charge des victimes étrangères, l’implication de policiers dans les réseaux et leur impunité. Une loi qui autorise l’abandon des charges contre paiement aux victimes est également dans le viseur des Américains. Presque deux fois moins de criminels ont été arrêtés en 2017 qu’en 2016. D’après plusieurs ONG, la corruption permettrait à un certain nombre d’entre eux d’échapper à la loi.

Au total, 76 victimes ont été identifiées, dont 50 qui étaient aux mains de réseaux de prostitution. Ce chiffre, donné par le gouvernement kazakh, est largement sous-estimé selon le rapport.

Kirghizstan : l’impunité des réseaux

Bien que le Kirghizstan ait adopté un plan national de lutte contre le trafic humain pour 2017-2020 et des critères d’identification des victimes, aucun suspect n’a été poursuivi et aucune enquête sur la corruption ou l’implication des autorités n’a été ouverte.

Le pays n’a pas non plus alloué plus de budgets à la cause et peu de victimes ont été trouvées par le gouvernement kirghiz. Le Kirghizstan a donc été déclassé, passant dans la liste d’observation.

Tadjikistan : travail forcé et corruption

De nombreuses avancées sont à noter au Tadjikistan dans sa lutte contre le trafic humain : ouverture d’une unité policière spécialisée et d’une ligne d’urgence, lancement de nombreuses enquêtes pour démanteler les réseaux et les agences complices, surveillance de l’emploi de mineurs lors de la récolte du coton.

Pourtant, Douchanbé a aussi été déclassée pour « corruption endémique », qui permet le transport des victimes à l’étranger et un travail forcé pendant la récolte du coton, et ce malgré les mesures prises en place. La prise en charge des victimes a par ailleurs été jugée insuffisante.

Ouzbékistan : beaucoup de progrès avec le coton

Seul pays d’Asie centrale à avoir été surclassé, l’Ouzbékistan a fait de remarquables progrès pour mettre fin au travail forcé lors de la récolte du coton, jusqu’alors très répandu. Le pays avait pour habitude de forcer enfants, étudiants et fonctionnaires à récolter le coton et fermait ses champs aux observateurs. En 2017, le gouvernement ouzbek a largement réduit le recours au travail forcé, après l’impulsion donnée par le Président Chavkat Mirzioïev.

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Cependant, le travail forcé constituait toujours 13% de la force de travail lors de la récolte du coton en 2017. Les fonctionnaires ont notamment été mobilisés. Au total, 440 victimes ont été identifiées par le gouvernement ouzbek, soit deux fois moins qu’en 2016.

Turkménistan : absence de lutte contre le trafic humain

Le Turkménistan se trouve lui au bas du classement, ne montrant aucun effort dans la lutte contre le trafic humain. Le gouvernement est accusé d’avoir forcé des dizaines de milliers de citoyens à travailler pour récolter le coton et construire l’infrastructure des Jeux asiatiques en salle, organisés en septembre 2017. Les autorités complices du trafic restent impunies.

Le rapport dénonce également la détention d’observateurs et de journalistes attestant de ce trafic. Au total, le gouvernement turkmène n’a identifié qu’une seule victime du trafic humain en 2017.

Marion Biremon
Rédactrice pour Novastan à Bichkek

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Le coton est la colonne vertébrale de l’économie ouzbèke depuis les années 1930.
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