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À Tachkent, la sérigraphie mélange sépia et histoire

L’artiste Yuri Usseinov met à l’honneur la sérigraphie dans une exposition intitulée « Le Sépia anonyme ». Découverte d’un art original retraçant la modernité ouzbèke.

Auteur de nombreux projets artistiques remarquables, vainqueur du grand Prix de la septième Biennale d’art moderne de Tachkent, l’artiste ouzbek Yuri Usseinov s’illustre dans une nouvelle action artistique. Fin 2015, il dévoile l’exposition « Le Sépia anonyme » en collaboration avec le poète Shamshad Abdullaev au musée régional de Ferghana. L’exposition présente 24 clichés de sérigraphie, réalisés sur toile, à partir de photos de familles et d’amis de l’artiste, originaires de Ferghana et de Tachkent, et accompagnés des textes d’Abdullaev. Dans le prolongement de cette exposition a été créé le documentaire « Le Sépia anonyme » avec la participation d’Alexandre Kuprin, culturologue et historien de l’art, spécialiste de la région.

L’auteur, Yuri Usseinov, artiste de Tachkent, est né et a grandi à Ferghana. Il nous raconte la mise en œuvre du projet :

« La réalisation de cette exposition a été rendue possible grâce au Bureau de Coopération suisse en Ouzbékistan qui a soutenu ce projet commun que j’avais avec Shamshad Abdullaev. Il est le fondateur et le leader incontesté de l’école de poésie de Ferghana, il est connu aujourd’hui au-delà des frontières de son pays. J’ai proposé à Shamshad la rédaction des textes liés aux photographies couvrant la période de 1905 à 1970. Le travail en lui-même a ainsi acquis une certaine signification mystique lorsque, l’espace d’un court instant, nous avons pu sentir l’atmosphère de l’espace postsoviétique. »

Yuri Usseinov Ouzbékistan Sérigraphie

La sérigraphie, porte vers de nouvelles perceptions

« Il y a un moment important à saisir dans la compréhension du temps lorsque l’Ouzbékistan indépendant s’est formé. Il s’est produit une métamorphose lorsque nous sommes passés de l’ancien régime socialiste à l’émergence d’un nouvel État.

De ce fait, nous pouvons distinguer sur de vieilles photographies des éléments liés à l’idéologie. Lorsque nous « ôtons » les notions sociales et idéologiques (des concepts tels que « travailleur », « intellectuel », « commissaire », « communiste ») d’autres éléments d’ordre moral apparaissent, esthétiques et peut-être même mystiques. C’est ainsi que la photographie incarne un lien direct avec notre passé, celui de nos parents, de leurs pères et de leurs mères…

La preuve de cette perception se trouve dans la technique de la sérigraphie : lorsqu’une personne regarde de vieilles photographies, des images expliquées, un pont reliant le monde réel et le passé se forme. Le public est alors touché par l’âme de ces images. 

En fait ma seule préoccupation est l’élément figuratif puisque je ne connais pas l’auteur de ces clichés. Cette méthode d’anonymat est très importante pour moi », explique Usseinov.

Pour l’ethnologue Alexandre Kurprin, la technique de la sérigraphie apparait comme étant visuellement la « manière la plus appropriée » pour présenter les nombreuses transformations de l’image « dans un but artistique ».

 

Une technique inédite en Ouzbékistan

« En choisissant la technique de la sérigraphie, je suis guidé par la progressive transformation du cliché photographique vers l’image en noir et blanc », poursuit Usseinov.

« A cela s’ajoute le fait que cette technique d’impression par sérigraphie est largement utilisée dans le monde, principalement pour la raison du caractère même de l’image. De célèbres artistes se sont référés à cette technique, comme Andy Warhol, Fernand Léger et d’autres. Je me suis aperçu qu’au moyen de celle-ci, je pouvais apporter une nouvelle iconographie dans l’art moderne. Ceci est une découverte importante dans ma création. Et si on fait référence à Warhol, à ce qu’il a réalisé avec cette technique, on l’associe à une certaine « conscience codée » du caractère américain. Je réalise des toiles liées à l’anonymat du temps. D’où l’intitulé « Le Sépia anonyme » qui, organiquement, correspond à la structure même de l’image, à l’idée de cette action artistique. »

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Usseinov, selon ses propres dires, est le seul à utiliser la sérigraphie dans un sens artistique en Ouzbékistan. Les quelques travaux réalisés par le passé correspondaient davantage à un certain fantasme artistique, et étaient surtout décoratifs.

« Je n’ai pas pris de clichés d’une quelconque « star », de personnes significatives, mais des photos de personnes ordinaires dans les mœurs de l’époque. Étant donné que l’exposition est consacrée aux parents et aux ascendants de mes amis, une telle valeur tient dans le choix personnel de ces clichés. »

Kuprin culturologue Ouzbékistan sérigraphie

Malgré la réussite prouvée de la technologie, beaucoup d’éléments ont dû être fabriqués en raison de la grandeur de certaines images. La plus grande d’entre elles, « Les Myrmidons à Phthie » présente quatre-vingt-deux personnes, mesure trois mètres de long sur deux mètres de hauteur. La photographie à partir de laquelle a été réalisé le travail était de 15 cm sur 7 cm. Des travaux d’une telle grandeur n’avaient encore jamais été réalisés en technique de sérigraphie en Ouzbékistan.

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Les photos ont été numérisées, traitées sur ordinateurs puis imprimées sur un film transparent en taille maximale possible, soit 98 x 112 cm. A travers le film, l’image a été exposée aux rayons ultraviolets sur la matrice, une armature en bois avec un tamis tendu, recouvert d’émulsions photographiques. En même temps, les zones irradiées émulsionnées, couvrant l’image, ont été polymérisées, sans aucune exposition à l’irradiation, et rincées à l’eau.

Femme Homme sérigraphie Usseinov

« Je ne considère pas le projet comme étant abouti, mais je le modernise pour le présenter dans un autre contexte, dans une autre plénitude conceptuelle. Je pense que la portée de ce travail sera évaluée avec les années, lorsque le projet pourra être vu par un large public en Ouzbékistan et même au-delà », conclut Usseinov.

 

Propos recueillis par Pawel Kravets, journaliste pour Ferghana news.
Traduit du russe par Nancy Rault

 



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