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Electricité : l’Ouzbékistan soutient désormais la construction de CASA-1000

L’Ouzbékistan a officiellement soutenu le projet de ligne électrique qui doit relier le Tadjikistan et le Kirghizstan à l’Afghanistan et au Pakistan. Un changement bienvenu alors que le projet était au point mort depuis 2016.

Novastan reprend et traduit ici un article initialement publié par Fergananews.

C’est une avancée importante dans le paysage électrique en Asie centrale. L’Ouzbékistan a affirmé le 28 novembre dernier qu’elle soutient désormais la construction de la ligne électrique CASA-1000, qui veut relier le Tadjikistan et le Kirghizstan à l’Afghanistan et au Pakistan. Le ministre des Affaires étrangères ouzbek Abdulaziz Kamilov, qui a fait cette annonce durant la conférence internationale à Genève sur l’Afghanistan, a ajouté que la partie ouzbèke de la ligne électrique « Surkhon – Pol-e Khomri » pouvait s’intégrer à ce projet transfrontalier.

Cette position ouzbèke tranche avec sa stratégie des dernières décennies. Au cours de la présidence d’Islam Karimov (1989-2016), l’Ouzbékistan était hostile à la mise en place de CASA-1000, arguant qu’il violait les accords internationaux.

Un projet régional important

Les ministres de l’Énergie du Kirghizstan, du Tadjikistan, d’Afghanistan et du Pakistan ont signé fin 2015 l’accord définitif de mise en place de la ligne CASA-1000. Le document prévoyait des fournitures d’électricité depuis le Tadjikistan et le Kirghizistan vers Kaboul et Islamabad à hauteur de 1 300 mégawatts (MW) chaque année.

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En mai 2016, le projet a toutefois été mis de côté. À plusieurs reprises, Tachkent avait en effet déclaré qu’il ne serait effectif qu’à la condition de construire une centrale hydroélectrique à Rogun, au Tadjikistan. Or, le programme de mise en fonction de ce barrage, qui deviendra d’ici 2028 le plus haut du monde, avait suscité la désapprobation des autorités ouzbèkes, qui craignaient une probable détérioration de l’approvisionnement en eau de leur territoire.

Avec l’avènement de Chavkat Mirzioïev à sa tête en décembre 2016, l’Ouzbékistan a toutefois changé son fusil d’épaule et a collaboré avec les autorités tadjikes pour la construction du barrage. De sorte qu’en novembre 2018, une délégation ouzbèke a même pris part à l’inauguration de la première turbine de Rogun, ce qui était encore inimaginable 5 ans plus tôt.

L’Afghanistan reste très présent dans l’esprit des Ouzbeks

Plus largement, le ministre des Affaires étrangères ouzbek a insisté sur les relations avec l’Afghanistan sur le plan énergétique. Abdulaziz Kamilov a ainsi indiqué que la ligne électrique « Surkhon – Pol-e Khomri » allait relier Kaboul au système électrique unifié d’Asie centrale et allait permettre d’augmenter de 70 % les fournitures en énergie ouzbèke vers l’Afghanistan, pour atteindre 6 milliards de kilowatts/heure (kWh) par an. Dans ce contexte, Abdulaziz Kamilov a également souligné que Tachkent soutenait les projets destinés au rétablissement économique de l’Afghanistan, notamment les projets du gazoduc TAPI, qui veut relier le Turkménistan, l’Afghanistan, le Pakistan et l’Inde. Le projet est actuellement au point mort.

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Le ministre ouzbek des Affaires étrangères a également déclaré à la conférence de Genève que son pays offrait à l’Afghanistan une aide multiple dans les domaines des transports, de l’énergie, du commerce et de l’enseignement. Tachkent envisage ainsi la construction d’un couloir ferroviaire reliant Mazâr-e Charif à Herat, toutes deux en Afghanistan, ce qui permettrait aux autorités afghanes de tirer 400 à 500 millions de dollars (349 à 436 millions d’euros) de bénéfices annuels du transit qui en découlerait et de créer près de 30 000 nouveaux postes.

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Abdulaziz Kamilov a indiqué qu’un complexe industriel serait créé sur le territoire de la zone économique libre de Termez, située à la frontière entre les deux pays, qui produirait des biens nécessaires au voisin afghan. Le commerce bilatéral entre les deux États a augmenté de 25 % au cours des derniers mois pour atteindre 600 millions de dollars (523 millions d’euros). Tachkent et Kaboul souhaitent porter à court terme ce chiffre à 1 milliard de dollars (872 millions d’euros).

Enfin, Abdulaziz Kamilov a mis en lumière l’aide humanitaire proposée par l’Ouzbékistan à ses voisins. La sécheresse estivale a en effet poussé Tachkent à acheminer plus de 3 000 tonnes de blé ainsi que des produits de consommation et des vêtements vers l’Afghanistan. En novembre, le président a lui-même offert en cadeau 25 autobus et machines agricoles à l’État voisin.

Traduit du russe par Pierre-François Hubert

Edité par Etienne Combier

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Le ministre des Affaires étrangères ouzbek Abdulaziz Kamilov a affirmé le 28 novembre 2018 être en faveur du projet CASA-1000.
UN Geneva via Visual Hunt
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