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Des saïgas observés en Ouzbékistan, une lueur d’espoir pour une espèce menacée d’extinction

Pour la première fois depuis cinq ans, des saïgas de la population oustyourte ont pu être observés grâce aux pièges photographiques de la réserve naturelle de Saigachiy, en Ouzbékistan.

Plus de 35 saïgas ont été filmés en février dans la réserve naturelle de Saigachiy, d’après le service de presse du Comité d’État pour l’écologie d’Ouzbékistan, relayé par le média ouzbek Gazeta.uz le 11 février dernier. La réserve est située dans les districts de Mouïnak et Koungrad au Karakalpakistan, dans l’ouest de l’Ouzbékistan.

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Le saïga est une petite antilope de la taille d’un mouton domestique, reconnaissable par son museau, qui vit en troupeau dans les steppes, semi-déserts et déserts du continent eurasien. Se déplaçant la tête basse, son museau de forme et de taille atypiques sert à filtrer la poussière qui se lève sous ses sabots en été, et à réchauffer l’air glacé qu’il respire en hiver. Cette espèce est restée presque inchangée depuis le pléistocène, et a fait preuve d’une extraordinaire capacité d’adaptation aux conditions extrêmes des plaines froides et arides d’Eurasie. Malheureusement, le saïga est aujourd’hui menacé d’extinction.

Une espèce transfrontalière en voie d’extinction

La survie du saïga est menacée par le braconnage pour ses cornes et sa viande sur l’ensemble de son espace d’habitat, le plateau d’Oust-Ourt, qui s’étend du Kazakhstan au Turkménistan, en passant par l’Ouzbékistan. Le saïga est chassé pour ses belles cornes en forme de lyre, qui servent de décoration et d’ingrédient miraculeux en médecine traditionnelle chinoise. Jusqu’en février 2020, aucun saïga n’avait pu être observé en Ouzbékistan. Au cours de l’année, les saïgas se déplacent entre les pâturages : avec l’arrivée de la neige, ils migrent vers l’Ouzbékistan, et à la fin du printemps, ils retournent au Kazakhstan.

La réserve naturelle ouzbek de Saigachiy, où ont été observés les saïgas début février, a été créée à la frontière avec le Kazakhstan en 2016 dans le cadre du mémorandum sur la protection, la reproduction et le développement durable de la population saïga, signé en 2006 par les deux pays. Malheureusement, en raison du manque de personnel – essentiellement d’inspecteurs – de la réserve, les braconniers continuaient à œuvrer sur son territoire. Au cours des cinq dernières années, le saïga a presque disparu.

Un risque de déséquilibre de l’écosystème à large échelle

Le saïga vit sur des terres arides, souvent salines, où il se nourrit de plantes qui représentent une partie importante du biote des zones arides. Les saïgas ont un impact considérable sur la végétation, car ils contribuent à l’équilibre naturel et à la restauration du couvert végétal des steppes et semi-déserts dans lesquels ils paissent. Contrairement au bétail, les saïgas ne broutent que la partie supérieure des plantes, et leur présence, même en grand nombre, ne conduit pas à la dégradation des pâturages. L’extinction du saïga présente donc un danger pour la flore, mais également pour la faune du plateau d’Oust-Ourt : les prédateurs tels les loups et les oiseaux de proie dépendent de la survie du saïga.

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Autrefois, l’homme dépendait aussi du saïga. Dans la vie des tribus pastorales, le saïga a toujours joué un rôle important, c’est pourquoi cet animal figure dans nombre de légendes. Comme le décrit le média ouzbek Sreda.uz, l’une d’elles raconte que durant un hiver rigoureux, un berger a perdu tout son bétail, c’est alors que Dieu lui envoya le saïga, avec ces paroles : « Cette bête te sauvera, toi et ta famille ; elle te donnera de la nourriture, et t’indiquera les meilleurs pâturages et t’aidera à trouver une source d’eau. Retiens-toi cependant de ne jamais tuer un saïga par cupidité, car c’est ton frère. Tu ne peux le chasser que si ta survie en dépend. »

Une extinction historique progressive

Il y a cent ans, la population des saïgas comptait des millions d’individus. Quelques décennies ont suffi à la réduire à quelques milliers de têtes. Au début du siècle dernier, une paire de cornes de saïga se vendait au même prix qu’un chameau sur les marchés de Boukhara, Khiva et Tachkent. Le commerce des cornes de saïga a décimé la population mâle, conduisant à la perte de la capacité de reproduction naturelle de cet animal. Il a fallu attendre les années 1980 pour que des mesures de protection restaurent le peuplement du saïga et lui permettent de retourner dans ses lieux d’habitat naturel.

Malheureusement, la crise économique du début des années 1990 a donné un nouvel essor à la chasse illégale, qui a réduit la population saïga de 95 % sur quelque dix années. Dans les années 2010, elle atteignait cinq à sept milliers de têtes ; et il était presque impossible de trouver un saïga mâle ayant dépassé l’âge de cinq ans. En 2017, il y avait entre 1 500 et 2 000 saïgas en Ouzbékistan, d’après les données de l’Académie des Sciences, en tenant compte du fait que cette espèce est migratrice. À titre de comparaison, au milieu des années 1970 le nombre de saïgas dans le pays atteignait, selon diverses estimations, 60 000 à 80 000 individus.

Le braconnage n’est pas le seul facteur humain qui menace le saïga

Dans les années 1970, des champs de pétrole et de gaz ont été découverts sur le plateau d’Oust-Ourt, ce qui a conduit au développement des activités géologiques et industrielles, et par conséquent à la construction d’infrastructures et à l’installation de fermes d’élevage sur les lieux de vie du saïga. Les antilopes mouraient en masse dans les tranchées du gazoduc en construction, sous les roues des trains et sous le feu des hommes qui les chassaient pour se distraire.

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En 2015 au Kazakhstan, la peste bovine s’est propagée aux saïgas et autres espèces sauvages, comme les fermiers n’ont pas pris la peine d’isoler le bétail des animaux sauvages. En 2012, une clôture d’une longueur de 300 kilomètres a été construite à la frontière entre le Kazakhstan et l’Ouzbékistan, qui représente un obstacle sur la route migratoire du saïga, vers son territoire de reproduction. Grâce à l’effort des activistes et des organisations internationales et nationales ouzbèkes, des recommandations ont été élaborées sur la façon de changer la conception de la clôture afin de permettre le passage des saïgas. Mais ce n’est qu’en 2016 que des couloirs ont été percés sur la clôture.

Un espoir pour la restauration de la population saïga

Le saïga a une incroyable capacité de survie, une grande mobilité et un fort potentiel de reproduction, considère Elena Bykova, secrétaire exécutive de l’Alliance internationale de conservation du saïga. Ses prévisions quant à la survie de l’espèce sont optimistes. « Tout cela s’est produit par la faute de l’homme, mais l’homme peut tout réparer. La protection des animaux devrait simplement être renforcée, avec l’application de mesures sévères. Pour aider les animaux à s’adapter au changement climatique, notamment pour augmenter la température de l’air, des réservoirs artificiels pour les saïgas et autres espèces protégées des braconniers doivent être créés », recommande Elena Bykova.

Un énorme travail d’information de la population ouzbèke pour la préservation du saïga est en cours. Aujourd’hui, de nombreuses personnes savent que le saïga est une espèce menacée. Actuellement, l’exportation de vieilles cornes de saïgas morts est même interdite.

Anna Chtorkh
Rédactrice pour Novastan

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Pour la première fois depuis cinq ans, des saigas de la population oustyourte ont pu être observés grâce aux pièges photographiques de la réserve naturelle de Saigachiy.
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