Beaujolais nouveau

Vin et diplomatie française en Asie Centrale

Alors que le concept de diplomatie gastronomique a récemment été introduit par le Ministère des Affaires étrangères français, les célébrations de l’arrivée du beaujolais nouveau dans différentes Républiques d’Asie Centrale reflètent les intérêts variables de la France dans ces pays. Au Kirghizstan, « îlot démocratique » de la région, l’événement a été organisé dans un petit cadre et indépendamment de l’Ambassade de France.

Le 20 novembre dernier, la fête du beaujolais primeur n’a pas contourné l’Asie Centrale. Entre Bichkek, Astana et Tachkent, français et francophones ont pu partager la découverte des dernières productions de la plaine de la Saône. A Bichkek, cette tradition française datant de 1951 est célébrée relativement récemment, depuis 2011 seulement, soit environ un an après l’ouverture de l’Ambassade française au Kirghizstan. Pourtant, à la distinction de pays voisins comme le Kazakhstan et l’Ouzbékistan, la fête du beaujolais nouveau au Kirghizstan n’a pas été organisée par la représentation diplomatique. Bien qu’en octobre dernier, le ministre des Affaires étrangère français, Laurent Fabius, ait présenté un rapport sur « 20 mesures pour 2020 en faveur de la gastronomie et de l’œnologie françaises », visant entre autres à soutenir le secteur vinicole français à l’étranger.

Beaujolais nouveau

Comme le soulignait Yann Le Coz, un des principaux revendeurs de vin français au Kirghizstan, dans une tribune à Rue89 en été 2013, il n’y a pas de soutien aux entrepreneurs français au Kirghizstan de la part des autorités françaises. Cela marquerait, selon lui, un manque d’intérêt pour les PME à l’étranger, alors qu’il y a un réel potentiel de développement et un capital de sympathie à l’égard des produits français.

Le vin, encore peu populaire au Kirghizstan

Cette année, la soirée du beaujolais nouveau a eu lieu le 20 novembre au restaurant français «Eiffel», l’un des deux lieux spécialisés sur la revente de vin français à Bichkek. Bernard Bouteillon, représentant de la compagnie «Vins Descombe»,  et Monsieur Ermatov,  propriétaire du restaurant, organisent l’évènement dans la capitale kirghize depuis 5 ans afin de promouvoir les vins français. Pas toujours facile, dans un pays où bière et vodka sont bien plus populaires.  Bernard Bouteillon, dans son mot d’ouverture de la soirée, a comparé le processus de la préparation du koumys, boisson nationale du Kirghizstan, au processus de la fermentation du vin. «Si vous laissez du lait à l’air frais, la fermentation le  transforme en koumys; c’est le même processus qui a lieu avec du vin».

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L’organisation du beaujolais nouveau dans un pays comme le Kirghizstan est un véritable casse-tête logistique. Alors que le vin est récolté  entre le 10 et le 25 septembre, son acheminement aux quatre coins du monde pour fin novembre pose tout un problème : «On n’a pas assez de temps pour livrer du vin par camion, c’est pourquoi on le livre par avion. Mais cela augmente considérablement les coûts», précise Bernard Bouteillon.

Aiperi Jekchen Kyzy, invitée à la dégustation et administratrice du steak-house «Obama» savoure la nouvelle production sans engouement : «Je pense que  les meilleurs vins sont mi- doux et demi secs. Le beaujolais, lui, est un vin sec. Mais il est très bon pour l’utilisation quotidienne». Au Kirghizstan la majorité des vins consommés – déjà peu appréciés, il faut le dire – proviennent des anciennes républiques soviétiques de Moldavie et de Géorgie et sont généralement sucrés. Populariser le vin français au Kirghizstan, c’est aussi faire évoluer les goûts des consommateurs.

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«Je suis là pour la première fois et ça me fait plaisir. Ce n’est pas un secret que les vins français sont les meilleurs », acquiesce Le vice-consul d’Arménie, Monsieur Musaelyan, vice-consul d’Arménie. « L’Arménie à son tour peut se vanter de ses Cognacs. En ce qui concerne le beaujolais, il est vraiment très léger et facile à boire. » Le diplomate regrette toutefois le manque de communication autour de l’événement. « A mon avis il faut donner plus d’informations sur de tels événements, inviter des groupes de musique français, faire des émissions télé. Cela  permettrait aux gens de faire connaissance et d’être plus proches de la culture Française, et servira de bon exemple pour les échanges interculturels et internationaux».

En effet, cet événement de diplomatie culturelle se fait alors que la France réduit son effectif au Kirghizstan.  Les services économique et de sécurité intérieure sont déjà gérés depuis le Kazakhstan, et le 1er décembre marque la fermeture officielle du Service de coopération et d’action culturelle (SCAC) au Kirghizstan, faute de budget. Une fermeture qui termine également l’aide publique à l’Alliance Française de Bichkek et le soutien à l’enseignement du français dans le pays. Cela, alors même que la formation de francophones est une condition nécessaire au bon développement des entreprises françaises au Kirghizstan.

Beaujolais nouveau

Les liens de la France avec l’État le plus démocratique d’Asie Centrale évoluent d’ailleurs à l’inverse de ceux avec ses voisins Kazakh et Ouzbek. La récente annonce de l’ouverture d’une Alliance Française à Tachkent, faisant suite à la fermeture de l’Institut Français en mai 2014, marque la volonté de maintenir la place de la France en Ouzbékistan. D’autre part, la visite du Président Hollande à Astana et Almaty les 5 et 6 décembre 2014 traduit l’importance croissante du Kazakhstan pour la diplomatie française. En témoigne l’organisation de fêtes du beaujolais nouveau de grande ampleur dans les deux principales villes kazakhes, de pair avec la présence de certaines des principales entreprises françaises.

Anna Kim

Relu par Florian Coppenrath

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