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Un mort de plus dans le conflit frontalier de Vorukh entre Tadjikistan et Kirghizstan

Un affrontement entre Kirghiz et Tadjiks a fait au moins un mort dans une zone disputée entre les deux pays, ainsi que plusieurs blessés graves. Plus de 300 personnes ont été évacuées alors même que les deux présidents doivent se rencontrent cette semaine afin de trouver une solution à leur différent.

Dans l’après-midi du 22 juillet dernier, un nouveau conflit a éclaté entre les populations kirghizes et tadjikes sur la route entre Vorukh, une enclave tadjike située dans le sud du Kirghizstan et Ak Say, un village kirghiz proche.

Les tensions seraient parties d’un drapeau ou d’une pancarte. De fait, les administrations locales des deux côtés préparent activement la venue des présidents kirghiz et tadjik prévue le 26 juillet prochain pour s’accorder enfin sur cette frontière conflictuelle. C’est dans le cadre des préparations de cet évènement que les Tadjiks ont planté un drapeau sur une partie contestée du territoire, alors que les Kirghiz ont installé un panneau « Ak Say » sur cette même partie du territoire contesté. Qui a planté un drapeau ou le nom de son village en premier, les versions divergent selon les pays qui s’accusent mutuellement d’avoir commencé.

Quoi qu’il en soit, des disputes verbales ont débuté, puis des pierres ont été jetées les uns sur les autres en grande quantité, comme en attestent les photos du média kirghiz Turmush.kg. Une fusillade à l’arme de chasse a finalement démarré, provoquant la mort d’un homme tadjik et en blessant une dizaine d’autres dont trois gravement.

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Vorukh, district peuplé d’environ 34 000 personnes essentiellement tadjikes, est rattaché au district d’Isfara, dans le nord du Tadjikistan. Elle se trouve cependant complètement isolée du territoire car entourée par la province kirghize de Batken. Elle est uniquement reliée au Tadjikistan par la route Isfara-Vorukh, passant par le village kirghiz d’Ak Say. A la suite de la dispute du 22 juillet, la route a été fermée.

Un conflit persistant

Ce n’est pas la première fois que les habitants s’affrontent. En effet, depuis 2014, les affrontements sont fréquents, les derniers datant de mars et mai 2019 et ayant fait deux morts.

Lire aussi : Le conflit frontalier entre Tadjikistan et Kirghizstan : un défi pour la coopération régionale renaissante

La frontière entre les deux Etats est l’héritage de la politique soviétique. Sa définition est non seulement importante afin d’éviter les escarmouches et d’apaiser les tensions, mais elle a également une influence sur les évolutions sanitaires, notamment pour l’accès à l’eau, et stratégiques au niveau régional, dans une région parcourue par des groupes terroristes et où transiterait une grande partie de l’héroïne afghane.

Un cadre de négociation précaire

Longue de 976 kilomètres, la frontière tadjiko-kirghize n’est stabilisée que sur 504 kilomètres. Une commission a été établie afin de définir la ligne de démarcation entre les deux Etats mais ces derniers ne parviennent à se mettre d’accord sur les documents de références utilisés. Si le Tadjikistan s’appuie sur des cartes de 1924-1927 incluant Vorukh dans son territoire, le Kirghizstan lui fait référence à des documents ultérieurs à 1950 et au rattachement du district à Bichkek.

Pour tenter d’apaiser la situation, les présidents kirghiz et tadjik doivent se rencontrer le 26 juillet prochain afin de négocier la frontière.

Les heurts continuent

Ce mardi 23 juillet, la situation ne semble cependant pas se stabiliser et Bichkek a pris la décision d’évacuer à Batken plus de 300 villageois kirghiz originaires d’Ak Say. Le vice-ministre de l’Intérieur du Kirghizstan Almazbek Orozaliyev et le son homologue côté tadjik, Abdullo Navjuvonov, ont également tenu des discussions sur les lieux mêmes du conflit, accompagnés de leur chef des gardes-frontières respectif.

C’est pendant la discussion de ces derniers avec la population de la région frontalière qu’ont de nouveau été tiré des coups de feu. Un soldat kirghiz et un policier tadjik ont été blessés, montrant ainsi une situation qui semble confuse et non maîtrisée par les forces de l’ordre des deux pays.

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Les routes menant à Vorukh et Ak-Say sont fermées du côté kirghiz comme du côté tadjik, empêchant même les blessés d’être évacués comme le remarque le média tadjik Asia-Plus.

Alors que les deux présidents doivent se rencontrer sur place dans quelques jours, la principale agence de presse kirghize, AKIpress s’interroge sur les tirs qui continuent alors que des hauts-fonctionnaires sont présents pour faire avancer les négociations. « Nous devons admettre que certaines forces en présence ont un intérêt au conflit entre les deux pays. Ou est-ce une méthode pour mener des négociations internationales ? », s’interroge l’agence dans son éditorial du jour.

Agathe Guy
Rédactrice pour Novastan

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Un nouveau conflit a opposé les Tadjiks et les Kirghiz autour de Vorukh, une enclave tadjike en territoire kirghiz.
Montage Novastan / Photos Turmush
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