Un an après son ouverture, le premier café responsable de Karakol s’implante durablement

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En août 2016, le « Fat Cat Karakol » ouvrait ses portes dans l’est du Kirghizstan. En mélangeant découvertes culinaires et actions sociales, le café a réussi à marquer les esprits.

Novastan reprend ici un article initialement publié sur Eurasianet.

Un petit matin d’été, de nombreux visiteurs du café « Fat Cat Karakol » sont rassemblés à l’ombre du conopée, devant l’entrée. Il est très tôt et la rue sur laquelle donne le café est encore animée et assez bruyante.

La propriétaire du café, Jamilia Sidigaliev, s’approche rapidement de la table où sont assis deux hommes en T-shirts du World Wildlife Fund. Ils commandent des cheesecakes et la boisson locale à base de fruits, appelée « compote ». Dans cet endroit, un petit-déjeuner pareil est inhabituel pour les Kirghiz. Tout aussi inhabituel est le café et son slogan : « Le café, la nourriture et la responsabilité sociale ».

Objectif : « devenir un modèle de construction d’une entreprise »

Grâce à son café qui a ouvert en août 2016 à Karakol, située à l’est du lac Issyk-Koul, Jamilia Sidigaliev promeut le concept du citoyen responsable de plus en plus. Elle voit dans son café l’image d’une locomotive d’activisme social et de responsabilité sociale.

« L’idée du café n’est pas seulement de servir les touristes et de fonctionner comme une entreprise commerciale, mais aussi de devenir un modèle de construction d’une entreprise », affirme la propriétaire à Eurasianet. « Nous essayons de familiariser Karakol avec la responsabilité sociale, de sorte que d’autres entreprises locales puissent également être impliquées dans des activités sociales et accomplir un travail socialement important », décrit Jamilia Sidigaliev.

Un genre d’établissement nouveau pour Karakol

À Bichkek, la capitale du Kirghizstan, de nouvelles formes de commerce se développent rapidement : des bars proposent de la bière artisanale ou des épiceries qui vendent des produits de meilleure qualité que le reste du marché se sont installés. Pour l’instant, la ville de Karakol est en retard sur ce plan. Jamilia Sidigaliev considère que c’est son devoir de mettre fin à cela et de montrer à la communauté de la ville de Karakol et aux villages voisins qu’ils n’ont pas été oubliés.

« Je voulais rappeler aux gens ce qui est le plus important : la compassion et le soutien aux autres, même ceux qui vous ne connaissez pas ; rappeler qu’il est important de tendre la main à ceux qui en ont besoin et de partager ce que nous avons », affirme la gérante. « En fin de compte, la gentillesse et les bonnes actions sont ce que nous laissons derrière nous ».

Locaux et touristes mélangés

Les clients de son café sont un mélange de personnes locales, de grimpeurs et de touristes. Selon la gérante, des volontaires des Peace Corps viennent de plus en plus souvent et, de manière générale, les personnes découvrant l’existence et le but de son établissement sont également plus nombreuses.

Au menu du café, de nombreux plats qu’on ne voit pas souvent au Kirghizstan, comme de la viande avec une sauce épicée mexicaine avec des poivrons rouges et les haricots, du banana bread, du fromage, du pain grillé dans l’œuf et du lait à la française. Mais le produit principal de l’établissement est le café, qui n’est traditionnellement pas très populaire parmi les habitants locaux. Jamilia Sidigaliev remarque que les goûts commencent à changer peu à peu, même si le thé reste la principale boisson chaude des Kirghiz.

Dans les intervalles entre la réception des commandes des visiteurs et la préparation de café, Jamilia Sidigaliev parvient à se glisser dans la cuisine où elle enseigne à son seul employé la préparation de la pizza. Dans une petite pièce où on ne peut pas se retourner, une jeune femme prépare la pâte pendant que la propriétaire elle-même rappe le fromage et coupe les légumes.

Un passé violent

Derrière l’idée du Fat Cat Karakol, on trouve pour partie un passé violent pour Jamilia Sidigaliev. « J’ai grandi dans une famille où la violence domestique était considérée comme la norme », dit-elle. Son père faisait souffrir le reste de la famille physiquement et moralement. Lorsque Jamilia Sidigaliev a eu 19 ans, son père a quitté la famille, en offrant à la mère et à la fille une occasion de commencer une nouvelle vie.

La jeune fille est allée étudier à l’Université américaine d’Asie centrale, puis elle a obtenu un master en Allemagne. Sa mère a trouvé sa propre vocation en établissant une organisation pour les victimes de violence familiale « Arjun-Karakol », l’une des deux seules dans toute la région. Bien que Jamilia Sidigaliev ait apprécié son séjour dans une des pays développés d’Europe, elle a décidé de retourner à Karakol pour aider sa mère avec son centre.

 « En Allemagne, la responsabilité sociale est une norme. Ici, dans mon pays, les valeurs d’aider les autres et de montrer la compassion sont faibles, et je voulais le changer », affirme-t-elle.

Des projets financés par la vente de produits spéciaux

En un an d’existence, le « Fat Cat Karakol » a participé à plusieurs initiatives de bienfaisance, y compris une formation des femmes du centre des victimes de violence familiale à la pâtisserie et à l’organisation de la collecte des fournitures scolaires pour les familles défavorisées dans les villages.

Fat Cat Karakol Kirghizstan Café responsable Jamilia Sidigaliev

Pour recueillir des fonds pour de tels projets, la jeune propriétaire vend des volumes additionnels de produits de sa boulangerie : des tartes aux pommes, des gâteaux « trois laits » et d’autres « velours rouges ». Toutes ces pâtisseries sont préparées en utilisant de nouvelles recettes pour Karakol. Tous les produits de la vente solidaire vont aux projets sociaux.

Un climat difficile

Au-delà du défi de faire changer le goût des habitants, Jamilia Sidigaliev doit aussi s’adapter à une activité saisonnière, à cause d’hivers très froids. Un an après sa création, le café continue de fonctionner malgré les freins. « Au fur et à mesure, de plus en plus de gens apprennent à connaître le « Fat Cat Karakol », notamment son concept et le but du café. Les locaux sont de plus en plus disposés à aider, même un tout petit peu », décrit la gérante.

Peu après l’ouverture du café, un député local a appelé. « Il m’a dit : « Je veux aider mais je ne sais pas comment » », décrit Jamilia Sigidaliev.  La propriétaire lui a fourni des informations des contacts de ceux qui ont besoin d’aide.

Des projets menés avec d’autres entreprises locales

Les entreprises locales ont aussi soutenu le café. Avant la nouvelle année, Jamilia Sidigaliev a fait équipe avec trois centres touristiques locaux, un salon de beauté et un service de taxi pour recueillir des fonds pour les dons et l’organisation du festival pour les orphelins et les enfants handicapés, ainsi que des produits pour les familles à faible revenu et des articles de toilette pour le centre neuropsychiatrique dans le village voisin.

Fat Cat Karakol Kirghizstan Café responsable Cours femmes

En plus de la vente des viennoiseries pour recueillir des fonds, Jamilia Sidigaliev cherche également d’autres moyens de communication, comme des annonces à la radio.

Une mission universelle

Sur la page Facebook du café, une série de notes sur les façons possibles d’aider dans la région a été publiée. La vente des viennoiseries pour recueillir des fonds se fait constamment. Une campagne de financement participatif a été lancée sur la plateforme Kickstarter pour recueillir des fonds pour une jeune fille malade de l’atrophie musculaire spinale.

« Il s’agit de recueillir des fonds au niveau communautaire. Tout n’est pas rapide, parfois je suis triste et déçue, mais nous améliorons sans cesse le niveau de conscience de la nécessité dans notre communauté et comment on peut les aider », affirme Jamilia Sidigaliev. « La mission du café est non seulement de faire le bien par nous-mêmes, mais aussi d’encourager les autres à ce faire », conclut-elle.

Traduit du russe par Christina Rojkova

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Entrée du café Fat Cat Karakol. Le but de l’établissement, selon la propriétaire, n’est pas seulement de faire du business, mais aussi de mener à bien un travail socialement important.
Alexandra Petri
Jamilia Sidigaliev, au centre de l’image, après avoir reçu un don de 24 000 soms (292 euros).
Page Facebook Fat Cat Karakol
Un cours donné à des femmes kirghizes par le Fat Cat Karakol.
Page Facebook Fat Cat Karakol
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