Une visite à Ak-Talaa : Meerkül ou la vie nomade (6/6)

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Nadine Boller, originaire de Suisse, est une réalisatrice de documentaires et une amoureuse du Kirghizstan. Pour ses dernières recherches, elle a passé avec son amie kirghize Mahabad quelques jours dans son village natal d’Ak-Talaa, dans le centre du Kirghizstan.

Après avoir découvert la famille de Mahabad, décrit la tradition contestée du mariage par enlèvement, un quotidien marqué par la corruption, exploré la pression sociale, et une nostalgie de l’URSS, Nadine insiste pour cette dernière partie sur les difficultés de la vie nomade. Reportage.

Cet article est une traduction depuis notre version allemande. Pour le lire en version originale, cliquez ici.

Le trajet dans la Lada vert clair modèle 1968 est cahoteux et poussiéreux. À plusieurs reprises, je me dis « ça y est. Maintenant, il va falloir pousser. » Mais à ma grande surprise, Maïrambek parvient à chaque fois à tirer son tas de ferraille de la boue ou du lit d’une rivière. N’ayant pas voulu nous louer sa voiture, il nous a gentiment offert ses services de chauffeur. « Cette machine ne pourrait jamais grimper la colline sans moi », crie-t-il à travers le bruit du moteur. Nous demeurons silencieuses et nous accrochons encore plus fort à notre siège.

Meerkül Ak-Talaa Nomade Plateau Sook Kirghizstan Kirghizistan

Après environ une heure dans ce mélangeur à cocktails géant, nous arrivons sur le plateau de Söök, où deux yourtes blanches se détachent dans un paysage jaune doré – de la fumée s’échappe de l’une d’elles. Un chien court en aboyant vers notre voiture et nous suit jusqu’à notre destination, la yourte de Meerkül.

Il y a 20 ans, Mahabad avait tout pour devenir une nomade

Une femme portant un foulard coloré et tenant un enfant par la main sort de la yourte au poêle allumé et jette un regard curieux à travers la vitre de la Lada surchauffée. Elle reconnaît vite Maïrambek. Après tout, elle le voit chaque hiver. Mais Mahabad doit sortir de la voiture et se présenter pour qu’une expression de reconnaissance se dessine enfin sur le visage de la femme. Elle rit et embrasse Mahabad. « Ça fait plus de vingt ans ! », s’écrie-t-elle. « Entre ! Allons prendre un chaï ! »

Meerkül Sook plateau Ak-Talaa Kirghizstan Kirghizistan

Je veux la suivre, mais Mahabad me saisit le bras. « Tu vois ? J’aurais pu être comme elle », murmure-t-elle. « Si je n’avais pas déménagé en ville, je serais sans doute à sa place aujourd’hui. J’aurais été la candidate parfaite pour devenir une bergère nomade. Je connaissais bien les animaux et je savais travailler dur. Tous les bergers se seraient entre-déchirés pour m’avoir. C’est tellement incroyable quand je pense à qui je suis devenue. »

Meerkül, devenue nomade après un enlèvement

La femme s’appelle Meerkül. Mahabad se souvient qu’elle voulait autrefois être vendeuse, et lui demande ce qui s’est passé. « Eh bien, j’ai été enlevée quelques semaines après avoir obtenu mon diplôme. J’avais dix-sept ans à l’époque. Je ne connaissais pas mon futur mari et quand j’appris qu’il était berger, je n’ai eu aucune envie de rester. Après tout, qui veut habiter dans une yourte loin de tout ?! », dit-elle en riant.

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« Mais après de longues conversations, mon mari, sa famille et mes parents m’ont persuadé de donner une chance à ce nouveau mode de vie. Les débuts ont été difficiles. C’était surtout la solitude qui me pesait. Toute la journée, mon mari partait avec les animaux. Mais peu à peu, je me suis habituée et quand nous avons eu des enfants, je n’ai plus été seule. Je me sens bien, maintenant. Je peux difficilement m’imaginer vivre seulement dans le village. »

Au quotidien : animaux et koumis

Derrière la yourte, cinq poulains sont retenus à une corde tendue sur le sol. Leurs têtes y sont attachées par des laisses si courtes qu’ils peuvent à peine se lever. « Nous faisons cela afin qu’ils ne puissent pas atteindre les trayons de leur mère », explique Meerkül. Quatre fois par jour, Meerkül doit traire les juments afin de préparer le koumis (ou kymyz) – du lait de jument fermenté.

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C’est la boisson nationale du Kirghizstan : plutôt aigre à la première gorgée, avec un arrière-goût de vomi. Mais après quelques tasses, on apprend à l’apprécier. « Le koumis est excellent pour la santé. Il a un effet désintoxicant et renforce le système immunitaire » affirme Meerkül. Je me contente de hocher la tête et finir ma tasse.

Nadine Boller

Traduit de l’allemand par Nicolas Jadot

C’est la fin de notre série d’article sur Ak-Talaa, petit village du Kirghizstan. Merci à toutes et à tous pour votre curiosité et intérêt !

Meerkül en train d’étendre du linge, sur le plateau de Söök.
Nadine Boller
Meerkül, la nomade.
Nadine Boller
Les enfants de Meerkül
Nadine Boller
Meerkül s’occupe quotidiennement de ses chevaux
Nadine Boller
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