Samarcande Ishratkhana Mausolée Ouzbékistan Restauration

Des experts allemands vont restaurer un monument historique de Samarcande

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Les spécialistes allemands vont s’attaquer au mausolée d’Ishratkhana. Depuis 1991, ils ont déjà travaillé sur de nombreux bâtiments de l’emblématique ville de la route de la Soie.

Novastan reprend et traduit ici un article initialement publié par Nuz.uz.

Samarcande ne fait pas son âge. Avec 2 500 ans d’occupation humaine, la ville ouzbèke, joyau de la route de la Soie, attire de nombreux touristes, autant centrasiatiques qu’étrangers. Mais derrière le charme de la ville, cette dernière est en besoin constant de restauration. En novembre dernier, une mission d’étude de spécialistes allemands de la restauration de monuments s’est rendue sur place pour préparer un nouveau projet.

A cette occasion, l’ambassadeur d’Allemagne dans le pays, Günter Overfeld s’est rendu sur place pour parler du projet actuel de restauration dans la troisième ville ouzbèke.

Un mausolée du XVème siècle

L’objet des attentions allemandes est le mausolée d’Ishratkhana. Ce monument servait de porte de la ville à l’époque Timouride, entre 1405 et 1507. Cet édifice historique, qui se trouve dans l’ancien jardin de Bogi Firouza (« le jardin turquoise »), est l’un des ensembles architecturaux les plus remarquables de Samarcande. Sa construction s’est achevée vers 1464.

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Sa construction a été lancée et supervisée par Habiba Sultan Begum, épouse la plus âgée de l’émir Abu Saïd (1451 – 1469), l’arrière-petit-fils de Tamerlan. Il gouverna la Transoxiane, le Turkestan occidental et l’Afghanistan conquis par les Timourides. Initialement, le monument devait servir de lieu d’inhumation pour l’aînée de ses filles, morte en bas âge. L’imposant édifice est cependant devenu bien vite lieu de caveau familial, abritant vraisemblablement les dépouilles des épouses et des enfants des descendants de Tamerlan. Pas moins de 20 tombes sont situées dans la chambre funéraire sous la salle principale.

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Le site d’Ishratkhana est l’un des ensembles architecturaux les plus monumentaux de Samarcande, ce qui explique qu’il est le seul à n’avoir pas encore été entièrement restauré.

Un projet de trois ans

Maïssar Nabiraev, le responsable de l’Inspection régionale chargée de la préservation et la restauration du patrimoine culturel de Samarcande, souligne que les spécialistes allemands et leurs collègues ouzbeks ont ici élaboré et mis sur pied un projet spécifique de conservation de l’édifice après avoir soigneusement examiné la composition du mortier employé pour sa construction et avoir mené plusieurs expériences.

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Ce projet, qui devrait durer trois ans selon les estimations, va nécessiter des recherches approfondies et la compilation de documents concernant la partie des ruines du mausolée qui se sont conservées naturellement et demeurent authentiques.

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En se fondant sur les résultats de ces examens, il faudra alors prendre les mesures nécessaires à la conservation de certaines zones du monument en reportant les résultats obtenus dans les chantiers-tests par les équipes d’experts. Des spécialistes, sous la direction de professeurs de l’École supérieure de Sciences appliquées de Potsdam, vont coopérer avec des artisans, des maîtres en arts décoratifs et des restaurateurs ouzbeks.

Une longue collaboration entre Allemands et Ouzbeks

Voir un projet d’une telle ampleur confiée à des spécialistes allemands n’a rien d’une coïncidence. De fait, cette visite officielle a également ranimé de nombreux souvenirs à Samarcande. L’ambassadeur allemand a ainsi examiné, en compagnie d’un groupe d’hommes d’affaires allemands et de journalistes locaux, des monuments historiques de la ville de Samarcande qui ont été restaurés notamment par des spécialistes allemands.

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Accompagnés par Maïssar Nabiraev, la délégation a voulu faire le point sur le travail accompli depuis quelques décennies. Ils ont notamment visité le Registan, un ensemble architectural composé d’une mosquée et de deux écoles coraniques, ou madrasas. La madrasa Tilla Kari, bâtie entre 1646 et 1660, a été restaurée par une équipe de spécialistes allemands.

Comme l’a expliqué Maïssar Nabiraev, des pluies abondantes et des travaux mal effectués sur la place du Registan auraient permis dès le milieu des années 1990 à l’humidité de s’infiltrer profondément sous les fondations de la madrasa attenante à la mosquée de Tilla Kari. Ces infiltrations ont provoqué une déformation du bâtiment, causant des problèmes quant à sa conservation.

Le sauvetage de la madrasa Tilla Kari

Le site de Samarcande, occupé depuis plusieurs millénaires, a laissé des traces dans les racines de la ville : on a retrouvé une importante couche d’occupation à plus de dix mètres de profondeur sous le sol de la place du Registan, qui contient les restes de chantiers et des objets d’époques culturelles différentes datant de plus de 2 500 ans.

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Certaines parties de la mosquée à l’intérieur de la madrasa Tilla Kari ont subi une telle pression que les fondations se sont progressivement tassées, entraînant une inclinaison du monument et un affaissement toujours plus important de l’ensemble. La diminution du niveau des nappes d’eau souterraines a encore accéléré ce processus.

De nombreuses idées ont été présentées afin de résoudre ce problème, et le choix s’est finalement porté sur un projet porté par des spécialistes de l’Université de Potsdam. Les experts allemands ont estimé qu’il était indispensable de renforcer les fondations avec des pieux hersés et de les solidariser avec des traversines. Plus de 30 pieux de béton armé, d’une longueur d’environ 13 mètres et d’un diamètre de 60 centimètres, ont alors été installés sous les zones les plus critiques des murs et des fondations.

Un succès reconnu

Des membres de l’École supérieure de Sciences appliquées de Potsdam, spécialisée en construction, architecture et aménagement urbain, épaulés par des chercheurs de l’Institut universitaire de technologie de Samarcande, ont établi des projets de terrain pour le site de Tilla Kari, tout en analysant la capacité d’affaissement des pieux à l’aide d’une presse hydraulique de 200 tonnes afin d’optimiser la taille et l’agencement de ces pieux.

En 2006, ces travaux se sont achevés et ont été déclarés un succès, comme le confirment les mesures effectuées depuis lors. Les experts allemands ont également pris part à la restauration de l’un des mausolées du complexe de Shah i-Zinda, l’allée des rois du cimetière de Samarcande.

Un canal d’irrigation refait à neuf

La visite de l’ambassadeur d’Allemagne a également permis à la délégation de revenir sur la remise à niveau d’un canal d’irrigation alimentant Samarcande. Le canal de Bad Bad irrigue près de 10 000 hectares de terre et approvisionne en eau 16 000 habitants de la région. Long d’environ 70 km, sa construction a débuté en 1963-1965, d’abord en terre, avant qu’un tronçon de 25 km ne soit bétonné dans les années 1970. La localisation peu avantageuse de son ouvrage de prise d’eau a mené à l’érosion de ses rives et à la formation de sédiments dans le lit du canal.

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Dans le cadre de ce projet, auquel ont participé plusieurs organisations allemandes, y compris la deutsche Gesellschaft für internationale Zusammenarbeit (GIZ), plusieurs mesures techniques et institutionnelles ont été adoptées, qui ont permis la reconstruction de plusieurs kilomètres de canal, d’installations hydrauliques ainsi que d’une installation de captage des eaux.

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Grâce aux mesures adoptées, l’approvisionnement en eau et l’utilisation du canal ont atteint 90 % de leur capacité, tandis que les pertes en eau ont chuté, passant de 40 % à 7-10 %.

« Une période très importante » entre Ouzbékistan et Allemagne

La coopération des organisations allemandes ne se limite pas seulement au domaine technique : une attention importante est aussi accordée à des projets sociaux. La délégation s’est ainsi rendue dans un internat pour enfants défavorisés situé dans le village de Khimikov, non loin de Samarcande. L’ambassadeur allemand a profité de l’occasion pour leur offrir du matériel sportif au nom du gouvernement allemand.

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« Il s’agit d’une période très importante pour nos deux pays » a estimé Günter Overfeld. « Les entreprises allemandes suivent notre visite avec grande attention. Je suis convaincu que nous apporterons notre contribution aux liens établis et à la coopération entre l’Ouzbékistan et l’Allemagne, qui sera longue et fructueuse », a conclu l’ambassadeur allemand en Ouzbékistan.

Tochpoulat Rakhmatoulaev
Journaliste pour Nuz.uz

Traduit du russe par Pierre-François Hubert

Edité par Etienne Combier

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Les experts allemands vont restaurer le mausolée d’Ishratkhana, où seraient enterrés 20 descendants de Tamerlan.
Maksad Djanguirov / Nuz.uz
Le mausolée a été achevé en 1464.
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L’intérieur du mausolée est encore plutôt bien conservé.
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Samarcande, cette vieille dame.
L’extérieur du mausolée d’Ishratkhana nécessite des réparations.
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Günter Overfeld a visité le Registan, dont une des madrasas a été restaurée par une équipe allemande.
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Le canal Bad Bad a été restauré par les spécialistes allemands.
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Günter Overfeld a visité plusieurs établissements scolaires.
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