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Vers une convergence politique et économique en Asie centrale ?

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À la chute de l’Union soviétique, les pays d’Asie centrale ont pris des chemins différents. Aujourd’hui, une certaine convergence se forme entre ces pays, liée notamment à l’impulsion ouzbèke d’ouverture au marché mondial et aux projets d’intégration régionale tels que l’Union économique eurasiatique. Mais la situation économique et politique des pays demeure influencée par l’évolution de l’économie mondiale et des prix du pétrole, ainsi que par leur politique interne. 

Novastan reprend et traduit ici un article publié initialement par Tengrinews.

Traditionnellement, les pays d’Asie centrale désignent le Kazakhstan, le Kirghizstan, le Turkménistan, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan. À la chute de l’Union soviétique, ces pays se sont peu impliqués dans le commerce avec leur voisinage proche, y préférant la coopération avec les acteurs plus importants que sont l’Europe, la Chine et la Russie. D’après Vyatcheslav Dodonov, chercheur à l’Institut d’études stratégiques du Kazakhstan (KISI), la situation s’est développée de la sorte à cause d’une pénurie d’investissements.

« Suite à l’effondrement de l’URSS, les investissements ont pris une importance cruciale, car les liquidités manquaient en Asie centrale. Avoir la possibilité d’attirer des Investissements directs étrangers (IDE) est ce qui a déterminé la politique économique. Ces ressources n’ont jamais existé, elles manquent encore aujourd’hui », explique-t-il.

Si proches, mais si différents

À la chute de l’Union soviétique en 1991, chacun a essayé de voler de ses propres ailes. Chaque pays a construit son propre modèle en suivant des visions politiques différentes, et l’Asie centrale s’est divisée en cinq systèmes économiques différents. Par conséquent, les systèmes politiques aussi ont divergé.

Le régime kazakh est celui qui s’est le plus assoupli, là où celui du Turkménistan s’est le plus endurci. L’Ouzbékistan et le Tadjikistan ont suivi des voies intermédiaires. Enfin, le Kirghizstan a suivi un chemin singulier, puisqu’il a survécu à deux révolutions (en 2005 et en 2010) et tente de construire une République à la fois parlementaire et présidentielle.

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« Aujourd’hui, l’unité de l’Asie centrale n’est une réalité que sur le plan géographique », déplore le politologue kazakh Dossim Satpayev. « Cette unité se désagrège depuis de nombreuses années sur les plans politique et économique. Bien que nous soyons voisins, nous ne nous connaissons pas du tout. De nombreux citoyens du Kazakhstan en savent davantage sur l’actualité de l’Europe et de la Russie que sur celle du Kirghizstan ou de l’Ouzbékistan. Il se passe la même chose dans ces pays », regrette-t-il.

Un tournant s’opère fin 2016, lorsque Chavkat Mirzioïev devient président en Ouzbékistan. La politique du nouveau chef de l’Etat se distingue par une libéralisation de l’économie et la restauration de partenariats, ce qui pousse les acteurs économiques étrangers à se tourner vers le marché ouzbèke.

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« Il se produit certainement un processus de convergence en Asie centrale » estime l’économiste kazakh Aydarhan Kouzaïnov. « Nous pouvons envisager aujourd’hui deux facteurs explicatifs : l’Union économique eurasiatique (UEE) et l’ouverture de l’Ouzbékistan. Ce dernier ne fait pas partie de l’UEE, mais son ouverture est déjà une étape importante. C’est un marché de grande taille, qui était resté fermé jusqu’à présent », décrit le spécialiste.

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« Cela signifie qu’il y a de quoi faire, des parts de marché et des niches à trouver. Dans ce pays, les partenariats stratégiques et économiques demeurent indéterminés. Dans ce contexte, ce marché se caractérise par une forte concurrence entre les diverses entreprises. »

La bureaucratie et « faire du business sur le terrain »

Le monde des affaires kazakh scrute l’Ouzbékistan depuis longtemps. Aujourd’hui, nombre de ses représentants ont choisi de s’implanter sur ce marché. Il n’y a que peu de différences notables entre ces pays, tant dans les mentalités que sur le plan culturel. Cependant, les entreprises kazakhes peuvent faire face à d’importants obstacles d’ordre bureaucratique, dès lors qu’il s’agit de « faire du business sur le terrain ».

« Il ne fait aucun doute que si l’Ouzbékistan s’ouvre à des investisseurs étrangers, alors ceux-ci devront faire face à une corruption endémique et à de l’escroquerie. Il s’agit pour [les Ouzbeks] de gagner sur tous les plans, » note l’économiste Avdarhan Kouzaïnov.

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Quoi qu’il en soit, Tachkent connaîtra une croissance de son économie. « Le pays s’est tant replié et renfermé sur lui-même que l’on peut aujourd’hui le comparer à un ressort comprimé. Il a accumulé un tel potentiel que selon le scénario le plus pessimiste, la seule perspective envisageable est la croissance. Par ailleurs, il apparaît de plus en plus que le Kazakhstan est en mesure de réorienter les priorités des pays d’Asie centrale, dans le domaine économique  » continue l’expert kazakh.

Du business, mais rien de plus

Au moment de la chute de l’URSS, la réussite du Kazakhstan en termes de développement a été considérable. Cependant, il n’y a pas concrètement de leader politique dans la région. « Il faut relativiser cette notion de leadership, qui suppose que d’autres gouvernements seraient prêts à reconnaître cette autorité. Ni le Kirghizstan, ni l’Ouzbékistan, ni le Turkménistan n’ont souhaité, suite à la chute de l’Union soviétique, reconnaître un nouveau « grand frère », décrit le politologue Dossim Satpayev.

« Certes, le Kazakhstan avait l’avantage, mais seulement dans la sphère économique, par sa capacité à attirer les investissements. En revanche, il est plus difficile de déterminer qui a le leadership politique », souligne Dossim Stapayev. « Mais à présent, le pouvoir ayant changé en Ouzbékistan, le Kazakhstan a quelques chances de relancer quelques projets de coopération régionale. »

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En novembre dernier, à la conférence internationale de Samarcande, Chavkat Mirzioïev a proposé la création d’une association des principaux pays d’Asie centrale. « C’est une proposition très intéressante », décrypte Dossim Satpayev. « Les pays d’Asie centrale pourraient maintenant tenter d’établir un dialogue afin de résoudre des problèmes qu’ils ont en commun. Il s’agit de problèmes liés aux ressources en eau, aux conflits frontaliers, à la lutte contre le narcotrafic, au terrorisme et à la coopération en matière économique. La région a un potentiel très important, mais une volonté politique est nécessaire. »

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Dossim Satpayev rappelle l’exemple de l’Union européenne, qui a nécessité une volonté politique au moment de sa création, notamment avec la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) en 1952. « Il pourrait y avoir une analogie entre la Communauté européenne du charbon et de l’acier et une Communauté de l’Asie centrale pour l’eau et les ressources énergétiques. Ensuite, nous pourrions continuer à construire », veut croire l’expert.

Cependant, d’après Vyatcheslav Dodonov, la création d’une communauté similaire dans l’Union économique eurasiatique (UEE) est impossible. « Des tentatives de créer une intégration communautaire ont déjà eu lieu, mais elles ont échoué. Les raisons de cet échec sont économiques, puisque les échanges économiques entre les Etats concernés étaient insuffisants. A présent, dans un environnement instable et défavorable, il y a peu d’intégration économique mutuelle et les flux de production et d’investissement sont peu élevés. Dans ces conditions, la création d’une quelconque communauté intégrée s’avère impossible dans la pratique. Les contacts vont se renforcer dans le domaine économique, par des projets en commun. Mais rien de plus ».

Que se passera-t-il ensuite ?

Selon les prévisions d’Aydarhan Kouzaïnov, les économies centrasiatiques vont croître, mais cette croissance demeurera sous les 3% au Kazakhstan. Cette perspective est préoccupante à long terme, puisque selon un autre expert, Vyatcheslav Dodonov, la région va s’insérer dans le marché mondial.

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« Les économies centrasiatiques sont orientée vers l’export », note Vyatcheslav Dodonov. « Il s’agit d’exportation de matières premières, de produits agricoles ou encore de main-d’œuvre. C’est la raison pour laquelle nos économies demeurent fortement dépendantes de la conjoncture économique externe. Nous sommes condamnés à suivre les mouvements des marchés mondiaux. S’ils se portent bien, il en sera de même pour nous », estime-t-il.

Avant de conclure : « Puisque le Kazakhstan est l’économie la plus centrale et la plus importante de la région, le facteur principal de bonne santé de l’économie régionale réside dans les prix du pétrole ». Un pétrole dont le Kazakhstan est très fortement dépendant.

Traduit du russe par Grégoire Ultré

Edité par Anne-Chloé Joblin

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Derrick (image d’illustration).
Tengrinews
Momument dédié à Amir Temur, ou Tamerlan, à Tachkent.
Valery Melnikov, RIA Novosti
Un rassemblement de partisans du parti Uzlidepe (Parti libéral démocrate d’Ouzbékistan) après les élections présidentielles en Ouzbékistan. Le premier ministre Shavkat Mirziyoyev, issu de ce parti, était candidat à la présidentielle ouzbèke.
Valery Melnikov, RIA Novosti
Une femme se rend dans un bureau de vote en Ouzbékistan
Valery Melnikov, RIA Novosti
Employés de OOO RN-Purneftegaz, une filiale de OAO NK Rosneft, située près de l’installation d’évacuation des eaux du champ de Novo-Purpeiskoye dans le district autonome de Iamalo-Nénétsie.
Yevgeny Biyatov, Ria Novosti
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