Élections présidentielles ouzbèkes: retour sur 3 mois de transition

L’Ouzbékistan choisit en ce moment le président qui dirigera le pays pour les cinq années à venir. Pour la première fois depuis l’indépendance, il ne s’agira pas d’Islam Karimov, décédé le 2 septembre. Novastan vous propose un récapitulatif des trois mois qui ont séparé la mort du « Père de la nation » de l’élection présidentielle.

Tout a commencé par l’annonce inédite par le cabinet des ministres ouzbek (dirigé par le premier ministre Chavkat Mirzioïev) de l’hospitalisation d’Islam Karimov le dimanche 28 août.

Lire à ce sujet sur Novastan : Le président ouzbek Islam Karimov hospitalisé

L’Ouzbékistan a ensuite fêté ses 25 ans d’existence le 1er septembre dans un climat étrange alors que la mort d’Islam Karimov n’avait pas été annoncée et il semblait que le pouvoir était vacant.

Lire à ce sujet sur Novastan : L’Ouzbékistan fête ses 25 ans dans l’incertitude

L’annonce de la mort d’Islam Karimov le 2 septembre avait mis fin à une période de plusieurs jours d’incertitudes pendant laquelle personne ne savait ce qui arrivera à l’Ouzbékistan.

Lire à ce sujet sur Novastan : Ouzbékistan : Islam Karimov est décédé

La mort du leader ouzbek referme une période entière pour l’Ouzbékistan mais aussi pour l’Asie centrale, la personnalité d’Islam Karimov ayant eu une importance clé dans l’évolution politique de la région.

Lire à ce sujet sur Novastan : Islam Karimov : un orphelin devenu père de la nation

Une succession très fluide

La question cruciale de la succession était alors posée, étant donné qu’Islam Karimov, unique président depuis l’indépendance du pays en 1991, n’avait jamais établi de plan officiel pour la succession. En effet, le chef de l’Etat, afin de conserver sa mainmise sur le pouvoir, avait toujours pris garde de ne jamais placer de rival potentiel en avant. Désigner un successeur aurait par ailleurs été perçu comme la préparation à un renoncement au pouvoir, idée difficilement imaginable tant la personnalisation du pouvoir était fort.

Lire aussi sur Novastan : Un enterrement, des présidents, des absents et des intrigues

Les risques de déstabilisation qui auraient résulté d’une incapacité des élites ouzbèkes à s’entendre quant au remplacement d’Islam Karimov étaient alors perçus comme réels, et d’autant plus graves que l’équilibre de l’Ouzbékistan est fondamental pour la stabilité de toute la région. Ce pays est en effet le plus peuplé d’Asie centrale avec ses 32 millions d’habitants, et est soumis à de fortes pressions internes et externes, avec des difficultés économiques réelles et une vulnérabilité à l’islamisme radical.

Le risque a cependant été rapidement écarté et la succession s’est déroulée de manière très fluide. Chavkat Mirzioïev, premier ministre depuis 2003, s’est rapidement imposé. Lui qui avait déjà été à l’origine de l’annonce de l’hospitalisation de Karimov, a dès le 1er septembre mené la cérémonie des 25 ans de l’indépendance à la place de Karimov, et c’est de son cabinet qu’est sortie le 2 septembre l’annonce officielle de la mort du président. C’est ensuite lui qui a organisé les funérailles du « Père de la nation », avant d’endosser le 8 septembre le rôle de président provisoire, cédé par le président du Sénat grâce à un trou constitutionnel.

Lire aussi sur Novastan : Chavkat Mirzioïev devient président (provisoire) de l’Ouzbékistan

Trois mois pour s’imposer comme chef de l’Etat

Chavkat Mirzioïev a ainsi disposé de trois mois pour construire son image d’héritier de Karimov. Cette période a été marquée par une double dynamique : rassurer quant au désir de stabilité et de continuité par rapport à l’ère Karimov, et se démarquer suffisamment pour ne pas apparaître comme une copie du prédécesseur.

Le président provisoire a ainsi dès le début du mois d’octobre lancé sa campagne officieuse en lançant un service en ligne par le biais duquel les citoyens peuvent exposer leurs problèmes pour que les autorités les résolvent. Un moyen pour Mirzioïev d’accroître sa popularité en montrant son intérêt pour les problèmes du quotidien. Ce service de plainte en ligne a été répliqué à l’ensemble des ministères et administrations du pays. Plusieurs sujets d’importance sont néanmoins restés sans réponse, notamment l’abolition très demandée des visas de sortie, qui impose aux Ouzbeks de demander une autorisation pour quitter le territoire.

Lire aussi sur Novastan : Mirzioïev en campagne sur le web

Mirzioïev s’est particulièrement démarqué de Karimov en termes de politique étrangère, notamment en témoignant d’une volonté d’ouverture avec le Kirghizstan et le Tadjikistan voisins, deux pays qui entretiennent des relations compliquées avec l’Ouzbékistan depuis des années.

Bichkek et Tachkent s’opposent notamment sur des différends frontaliers et sur le contrôle du réservoir d’eau d’Orto-Tokoï. La frontière était ainsi fermée depuis les massacres inter-ethniques entre kirghiz et ouzbeks qui ont ébranlé le Fergana kirghiz en 2010. Cependant, un rapprochement s’est opéré ces derniers mois avec les visites de délégations de chacun des partis chez le voisin, ouvrant la voie à une coopération transfrontalière et une réouverture progressive de la frontière.

Lire aussi sur Novastan : Frontière kirghize-ouzbèke, vers l’ouverture ?

Les relations semblent également s’améliorer avec le Tadjikistan. Des déclarations ont ainsi été faites concernant l’ouverture d’une ligne aérienne entre Tachkent et Douchanbé et les deux pays ont signifié leur volonté d’abolir le régime des visas, de rétablir un train transfrontalier. Il ne s’agit principalement à ce stade que de déclarations d’intentions et peu d’initiatives concrètes ont été poussées.

Lire aussi sur Novastan : Transition en Ouzbékistan et rapprochement avec le Tadjikistan et Un nouvel espoir pour l’Ouzbékistan

Un contexte de campagne présidentielle

Il est difficile de savoir jusqu’où ces dynamiques peuvent aller. En effet, tous ces gestes ont été fait dans un contexte de campagne présidentielle au cours de laquelle Chavkat Mirzioïev utilise son statut de président provisoire pour construire sa popularité et se présenter comme un successeur crédible à Islam Karimov. Il est donc trop tôt pour savoir quelles inflexions prendra la politique ouzbèke après l’élection.

La campagne électorale, officiellement démarrée le 2 novembre, aura vu s’affronter quatre candidats. Ceux-ci représentent les quatre partis autorisés à siéger au Parlement, puisqu’il est interdit de se présenter en tant que candidat indépendant en Ouzbékistan. Outre Chavkat Mirzioïev pour le parti libéral-démocrate, les compétiteurs sont Nariman Oumarov pour le parti Adolat, Sarvar Outamouratov pour Milly Tiklanich et Khatamjon Ketmonov pour le Parti démocratique du peuple.

Lire aussi sur Novastan : Elections présidentielles ouzbèkes : quatre candidats en lice

Les quatre candidats ont bénéficié d’un traitement égal, avec un temps d’antenne –radio et télé- commun et une présence équitable dans les journaux. La commission électorale a mené une vaste campagne de sensibilisation afin d’assurer un taux de participation élevé le 4 décembre, et la campagne était donc bien visible à travers le pays. Chavkat Mirzioïev a cependant, en tant que chef de l’Etat (provisoire), largement dominé l’actualité des derniers mois, lui assurant de facto une visibilité bien supérieure à celle des autres candidats et une popularité certaine grâce à ces actions montrant qu’un temps nouveau s’annonçait pour les citoyens ouzbeks.

Lire aussi sur Novastan : Elections présidentielles ouzbèkes : Les apparences de la démocratie et Que dit le rapport préliminaire de l’OSCE ?

Sous cette organisation bien ficelée, les observateurs de l’OSCE ont émis plusieurs critiques. Par exemple, l’absence de débat entre les candidats et l’absence de réelle démarcation entre eux. La couverture médiatique est également discutable puisque le journalisme est extrêmement contrôlé en Ouzbékistan et seuls les médias étatiques ont pu réellement couvrir la campagne sur le terrain.

La rédaction

Partager avec
Aucun commentaire

Ecrire un commentaire

Captcha *