Des enfants kirghiz

Violences contre les enfants : la société kirghize répond

Depuis le début de l’année 2015, les violences contre les enfants au Kirghizstan se multiplient. Avec elles, les manifestations et les colères, qui ont poussé le gouvernement à agir. Retour sur la situation à partir d’un article de notre partenaire Vetcherniy Bichkek, traduit et complété par la rédaction.

En 2014, les urgentistes de l’hôpital pour enfants ont porté secours à 17 mineurs victimes de violences sexuelles. Cette année, ils en comptent déjà 11.

Les chiffres montrent l’échec du système de protection des enfants dans le pays. Le Premier ministre Temir Sariyev, nouvellement en place, l’a concédé. En 2014, 909 violences contre les enfants ont été officiellement enregistrées, dont 10 meurtres et 66 viols. “Ces faits sont constamment rapportés aux services gouvernementaux, mais le système judiciaire ne suffit pas à les éradiquer complètement. Nous devons créer un système de tolérance zéro envers tous ceux qui sont impliqués : les malfaiteurs, mais aussi ceux qui tentent de masquer les faits”, promet Sariyev.

Pourtant, après discussion des faits lors d’une réunion ministérielle, certains membres du gouvernement s'en sont pris aux médecins, incrédules ou du moins récalcitrants à reconnaître les accusations. En réponse, les associations de défense des Droits de l’Homme sont à nouveau descendues dans les rues, le 22 mai dernier, en soutien aux médecins pour enfants.

Pour Nazgul Turdubekova, directrice de la Ligue pour la défense des Droits de l’Homme au Kirghizstan, le premier pas doit être l’installation d’une ligne d’appel d’urgence. “Le numéro a déjà été fixé, le 111. Mais rien n’avance. Cela fait déjà trois ans qu’on en parle.”

A lire sur Novastan.org : “Kirghizstan : quels droits pour les enfants ?”

En 2012, 81 viols d’enfants ont été déclarés, bien plus que les années précédentes. Des statistiques que l’on retrouve pour les autres formes de violence contre les enfants, et qui montrent une absence d’amélioration de la situation malgré l’évolution de la législation.

“Le système actuel de communication et d’alerte pour un enfant exposé à des formes de violence ou d’abus, dans sa famille ou à l’école, ne marche pas. Et c’est l’élément le plus important pour la protection des enfants”, poursuit Nazgul Turdubekova.

Une famille sur trois concernée

L’enfant tient une place mineure dans la société kirghize, et ce qui se passe à l’intérieur d’une famille doit y rester. “L’une des raisons de l’importante violence contre les enfants est une perte progressive de la notion de valeur de l’enfant. On le considère comme une propriété, comme une chose”, regrette Elena Zaichenko, coordinatrice de l'Unicef au Kirghizstan.

Sans changement de mentalité, la loi restera impuissante. Entre peur de témoigner et acceptation, les violences sont souvent tues. “La vulnérabilité de la mère et celle de l’enfant sont liées”, précise Nazgul Turdubekova. “Si la mère est seule, si elle ne travaille pas ou reçoit un faible salaire, l’enfant a plus de risques de subir des violences physiques ou psychologiques.” D’autant plus qu’elle ne peut guère compter sur une aide institutionnelle.

“Dans d’autres pays, des centres sociaux sont ouverts tous les jours pour aider les familles en situation difficile. Ils proposent toutes sortes de services et d’accompagnement. Au Kirghizstan, la femme patauge seule dans sa marée de problèmes," ajoute Nazgul Turdubekova. Il existe bien un service d’aide, mais celui-ci est souvent contre-productif. “Comme la Sainte Inquisition”, décrivent celles qui s’y sont rendues.

A lire sur Novastan.org : “Une femme sur trois victime de violence”

Une étude conduite par l'Unicef en 2009 révèle que les violences contre les enfants concernent une famille sur trois. 72% des enfants interrogés ont avoué avoir déjà subi une forme de violence. La pauvreté, qui implique les frustrations du chômage, ou l’obligation de laisser ses enfants sous la garde d’un tiers pour aller travailler; mais aussi l’alcoolisme sont souvent avancés comme facteurs explicatifs.

“Nous louons toujours l’émigration des travailleurs kirghiz sous prétexte qu’ils ramènent de l’argent au pays. Mais ils laissent derrière eux des familles déchirées”, explique Cholpon Djakupova, directrice de la clinique pour enfants Adilet. Selon elle, cette violence vient des problèmes non-résolus du pays. “Dans notre société, il y a une très forte disparité : la majorité vit dans la pauvreté pendant que quelque uns s’engraissent. L’absence d’espoir génère une forte agressivité, et les gens perdent leur qualités humaines.”

En tout, près de 80 000 enfants ne seraient pas scolarisés dans le pays. Selon Yukie Mokuo, directrice de l'Unicef au Kirghizstan, le plus important est d’arriver à identifier ces enfants dès que possible.

Suite à plusieurs cas d’abus d’enfants fortement médiatisés, la majorité des Kirghiz pousse pour l’instauration de la peine de mort. Une pétition récente a recueilli plus d’un demi-million de signatures en sa faveur. Mais le gouvernement et les associations de défense des Droits de l’Homme s’y opposent fermement. En 2013, le Président Almazbek Atambayev avait déjà rejeté un projet de loi sur la castration chimique des pédophiles.

En gage de sa détermination, le gouvernement s’est engagé à prendre en charge le suivi des dernières enquêtes judiciaires. Mais les réformes se font attendre, dans un système “bien trop bureaucratisé pour compter sur une solution rapide”, selon les mots de Nazgul Turdubekova. Combien de larmes devront encore couler ?

La rédaction

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