Groupe 6+3 : l’Ouzbékistan rappelle son initiative à la communauté internationale

Dans son discours à l’occasion du 20ème anniversaire de l’adoption de la Constitution de l’Ouzbékistan, le président Islam Karimov a porté une attention particulière aux conséquences du retrait des forces de la coalition internationale de l’Afghanistan en 2014. Selon le chef d’Etat ouzbèk « (…) pour prévenir les conséquences négatives, il faut revenir à l'option la plus viable – la création d'un Groupe d’échange, qui comprend les voisins de l’Afghanistan, les Etats-Unis, la Russie et l’OTAN, sous les auspices de l'ONU » . Il est à noter que la même idée a été émise lors du 67ème sommet de l’Assemblée générale de l’ONU, en septembre dernier, par le Ministre des affaires étrangères de l’Ouzbékistan, Abdulaziz Kamilov.   
Quel est le sens de la proposition de Tachkent ? Quels avantages peuvent apporter cette initiative, et à quels défis fera-t-elle face ?

« 6+2 », un commencement assez fructueux

Dès les premières années de l’indépendance l’Ouzbékistan a été inquiété par la situation fragile en Afghanistan. Le problème afghan a été indiqué par Tachkent aux 48ème (1993) et 50ème (1995) sommets de l’Assemblée générale de l’ONU. Le 22 avril 1997, l’Ouzbékistan propose de créer un Groupe d’échange pour les négociations, contenant les pays voisins de l’Afghanistan, les Etats-Unis et la Russie (6+2). La période 1998-2001 a été marquée par les rencontres des participants à ce Groupe, pendant lesquelles les problèmes de la sécurité régionale, les moyens possibles pour la résolution du conflit afghan et d’autres questions importantes concernant le développement de l’Afghanistan ont été abordées.   

C’est en 1999 qu’eu lieu la rencontre la plus importante entre les représentants des pays du Groupe à Tachkent. A l’issue de celle-ci, la Déclaration de Tachkent sur « Les principes fondamentaux du règlement du conflit en Afghanistan » était adoptée. Les participants du Groupe ont alors proclamé que le conflit afghan doit-être résolu uniquement par des moyens pacifiques et appelé toutes les parties du conflit à commencer les négociations directes.  Il faut souligner, que la Déclaration de Tachkent a été ensuite le point de départ de la résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU SC/6743, accusant les talibans de déstabilisation de la situation en Afghanistan et de l'échec des efforts de maintien de la paix. De plus, une des particularités de la rencontre de 1999 était la participation, dans les négociations, des représentants de toutes les parties rivales de l’Afghanistan – les talibans et l’alliance du Nord.  Enfin et pour la première fois depuis 1979, les Etats-Unis et l’Iran étaient réunis à la table des négociations.

Cependant, le commencement de l’opération militaire contre Kaboul en 2001, inspiré par l’administration néoconservatrice de Washington a limité l’efficacité du fonctionnement du groupe. Il ne faut pas oublier que le but principal du « 6+2 » était la stabilisation de la situation et le maintien de la paix par des moyens pacifiques. Dès lors, il n’y a plus eu de pourparlers au sein du groupe depuis dix ans.

« 6+3 », un variant pour l’après 2014 ?

Lancée en 2008 au sommet de l’OTAN à Bucarest, une nouvelle initiative ouzbèke sur la résolution du conflit en Afghanistan contient les principes suivants : la priorité du règlement des questions économiques et sociales ; le respect des valeurs religieuses, culturelles et des coutumes du peuple afghan ; la stabilisation par palliers de la situation politique et la résolution des problèmes frontaliers avec le Pakistan. De plus, Tachkent a proposé de relancer le fonctionnement du Groupe d’échange en le transformant en « 6+3 » (les anciens membres de « 6+2 » + l’OTAN).

Le président afghan Hamid Karzaï et le secrétaire général de l OTAN Jaap de Hoop Scheffe lors du sommet de Bucarest. Crédit : andrei.foto
Le président afghan Hamid Karzaï et le secrétaire général de l'OTAN Jaap de Hoop Scheffe lors du sommet de Bucarest. Crédit : andrei.foto

Ce nouveau format semble être logique, car il contient les pays voisins qui s’intéressent à l’Afghanistan stable, la Chine, la Russie et l’OTAN qui effectue l’opération militaire. En même temps, la réalisation de l’initiative fait face à des défis sérieux. Les relations tendues entre les Etats-Unis et l’Iran tout d’abord, avec Téhéran qui essayerait d’empêcher la participation de l’OTAN dans le Groupe. Les tensions autour du programme nucléaire iranien n’influenceront pas positivement sur la coopération des deux Etats au sein du « 6+3 ». En revanche, l’exemple des négociations à Tachkent en 1999 a donné des raisons d’être optimiste, bien que la présence des deux pays ait été formelle.

Le deuxième défi réside dans les relations américano-pakistanaises, déstabilisées après l’opération de liquidation de Ben Laden en mai 2011 et par l’utilisation des drones pendant les opérations militaires américaines. Elles pourraient devenir un obstacle pour le fonctionnement efficace du Groupe.     

Néanmoins, la proposition ouzbèke reste aujourd’hui la seule vision d’une structure qui s’occuperait du processus de maintien de la paix en Afghanistan après 2014. Le fait que le gouvernement de l’Ouzbékistan ait pris cette initiative montre le souci qu’a Tachkent pour la sécurité régionale, et son intérêt à la stabilisation des pays voisins. La communauté internationale pourrait prendre l’initiative d’un Groupe d’échange « 6+3 » comme base pour les négociations. 

Enfin, il faut faire attention aux autres acteurs importants, qui pourront être inclus dans le travail du Groupe. En premier lieu l’Inde, qui a signé en octobre 2011 un Traité de partenariat stratégique avec Kaboul. Vient ensuite l’Arabie Saoudite, présenté en leader historique des musulmans sunnites. A cet égard, l’influence religieuse de Riyad sur certains peuples afghans est importante. Le Qatar vient compléter ce trio, lui qui devient de plus en plus actif sur la scène internationale. A cet égard, un bureau politique des Taliban a été ouvert en 2012 à Doha.   

Yuriy Sarukhanian
Rédacteur en chef de Francekoul.com en Ouzbékistan

Relu par Stéphane Vinçon

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