frontière Ouzbékistan Kirghizstan contrebande

Ce mystérieux tunnel sous la frontière kirghize-ouzbèke

Le 1er juillet dernier, le service ouzbek de Radio Free Liberty, Ozodlik, rapportait que les forces de police kirghize de la région de Batken, dans le Sud du pays, ont arrêté un jeune homme de 25 ans. Son tort ? Avoir creusé un tunnel sous la frontière avec l’Ouzbékistan voisin. 

Le tunnel partait depuis sa maison dans le village de Kirghiz-Kichlak, du coté kirghiz, et débouchait dans une maison du village de Borbalik dans la région du Ferghana en Ouzbékistan. Profond de sept à huit mètres et long de plus de 110 mètres environ, il servait à faire passer des biens de contrebande en Ouzbékistan.

La contrebande demeure l’une des principales activités de la région de Batken, la plus pauvre du pays, principalement vers l’Ouzbékistan qui contrôle de très près ses frontières avec le Kirghizstan, notamment à cause des troubles islamistes des années 2000 ajoutés aux troubles ethniques d’Och et Djalalabad en 2010

Pratique lucrative

Le Kirghizstan est membre de l’Organisation Mondiale du Commerce depuis 1998 avec des tarifs douaniers très bas, et l’Ouzbékistan maintient a contrario des politiques de tarifs douaniers élevés. Résultat, le commerce légal et illégal de toute sortes de biens de consommation devient très lucratif pour les habitants de la région.

Ferghana Batken Ouzbékistan Kirghizstan frontière

Les tunnels sous la frontière ne sont pas une nouveauté en Asie centrale — région qui a vu depuis la fin de l’URSS s’ériger de véritables murs en lieu et place des frontières immatérielles qui existaient auparavant. Ainsi en 2013, c’est un pipeline d’alcool illégal entre le Kirghizstan et le Kazakhstan qui a été découvert et démonté par les douaniers Kazakhs et Kirghiz.

Lire aussi sur Novastan : Les frontières en Asie Centrale : importation du système européen

L’arrestation de l’individu qui avait bâti le tunnel est une rare preuve de coopération frontalière entre le Kirghizstan et l’Ouzbékistan. Ce sont en effet les forces de police ouzbèkes qui ont repéré le tunnel depuis le coté ouzbek, le 25 mars dernier, selon Ozodlik.

La diplomatie au service de la coopération

Les autorités ouzbèkes avaient alors déclaré que ce tunnel aurait pu servir à faire passer des armes et des littératures religieuses extrémistes — ce que les autorités kirghizes n’ont pas confirmé. En tout état de cause, le 26 mars, des tensions très vives ont eu lieu à la frontière entre les deux pays plus au Nord dans la région de Djalalabad, où des forces armés ouzbèkes sont allés jusqu’à occuper une partie disputée de la frontière.

Après le retrait de ces forces, le président kirghiz, Almazbek Atambaïev s’était contre toute attente rendu à Tachkent pour la réunion de l’Organisation de Coopération de Shanghai le 23 et 24 juin. Il avait alors rencontré son homologue ouzbek, Islam Karimov. L’arrestation du jeune homme qui a creusé le tunnel depuis la région de Batken par les forces de l’ordre kirghizes fait ainsi suite à cet épisode diplomatique, permettant un peu plus de désamorcer les tensions entre les deux voisins.

 

La Rédaction



frontière Ouzbékistan Kirghizstan contrebande
Espace politique
Partager avec
Aucun commentaire

Ecrire un commentaire

Captcha *