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En Ouzbékistan, la reprise en main des médias ?

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Licenciement du directeur de la chaîne nationale de télévision ouzbèke, début d’une « lutte sans précédent » contre les journalistes ne respectant pas la loi et les valeurs nationales : l’attitude de l’Ouzbékistan vis-à-vis des médias semble à nouveau se durcir, malgré un début d’ouverture depuis le début 2017.

Chavkat Mirzioïev, président de l’Ouzbékistan, a licencié Khurshid Mirzakhidov, le directeur de la Société nationale de Radio et Télévision ouzbèke (NTRK en russe) depuis février 2017, chargée de gérer les stations de radio et les chaines de télévision publiques, le 2 août.  Selon des sources de Sputnik.uz, ce licenciement fait suite à la diffusion sur les chaines publiques le 30 juillet dernier, du programme Tahlinoma (« Analyse »), qui présentait une vive critique d’Islam Karimov, premier président d’Ouzbékistan, décédé en septembre dernier.

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Dans l’émission diffusée le 30 juillet, l’ancien président Islam Karimov était décrit comme étant « toujours en concurrence avec les pays voisins pour le statut de leader (de la région) pour prouver sa supériorité. » Ce qui, selon l’émission, a engendré un enchevêtrement de problèmes que doit aujourd’hui résoudre le président Chavkat Mirzioïev.

Une « lutte sans précédent »

Si Babour Alikhanov, vice-directeur de NTRK, nommé directeur le lendemain du licenciement de son ancien chef, a souligné qu’il voulait faire ressentir le « vent de changement qui souffle dans le pays » et « rester dans l’air du temps », l’agence ouzbèke de la presse et de l’information, qui régule l’activité des chaînes de télévision et de radio, annonce quant à elle un durcissement de ses positions vis à vis des journalistes.

En effet, comme le rapporte Uz24, le directeur général de cette agence gouvernementale, Laziz Tangriev, a dans une lettre ouverte au titre sans équivoque de « Nous n’aurons pas de pitié envers ceux qui portent atteinte à notre culture. » Cette lettre annonce le début d’une « lutte sans précédent » contre les médias privés «  qui ne respectent pas les lois et les valeurs nationales » et qui « afin de gagner de l’argent ne font que ternir l’image du journalisme. » Une prise de position qu’il justifie par une comparaison entre presse et produit de consommation : « Pourquoi, écrit-il, lorsque l’on achète un produit de mauvaise qualité dans un magasin, peut-on se disputer avec le vendeur, mais ne dit-on rien lorsqu’il s’agit des publications privées qui nuisent à notre spiritualité et ont un effet néfaste sur la jeunesse ? »

L’agence de la presse et de l’information « ne préviendra plus en envoyant des lettres, et mettra [ces journalistes] devant leur responsabilités ». Selon la lettre, « ce combat commence dès aujourd’hui » afin que « le peuple sache ouvertement […] qui sont les ennemis de nos valeurs. »

Premier coup de frein à la libéralisation de la presse engagé au début 2017

L’ancien directeur de la télévision publique licencié pour la critique de l’ancien président Islam Karimov contenue dans l’émission Tahlinoma, avait justement été nommé durant les mois où le président Chavkat Mirzioïev déclarait que « le temps des hourras-hourras était passé sur la télévision publique. »

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La presse ouzbèke avait depuis pris des libertés impensables sous l’ancien président, citant des sources dans le gouvernement, chose impensable auparavant lorsque la presse se limitait à la relecture des communiqués de presse officiel publié par l’agence Uza.uz.

Cette reprise en main des média après quelques mois d’ouverture est clairement freinée par ce licenciement et cette lettre ouverte du régulateur des médias qui trace des limites claires : pas de critiques de l’ancien président (et donc de l’actuel président) et pas de critiques des « lois et des valeurs nationales » sous peine de licenciement, mais en « restant dans l’air du temps », comme l’a exprimé le nouveau directeur de la Télévision et Radio nationale.

La rédaction

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