USAID in Kyrgyzstan

Une importante rupture dans les relations entre Kirghizstan et Etats-Unis

Mardi 21 juillet, le Kirghizstan a mis fin à un traité conséquent avec les Etats-Unis. Cette rupture diplomatique sans précédent intervient suite à l’attribution par le département d’Etat américain du prix « Défenseur des droits de l’homme » à Azimjan Askarov, activiste emprisonné depuis les violences interethniques de 2010. Ce qui suit est une traduction d’un article paru sur Eurasianet.org.

Alors qu’un changement de cap de dernière minute se faisait encore espérer, le gouvernement du Kirghizstan a tenu bon et annulé, mardi 21 juillet, un traité fondateur de ses relations avec les Etats-Unis. En signant l’acte de révocation du traité de 1993, le Premier Ministre Temir Sariev met en danger des millions de dollars d’assistance que le Kirghizstan reçoit chaque année de Washington.

Cette décision vient en réponse à l’attribution du prix « Défenseur des droits de l’homme » à Azimjan Askarov, le 14 juillet 2015.

En septembre 2010, Azimjan Askarov, activiste d'origine ouzbèke, est condamné à la prison à perpétuité. Il est accusé d’avoir encouragé la foule à tuer un policier pendant les violences interethniques de juin 2010. Les gouvernements occidentaux et associations ont depuis multiplié les ardentes défenses d’Askarov : celui-ci aurait été jugé dans un procès rythmé d’irrégularités.

Azimjan Askarov était notamment connu pour avoir dénoncé les abus des forces de l'ordre avec son association "Vozdoukh". En plus d'une enquête sans justice, il aurait été torturé pendant sa détention. 

A lire sur Novastan.org : « Témoignages : 5 ans après les armes, le silence »

Ce prix du département d’Etat américain a enragé le gouvernement kirghiz, qui le voit comme une tentative de déstabiliser le pays et de raviver les tensions interethniques.

Le traité de 1993 établissait des droits préférentiels d’importation des produits kirghiz dans le cadre des programmes américains d’assistance. Selon l’accord, les employés de ces programmes qui ne sont pas citoyens du Kirghizstan sont exempts de taxes sur le revenu et la sécurité sociale.

Le gouvernement américain ne risquera sûrement pas de s’exposer aux nombreux contrôles fonciers, qui au Kirghizstan vont avec leur lot de corruption. L’annulation du traité entraînera également un capharnaüm bureaucratique et risque de paralyser l’activité américaine pendant une période indéfinie.

Depuis son indépendance, le Kirghizstan aurait reçu près d’un milliard USD du gouvernement américain.

Selon le dernier rapport publié par USAID, cette assistance s’élevait à 49 millions USD pour l’année 2013 seulement. Environ 29% de cette somme était dédiée aux secteurs du développement économique, de l’agriculture et de l’énergie.

Plus de 7 millions USD ont servi à redresser le système de santé du pays. Concrètement, cela a permis d’organiser des formations et de s’équiper dans la lutte contre le VIH et la tuberculose et d’améliorer la qualité des services de maternité et de pédiatrie. Ces domaines de santé publique sont touchés par des très forts taux de mortalité.

A lire sur Novastan.org : « Kighizstan : la loi sur les agents étrangers passe en première lecture »

Mais c’est surtout l’assistance à la société civile et aux médias qui était la plus forte. Et avec elle, la suspicion : de nombreuses théories de conspiration ont décrété que les Etats-Unis cherchaient à stimuler des révolutions à l’étranger, souvent relayées par la télévision russe très populaire au Kirghizstan.

Cette violente rupture dans les relations avec les Etats-Unis se dessine dans un contexte d’entrée du Kirghizstan dans l’Union eurasiatique guidée par Moscou.

A lire sur Novastan.org : « Tout retracer : le chemin du Kirghizstan vers l’Union eurasiatique »

Un cadre économique peu propice à la prospérité immédiate : pendant des années, des milliers de citoyens Kirghiz ont vécu de l’exportation de biens chinois, qui devraient maintenant subir une importante hausse de tarifs. Le Président Atambaiev a récemment avoué que l’économie du pays devrait être « rapidement restructurée ».

A lire sur Novastan.org : « Une crise économique au Kirghizstan ? »

De même, les budgets des familles se resserrent alors que la crise économique en Russie appauvrit le million et demi de Kirghiz (1/5 de la population) qui y travaille. Lors d’une conférence de presse donnée le 21 juillet, Kamalbek Karymshakov, expert à l’Institut National de Recherche Stratégique, a déclaré que ces envois de fonds pourraient baisser de 12,4% par rapport à 2014.

Lire notre contribution pour Equal Times : « L’appel de la Russie se ternit pour les migrants tadjiks »

La révocation du traité sera effective à compter du 20 août. Elle pourrait aussi mettre fin aux nombreux programmes américains au Kirghizstan. 

Eurasianet

Traduit par Marion Biremon

USAID in Kyrgyzstan
US Embassy in Kyrgyzstan
Partager avec
Aucun commentaire

Ecrire un commentaire

Captcha *