Azizbek Achourov Avocat Prix Nansen Kirghizstan UNHCR

Un avocat kirghiz récompensé par l’ONU pour son combat contre l’apatridie

Azizbek Achourov, directeur d’Avocats sans frontières de la Vallée du Ferghana, a obtenu le prix Nansen 2019. Depuis plus de dix ans, il a permis à plusieurs milliers de personnes de retrouver une nationalité.

C’est une récompense de haut niveau. Azizbek Achourov, directeur de l’ONG Avocats sans frontières de la Vallée du Ferghana (ASFVF), a reçu le prix Nansen 2019. Ce prix, attribué par le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR),  « rend hommage à des personnes, des groupes et des organisations dont l’action va bien au-delà de leurs obligations professionnelles pour protéger les réfugiés, les déplacés et les apatrides », décrit le site Internet du HCR.

Novastan est le seul média en français et en allemand spécialisé sur l'Asie centrale. Entièrement associatif, il fonctionne grâce à votre participation. Nous sommes indépendants et pour le rester, nous avons besoin de vous ! Vous pouvez nous soutenir à partir de 2 euros par mois, ou en devenant membre par ici.

« Son engagement pour la cause de l’élimination de l’apatridie au Kirghizstan – fruit d’un partenariat avec le gouvernement kirghiz et d’autres parties concernées à travers le pays – est un exemple éloquent du pouvoir d’un individu à inspirer autrui pour susciter une action collective », a indiqué le 2 octobre dernier l’agence onusienne dans un communiqué.

Plus de dix années d’engagement

Concrètement, Azizbek Achourov et ASFVF ont organisé des équipes juridiques mobiles qui se sont rendues dans des zones reculées du pays pour rencontrer les groupes vulnérables en marge de la société. En collaborant avec les autorités kirghizes, notamment pour la mise en place d’une « amnistie » temporaire pour les personnes dépourvues de papiers d’identité, l’association a permis à de très nombreux apatrides d’obtenir la citoyenneté. « Nous avons réussi à attirer l’attention des autorités gouvernementales et à en faire nos amis. Nous étions peu de combattants, mais il y avait un gros tank derrière nous », a expliqué Azizbek Achourov.

Lire aussi sur Novastan : Plus de 130 000 personnes sont apatrides en Asie centrale

L’ONG que dirige Azizbek Achourov a été créée en 2003 pour offrir des prestations gratuites d’aide juridique. Elle a commencé à lutter contre l’apatridie en 2007 puis, en 2014, des financements du HCR ont aidé à la mise en place des cliniques juridiques mobiles. Azizbek Achourov a ainsi aidé plus de 10 000 personnes, devenues apatrides après la dissolution de l’Union soviétique en 1991, à obtenir la nationalité kirghize. Parmi elles, on compte 2 000 enfants qui ont désormais la possibilité d’étudier, de travailler, de voyager et de se marier, ce qui est impossible sans nationalité. Cet avocat de 38 ans a été récompensé pour cette action menée depuis plus de dix ans.

L’apatridie, un problème mondial encore irrésolu

Le statut d’apatride est aujourd’hui combattu par plusieurs textes internationaux comme la Déclaration universelle des droits de l’Homme, la convention de New York de 1961 et la convention européenne sur la nationalité de 1997. Il n’en demeure pas moins que 12 millions de personnes dans le monde sont apatrides.

Envie d'Asie centrale dans votre boîte mail ? Inscrivez-vous gratuitement à notre newsletter hebdomadaire en cliquant ici.

Le HCR a lancé une campagne mondiale contre l’apatridie à horizon 2024, sous la bannière #IBelong. Comme le Kirghizstan, plusieurs États de la région ont lancé des campagnes grâce auxquelles environ 46 000 apatrides ont déjà été identifiés et plus de 34 500 cas ont pu être résolus à ce jour. « Le rôle moteur joué par le Kirghizstan pour remédier aux cas connus d’apatridie constitue un exemple remarquable qui, je l’espère, sera salué et suivi par d’autres », a déclaré Filippo Grandi, le Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés.

A l’origine, un combat familial

Azizbek Achourov a été inspiré par le combat de sa propre famille pour obtenir la nationalité kirghize après avoir quitté l’Ouzbékistan. Sous l’ère soviétique, il n’existait pas de frontières intérieures et les gens se déplaçaient en Asie centrale avec de simples papiers d’identité. Après la chute de l’URSS en 1991, l’émergence de nouvelles frontières a engendré de nombreuses difficultés pour ceux qui, munis de passeports soviétiques désormais caducs, étaient incapables de prouver leur lieu de naissance. Les femmes auraient été plus durement touchées que les hommes, et leur apatridie s’est transmise à leurs enfants.

Lire aussi sur Novastan : Les frontières en Asie centrale : importation du système européen

« L’apatridie est une injustice. Les apatrides ne sont reconnus par aucun État. Ils sont comme des fantômes. Ils existent physiquement, mais ils sont invisibles sur le papier. J’ai pris conscience que si ça avait été si difficile pour moi, avec mon éducation et en tant qu’avocat, j’imagine à quel point ce doit être difficile pour une personne ordinaire », a expliqué Azizbek Achourov dans le communiqué du HCR.

Le prix Nansen a été nommé en l’honneur de l’explorateur norvégien Fridtjof Nansen qui a créé le premier comité pour les réfugiés auprès de la Société des Nations. Il est attribué depuis 1954 et est accompagné depuis 1979 d’une somme qui atteint aujourd’hui 100 000 dollars. En 2018, c’est le docteur Evan Atar Adaha, un chirurgien sud-soudanais, qui avait été lauréat du prix.

Eléonore de Vulpillières
Rédactrice pour Novastan

Si vous avez aimé cet article, n'hésitez pas à nous suivre sur Twitter, Facebook, Telegram, Linkedin ou Instagram ! Vous pouvez également vous inscrire pour recevoir notre newsletter hebdomadaire ou nous soutenir en devenant membre de la communauté Novastan.

Azizbek Achourov (à droite) a aidé plus de 10 000 personnes à retrouver une nationalité au Kirghizstan.
HCR/Chris de Bode
Partager avec
Aucun commentaire

Ecrire un commentaire

Captcha *