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Un incident frontalier a opposé des militaires tadjiks et kirghiz

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Un conflit a éclaté à la frontière entre le Kirghizstan et le Tadjikistan dans la soirée du lundi 4 juin, après qu’une douzaine de garde-frontières tadjiks ait forcé des citoyens kirghiz à quitter une place de marché située sur un territoire disputé.

Le media tadjik Asia-Plus a rapporté le 5 juin dernier que des garde-frontières tadjiks auraient ordonné à des citoyens kirghiz de quitter une place de marché situé sur un ancien terrain de football, conduisant à l’intervention des garde-frontières kirghiz qui ont détenu plusieurs heures leurs homologues tadjiks. L’incident s’est produit le 4 juin au soir, sur un territoire disputé près du village kirghiz de Maksat dans le district de Leilek, dans le sud-ouest du pays.

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Selon les autorités kirghizes, les soldats tadjiks ont refusé de quitter le territoire lorsque l’ordre leur a été intimé, et ont tiré des coups de semonce en l’air. Chaque camp se rejette la responsabilité de l’incident.

Au cours de cet accrochage, trois soldats tadjiks ont été arrêtés par le service frontalier kirghiz. Leur sort a été négocié entre les autorités militaires des deux États et les détenus ont été rapidement remis en liberté. Le service de presse des troupes frontalières tadjikes a toutefois accusé les garde-frontières kirghizes de violences envers les détenus, en s’appuyant notamment sur une vidéo diffusée par l’agence de presse kirghize Turmush, où l’on aperçoit un soldat tadjik ligoté face contre terre.

Une portion non délimitée de frontière

Selon le maire du village kirghiz Saparali Adinaev, interviewé par Turmush, le « terrain de football » sur lequel un incident est survenu entre les militaires des services frontaliers du Kirghizstan et du Tadjikistan dans la soirée du 4 juin est une portion non délimitée de la frontière et il y est interdit d’y construire quoique ce soit. Malgré cela, les deux pays sont parvenus à un accord pour qu’un marché soit organisé sur ce site régulièrement.

« Notre village borde le village tadjik d’Ovchi du district de Gafurov dans la région de Sughd. La section frontalière n’est pas délimitée, ce qui soulève des questions sur l’eau pour l’irrigation et l’utilisation des pâturages », explique le maire de Maksat. « Au cours des deux derniers jours à cause de ce site il y a eu un conflit. Nos citoyens y vendent des légumes aux citoyens tadjiks. Pour chaque passage à travers la frontière, ils sont forcés de donner de l’argent. Pour résoudre ce problème, nous avons ouvert un marché dans le village sur ce terrain de football. La partie tadjike était d’accord », décrit-il.

« Le 3 juin, comme d’habitude, les villageois sont sortis pour faire du commerce. A ce moment-là, les militaires tadjiks ont commencé à exprimer leur mécontentement. Hier, le 4 juin, nos villageois sont allés à nouveau commercer. Les militaires sont revenus et, en utilisant la force physique, ils nous ont chassés. Ils ont violé le régime frontalier. Nous avons appelé à l’aide les gardes-frontières kirghiz. Après l’incident, des négociations bilatérales ont eu lieu. Maintenant, la situation est stable. Mais nous ne pouvons pas dire avec confiance que le problème de sécurité a été résolu » a déclaré Saparali Adinaev. Les autorités compétentes du Tadjikistan ont annoncé le 5 juin avoir lancé une enquête sur l’incident, précisant que le gouvernement kirghiz avait refusé une enquête conjointe.

La persistance de l’instabilité et des tensions frontalières en Asie centrale ?

Si la situation est restée sous le contrôle des autorités kirghizes, une scène de mise en joue entre Kirghiz et Tadjiks a été rapportée sur place. L’incident, sans conséquence directe grave, fait état des difficultés d’entente dans la zone frontalière. L’événement du 4 juin dernier n’est pas sans rappeler, par exemple, le conflit qui a opposé militaires et civils à cette frontière à la mi-juillet 2014. Aujourd’hui, malgré les mesures mises en place par les autorités, le maire du village de Maksat, à la frontière, dénonce le manque d’intérêt porté à la section frontalière par les autorités centrales.

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Sans faire ni dommage ni victime, cet événement pourrait entacher à court-terme les relations politiques entre les deux voisins, voire remettre en cause les accords en vigueur. Toutefois, un tel incident n’est ni inattendu ni extraordinaire : la région frontalière reste une zone peu stable, notamment du fait de la définition imprécise du tracé de la frontière.

Ces tensions à la frontière ne sont pourtant pas une fatalité post-soviétique : le Tadjikistan comme le Kirghizstan ont amélioré leurs relations frontalières avec l’Ouzbékistan. L’ambassadeur ouzbek à Bichkek a, par exemple, promis un dédommagement à la famille d’un soldat kirghiz blessé par des soldats ouzbeks. Un dialogue politique continu et un certain développement économique de la région pourraient permettre la stabilisation progressive de la frontière tadjiko-kirghize et de l’ensemble de la vallée du Ferghana qui concentre ces problèmes.

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Cependant, les conflits ne sont qu’un aspect des relations frontalière, qui sont également l’endroit de nombreux échanges économiques fructueux. Par exemple, la tendance pour les Tadjiks à venir célébrer leur mariage au Kirghizstan afin d’échapper aux régulations strictes de la durée des mariages dans leur pays.

Tiphaine Gaudin
Rédactrice pour Novastan

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Erdenebayar
Commentaires
  • Comme l’a dit l’ambassadeur de Russie au Kirghizistan (1996-2002 – Georges de Rudow: « dans quelques années, la situation va quand appartenant au kirghizistan villages sont habités par les tadjiks. Cela conduira à l’émergence du scénario Albanais ».(citation de: vallée de Fergana: les causes de la crise et les moyens de les neutraliser. – Observer/11, 2014, P. 16).

    10 juin 2018

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