Élections présidentielles ouzbèkes : quatre candidats en lice

Les élections présidentielles qui décideront du successeur d’Islam Karimov, le « Père de la nation », auront lieu le 4 décembre. Quatre candidats sont officiellement en lice pour briguer le poste suprême.

La mort du président Islam Karimov, unique président de la République d’Ouzbékistan depuis l’indépendance, a laissé place à une transition calme et maîtrisée qui a vu le Premier ministre Chavkat Mirzioïev prendre le poste de président provisoire. Il faudra cependant attendre les élections présidentielles du 4 décembre pour que le futur président du pays soit élu. Le 28 octobre, date du départ officiel de la campagne présidentielle, quatre candidats sont officiellement entrés dans une compétition qui laisse peu de doutes sur son issue.

Un ingénieur pour représenter les sociaux-démocrates

Nariman Madjitovich Umarov est le candidat du parti social démocrate.

Le candidat du parti social-démocrate Adolat sera Nariman Madjitovich Umarov. Né à Tachkent en 1952, il est de nationalité et de citoyenneté ouzbèke. Ce point est important, puisqu’en Ouzbékistan comme dans les autres républiques d’Asie centrale, la citoyenneté et la nationalité sont distinctes. Une nationalité correspond à peu de choses près à une origine familiale et culturelle, alors que la citoyenneté s’acquiert selon le pays de naissance. Nariman Umarov est diplômé de l’Institut Polytechnique de Tachkent.

Technicien dans les années 1970 dans l’institut de recherche Gidroingeo, dont il devient directeur adjoint. Il est spécialisé dans l’amélioration de l’irrigation et la prévision hydrologique dans le contexte de la disparition de la mer d’Aral.

Entre 1997 et 2009, Nariman Umarov dirige le comité d’Etat pour la protection de la nature. Jusqu’en 2013, en tant que président de ce comité, il participe à l’implémentation de différents programmes de protection de l’environnement. Il est élu député de la chambre législative du Oily Majlis (Parlement) en 2014, et est depuis 2015 le vice-président du Parlement et chef de la faction social-démocrate.

Un sociologue à la tête de Milly Tiklanich

Sarvar Sadullaïevitch Otamouratov représente quant à lui le parti démocratique.

Le parti démocratique d’Ouzbékistan, ou Milly Tiklanich, sera représenté par Sarvar Sadullaïevitch Otamouratov. Né en 1973, à Tachkent également, il est de nationalité ouzbèke et diplômé en sociologie de la Faculté de philosophie et d’économie de l’Université de Tachkent, ainsi que de l’Académie des finances de la République d’Ouzbékistan et de l’Académie de sociologie.

Il a travaillé entre 1995 et 2006 au ministère des Finances en tant que chef économiste puis directeur du département monétaire et économique. Il a ensuite travaillé pour différentes compagnies d’assurance avant d’être député de 2009 à 2014. Lors de son passage au parlement, il a été vice-président du comité du budget et des réformes économiques. A partir de 2013, il a dirigé la faction parlementaire de Milly Tiklanich, qu’il dirige depuis 2015.

Un linguiste d’Andijan, candidat pour le Parti démocratique du peuple

Khatamjon Abdurahmonovich Ketmonov

Khatamjon Abdurahmonovich Ketmonov est le candidat pour le Parti démocratique du peuple (NDP). Cet homme né en 1969, originaire du district de Baliktirol dans la région d’Andijan, à l’est du pays, est également de nationalité ouzbèke. En 1993, il est diplômé en langues de l’Institut pédagogique d’Andijan. Il débute sa carrière comme professeur du secondaire dans la région du Fergana, toujours à l’est du pays, et rentre en politique locale en 1995 en tant que vice-président du Département régional de l’éducation nationale.

Il est entre 2004 et 2013 vice-khokim (gouverneur local) de la région d’Andijan. Durant cette période, il a contribué au développement des associations publiques afin de renforcer leur rôle socio-économique dans la région.

Il est élu en 2013 président du Conseil central du NDP, et rentre dans la chambre législative du Oliy Majlis en 2014, au sein de laquelle il dirige la faction de son parti.

Le président provisoire, favori des élections

Le président (provisoire) d'Ouzbékistan et favori de l'élection, Chavkat Mirzioiev.

Le candidat majeur dans cette élection est cependant, incontestablement, le Premier ministre de feu Islam Karimov et actuel Président provisoire, Chavkat Mirzioïev. Ce dernier représente le Parti libéral-démocrate d’Ouzbékistan, le parti de l’ancien Président.

Né le 24 juillet 1957 dans la région de Djizak, il est également de nationalité ouzbèke. Ingénieur de formation, Chavkat Mirzioïev est diplômé en 1981 de l’Institut des ingénieurs de Tachkent, spécialisé en irrigation et en mécanisation de l’agriculture. Sitôt après ses études, il a débuté sa carrière comme chercheur dans ce même institut, jusqu’à devenir vice-recteur. En 1990, il est élu député du Conseil Suprême de la République, où il dirige le Comité de vérification des pouvoirs.

Il est ensuite nommé khokim (gouverneur) du district de Mirzo-Ulugbek dans la ville de Tachkent, puis de la région de Dzhizak entre 1996 et 2001 et enfin de Samarcande jusqu’en 2003. Il est en parallèle député de la chambre législative de 1995 à 2003. Si la biographie officielle du président provisoire, publiée récemment, présente de ce passage en politique locale un bilan très positif, le journal d’opposition Fergananews l’accuse d’avoir mené la région de Dzhizak à la banqueroute et d’avoir soutenu à Samarcande des initiatives crapuleuses.

Proche du président Islam Karimov depuis l’indépendance du pays, il est nommé Premier ministre dès 2003.  Il s’est maintenu à ce poste qu’il cumule actuellement avec celui de Président par intérim. En effet, alors que le président du Sénat Nigmatulla Youldachev devait, selon la Constitution, devenir le président par intérim, c’est finalement Mirzioïev qui a endossé ce rôle dès le 8 septembre.

Tant durant ses mandats de gouverneur qu’en tant que Premier ministre, Mirzioïev a notamment été le principal homme en charge de l’industrie du coton, dont la récolte mobilise chaque année des millions de citoyens et qui représente une source de revenus très important de l’Ouzbékistan. Pour des ONG de défense des Droits de l’Homme , notamment Human Right Watch, cette pratique est sévèrement critiquée comme étant du travail forcé.

Lire aussi sur Novastan : Chavkat Mirzioïev devient président (provisoire) d’Ouzbékistan

Une compétition sans enjeu

Malgré l’apparente compétition ouverte à un mois des élections, l’issue du scrutin ne fait aucun doutes. Mirzioïev était, des quatre candidats, le seul homme fort en Ouzbékistan sous l’ancienne présidence. Sa prise de contrôle du poste suprême dès la mort d’Islam Karimov, approuvée par les deux chambres du Oliy Majlis mais non conforme au protocole établit par la Constitution, l’avait très clairement positionné comme héritier incontesté du « Père de la Nation ».

Il est ainsi intéressant d’observer l’omniprésence de Chavkat Mirzioïev dans les médias nationaux, alors que le candidat président mène une campagne très active pour se démarquer de son prédécesseur et se créer sa propre image de chef d’Etat. Les candidats sont pourtant supposés bénéficier d’une représentation égale à la radio et la télévision publique.

Lire aussi sur Novastan : Ouzbékistan : Mirzioïev en campagne sur le web

Plusieurs observateurs pointent par ailleurs l’absence de véritable opposition dans cette campagne. En effet, les 3 candidats en lice face à Mirzioïev sont considérés comme proches du régime, soutenant les politiques mises en place par le gouvernement actuel. Les partis Adolat, Milliy Tiklanich et NDP sont, avec le parti libéral-démocrate, les seuls autorisés à présenter des candidats. Déjà les élections de 2015, l’ONG Freedhome House avait dénoncé que le fait que les trois partis mineurs avaient passé leur campagne à louer le bilan de Karimov. Les véritables partis d’opposition ayant été interdis en Ouzbékistan dès les années 1990, l’élection de cette fin d’année ne devrait pas présenter de surprises. Malgré tout, et c’est une première, elle sera scrutée par des observateurs étrangers de l’OSCE.

La rédaction

Les quatre candidats en lice occupent ou ont occupé des postes au Parlement ouzbek, l’Oliy Majlis
…your local connection
Nariman Madjitovich Umarov est le candidat du parti social démocrate.
Leïla Broncard
Sarvar Sadullaïevitch Otamouratov représente quant à lui le parti démocratique.
Leïla Broncard
Khatamjon Abdurahmonovich Ketmonov représente le parti démocratique du peuple, le NDP.
Leïla Broncard
Le président (provisoire) d’Ouzbékistan et favori de l’élection, Chavkat Mirzioiev.
Leïla Broncard
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