Présidents Ouzbek Tadjik Chavkar Mirzioïev Emomalii Rahmon 18 Septembre New York

Ce que la visite de Chavkat Mirzioïev à Douchanbé peut changer en Ouzbékistan et au Tadjikistan

Partager avec

Lors de la visite d’Etat à Douchanbé du Président ouzbek, les dirigeants des deux pays peuvent mettre un terme aux différends frontaliers qui durent depuis l’indépendance, raviver le commerce entre les deux voisins et surtout s’accorder sur la construction de la centrale hydroélectrique de Rogun.

Novastan reprend et traduit un article originellement publié sur Sputnik-tj.

Le Président ouzbek Chavkat Mirzioïev sera en visite d’Etat à Douchanbé, la capitale du Tadjikistan voisin, les 9 et 10 mars prochain. Il rencontrera notamment son homologue tadjik, Emomalii Rahmon, au pouvoir depuis 1993.

Cette visite, une première depuis l’an 2000, est présentée depuis plusieurs semaines comme historique tant côté ouzbek que tadjik. Le contexte s’est véritablement détendu depuis l’arrivée au pouvoir de Chavkat Mirzioïev en décembre 2016, alors que son prédécesseur Islam Karimov avait laissé pourrir plusieurs problèmes.  Voici un les 5 points principaux qui seront discutés à Douchanbé.

Délimiter les frontières

« Les principaux problèmes [entre l’Ouzbékistan et le Tadjikistan] ont longtemps été les divers conflits frontaliers associés avec le processus incomplet de délimitation et de démarcation », décrit Dmitry Alexandrov, directeur du Centre d’études asiatiques RISS.

Selon l’historien de la Faculté des études orientales Efim Rezvan, le problème des frontières est typique de toutes les Républiques d’Asie centrale. A l’époque soviétique, ces limites étaient artificielles et ont été créées à l’aube du pouvoir soviétique dans les années 1920-1930. A la chute de l’URSS en 1991, ces frontières sont tout à coup devenues bien réelles, entraînant des tensions et des situations conflictuelles entre Etats.

Lire aussi sur Novastan : Le Tadjikistan et l’Ouzbékistan sont tombés d’accord sur leur frontière et leur régime de visas

En amont de cette visite, Tadjiks et Ouzbeks ont discuté de manière intense avant d’aboutir à une délimitation, qui sera officiellement actée lors de la visite du président ouzbek.

Abolir le régime des visas

Un autre sujet important lié aux frontières est le régime de visas, introduits en 2001. Pendant 17 longues années, Tadjiks et Ouzbeks, qui vivaient auparavant à 10 minutes les uns des autres, ont été séparés par des barbelés. Pour des dizaines de milliers de citoyens et de familles, cette situation est devenue une véritable tragédie, et les contacts officiels entre les États ont pratiquement été réduits à néant.

Vallée Berger Ouzbékistan Tadjikistan Montagne

Le problème a brusquement connu une ouverture en janvier dernier. A ce moment-là, le Premier président du Comité d’Etat de l’Ouzbékistan sur le développement du tourisme Aziz Abdukhakimov a déclaré qu’un accord sur l’abolition définitive des visas entre les deux pays sera signé lors de la visite de Chavkat Mirzioïev.

Résoudre le conflit autour du barrage de Rogun

Le sujet le plus difficile et épineux de la rencontre entre Emomalii Rahmon et Chavkat Mirzioïev devrait être la discussion sur l’hydroélectricité et la construction du barrage de Rogun. Ce barrage, dont la construction a débuté en octobre 2016 et dont une partie devrait être terminée dès la fin de l’année, est le projet d’infrastructure majeur du Tadjikistan.

Lire aussi sur Novastan : Rogun : le barrage qui se fait prier au Tadjikistan

Considéré comme « le plus haut barrage du monde » avec 335 mètres de hauteur, il doit permettre à ce pays montagneux d’augmenter sa production d’électricité grâce à la rivière Vakhch. Mais cette rivière continue sa route vers l’Ouzbékistan, qui verra ainsi son débit diminuer.

« Pour le Tadjikistan les ressources en eau sont considérés comme une partie importante du potentiel énergétique. Alors que l’Ouzbékistan a besoin d’eau principalement pour les activités agricoles. L’énergie et l’agriculture peuvent créer de sérieux problèmes », selon Dmitry Alexandrov.

Lire aussi sur Novastan : Cinq conflits autour de l’eau en Asie centrale

« Les pays d’Asie centrale situés en amont utilisent les rivières et les réservoirs pour produire de l’électricité et ne vident l’eau des barrages que lorsque cela leur convient. Ainsi, ils ne libèrent plus l’eau quand cela est nécessaire pour l’agriculture des pays situés en aval des rivières, comme c’était le cas à l’époque soviétique », décrit Efim Rezvan.

Rogun construction Rahmon

Le principal point de discorde entre Tadjikistan et Ouzbékistan dans ce contexte est la centrale hydroélectrique de Rogun.  Le projet de centrale a été lancé en 1976. Cependant, Rogun n’a pas encore été mise en service en raison de contradictions et de revendications réciproques constantes.

Ce n’est qu’à la fin de l’année 2016 que les parties ont repris le dialogue sur les questions de l’eau et de l’énergie, avec l’arrivée à la présidence de Chavkat Mirzioïev.

Pour résoudre ce problème épineux depuis des décennies, les deux gouvernements travailleraient à un compromis. Selon les discussions en cours qui devraient être fixées durant la visite, à partir de l’été 2018, le surplus d’électricité produite par les centrales hydroélectriques tadjikes commencera à être envoyé en Ouzbékistan. En échange, la partie ouzbèke rétablira l’approvisionnement en gaz naturel du Tadjikistan.

Approfondir les relations commerciales et culturelles

Le commerce transfrontalier reste un point important dans les relations les deux États voisins. Bien qu’il n’y ait presque pas de problèmes sur ce point, Chavkat Mirzioïev accorde une plus grande attention aux liens économiques et place souvent l’économie comme le leitmotiv de ses visites internationales.

Lire aussi sur Novastan : Ouzbékistan : le nouveau président veut d’abord plaire à ses voisins

Selon les statistiques, le volume des échanges commerciaux entre le Tadjikistan et l’Ouzbékistan en 2017 s’élevait à 126 millions de dollars. Le montant en lui-même est faible, mais il est de 82% supérieur à celui de 2016.

Wedding Tajikistan

Les parties ont commencé petit à petit, avec l’organisation de foires commerciales dans les deux capitales. « Le 10 janvier dernier à Douchanbé, la commission intergouvernementale sur le Commerce et la coopération économique sous la présidence des Premiers ministres – Qohir Rasulzoda et Abdullah Aripov – a décidé de tenir des foires de produits des deux pays »,  a déclaré le gouvernement ouzbek.

Lire aussi sur Novastan : Un concert organisé pour la visite de Chavkat Mirzioïev au Tadjikistan

En outre, les institutions spécialisées ont décidé d’organiser des journées de la culture de l’Ouzbékistan au Tadjikistan en 2019 et de l’Ouzbékistan au Tadjikistan en 2020.

Nettoyer les champs de mines frontaliers

Moins significatif pour les hauts gradés mais très significatif pour les citoyens, l’un des sujets de discussions entre Ouzbékistan et Tadjikistan sera de savoir si les champs de mines à la frontière seront nettoyés.

Les mines sont apparues dans la zone frontalière dans les années 1990, lorsque la partie ouzbèke était sérieusement préoccupée par les problèmes de sécurité. Par la suite, entre 1993 et 1997, une guerre civile a secoué le Tadjikistan, à laquelle ont participé des groupes terroristes ouzbeks.

Après la fin des années 1990, la relation entre le Tadjikistan et l’Ouzbékistan s’est encore détériorée à cause des fermetures des frontières terrestres et de Rogun, ce qui a poussé le premier Président ouzbek Islam Karimov à faire poser des mines antipersonnel dans quelques zones frontalières.

La question du déminage de ces zones devrait être définitivement résolue au cours de la visite de Chavkat Mirzioïev.

Traduit du russe par la rédaction

Si vous avez aimé cet article, n’hésitez pas à nous suivre sur Twitter, Facebook, Telegram, Linkedin ou Instagram ! Vous pouvez également vous inscrire pour recevoir notre newsletter hebdomadaire.

Les présidents ouzbek et tadjik, Chavkat Mirzioïev (à gauche) et Emomalii Rahmon, le 18 septembre à New York
President.tj
Un jeune berger garde les moutons de la famille dans les alpages des hauteurs d’une vallée en Ouzbékistan, non loin de la frontière avec le Tadjikistan.
La rédaction
Le président tadjik, Emomali Rahmon, a lui-même conduit un bulldozer pour lancer le chantier de Rogoun.
President.tj
Un mariage tadjik dans le village de Rochorv
Evgeni Zotov
Aucun commentaire

Ecrire un commentaire

Captcha *