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La France restitue 10 millions de dollars à l’Ouzbékistan

Le 14 mai dernier, les autorités françaises ont versé à l’Ouzbékistan 10 millions de dollars, correspondants aux biens mal acquis en France de Goulnara Karimova, la fille du premier président ouzbek Islam Karimov. Depuis sa condamnation en 2015 pour détournements de fonds, les autorités de différents pays étrangers dont la France œuvrent pour restituer les avoirs gelés de l’héritière.

Les remous autour de l’affaire Goulnara Karimova continuent. Le 14 mai dernier, les autorités françaises ont rendu 10 millions de dollars (9,1 millions d’euros) à l’Ouzbékistan, rapporte le média ouzbek Kun.uz. Cette somme correspond à plusieurs biens immobiliers dits « mal acquis » par la fille du premier président ouzbek Islam Karimov (1989-2016), condamnée à plusieurs reprises pour des faits de corruption en Ouzbékistan. Ces fonds iront directement dans le budget de l’État, a annoncé le ministère de la Justice ouzbek. Dans le cadre des biens mal acquis, la restitution des avoirs saisis est une première pour la France.

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Si la nature précise de ses avoirs reste inconnue, l’héritière de l’ancien président possédait des résidences de luxe en France, comme un appartement des immeubles Walter dans le XVIème arrondissement, une villa à Saint-Tropez, ainsi que le château de Groussay, dans les Yvelines, saisis en 2017 par la justice française. Le montant total avoisinerait les 60 millions d’euros. Cette décision était attendue depuis l’été 2019, lorsqu’un accord avait été passé entre la justice française et l’Ouzbékistan.

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C’est une nouvelle victoire pour la justice ouzbèke dans la course à la recherche des biens mal acquis de Goulnara Karimova. Soupçonnée depuis 2012 par la justice suisse, puis par les autorités judiciaires françaises, la fille d’Islam Karimov a été reconnue coupable en août 2015 d’extorsion et évasion fiscale, et a été condamnée à une peine de cinq ans de restriction de liberté, selon le média ouzbek Gazeta.uz. 

Des propriétés un peu partout en Europe

Le 18 mars dernier, elle a été reconnue coupable de l’organisation d’une association de malfaiteurs, d’extorsion de fonds, de détournement de la voie d’appropriation et de détournement de fonds, de blanchiment des revenus tirés de l’activité criminelle et d’autres infractions par le tribunal de Tachkent. Elle est alors condamnée à 13 ans et 4 mois d’emprisonnement. La fille de l’ancien président  séjourne depuis mars 2019 en détention dans la région de Tachkent, la capitale.

Le montant des dommages causés par l’ensemble de ses crimes s’élève à 3,8 milliards de soums, soit plus de 340 millions d’euros, d’après le ministère de la Justice ouzbek. Le restant de ses actifs criminels s’élèverait à 1,3 milliard de dollars (près d’1,2 milliard d’euros), toujours selon le ministère, et serait réparti dans différents pays.

La fille de l’ex-président possédait également des actifs dans d’autres pays étrangers. En juin 2019, 130 millions de francs suisses (122,1 millions d’euros) ont été restitués à l’Ouzbékistan, d’après Gazeta.uz. Cela représente un sixième de la valeur des biens saisis appartenant à Goulnara Karimova en Suisse. 70 objets d’art ont également été saisis lors de la perquisition dans sa villa à Genève. Selon le parquet suisse, encore plus de 650 millions de francs suisses restent gelés, soit plus de 610 millions d’euros.

En Grande Bretagne, trois propriétés et des fonds d’une valeur de plus de 10 millions de livres sterling (12 millions d’euros) lui appartiennent, selon une liste de ses biens divulguée sur The Gazette.

Une fortune bâtie entre corruption, blanchiment d’argent et menaces 

Parmi les méthodes de Goulnara Karimova figurait la réception de pots-de-vin d’entreprises de télécommunications en échange de son soutien lors de leur implantation dans le marché ouzbek, comme l’explique Gazeta.uz. Les entreprises américaine et néerlandaise MTS et Veon (anciennement VimpelCom) ont ainsi versé entre 2006 et 2012 420 millions de dollars (385 millions d’euros) et 114 millions  de dollars (104 millions d’euros), tandis que le groupe suédois Telia entre 2007 et 2010 en a versé 331 millions (303 millions d’euros). Cet argent a ensuite été blanchi aux États-Unis, comme l’accusent les autorités américaines.

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Entre 2004 et 2013, des pratiques de blanchiment d’argent ont également été identifiées en Suisse. Des sommes d’argent ont été déposées sur des comptes bancaires au nom d’une personne de la famille de Goulnara, pour ne pas laisser l’accès à sa véritable identité. Le rapport du ministère de la Justice indique que des systèmes de corruption illégaux ont été utilisés pour blanchir de l’argent également en Lettonie, en Suède et aux Pays-Bas.

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En 2019, une autre affaire pénale en Ouzbékistan a révélé que la fille du président était à la tête d’une association criminelle, et y dirigeait des groupes organisés. Dans le milieu des entreprises industrielles, « elle forçait les citoyens et les propriétaires de diverses entreprises à ré-enregistrer leurs biens sur les entreprises contrôlées par elle », a déclaré le bureau du procureur général. La plupart de ses complices purgent maintenant leur peine en prison.

Une femme d’affaires sulfureuse 

La figure de Goulnara Karimova dans les médias occupe une place très controversée. Souvent associée au luxe et à la richesse, son image renvoie le portrait d’une femme au pouvoir illimité.  

En 2010 déjà, une série de dépêches diplomatiques dévoilées par Wikileaks décrivent Goulnara Karimova comme la personne la plus détestée de son pays. Plusieurs témoignages affirment en effet qu’elle est une personne cruelle et obstinée, comme celui de Jasour Abdurahmonov, entrepreneur et ancien collaborateur de l’héritière. Il raconte dans une interview accordée au média Kun.uz qu’il aurait été forcé de quitter le pays et s’est fait accuser de crimes après avoir refusé la demande en mariage de Goulnara Karimova. 

L’héritière ressemble à une femme d’influence ayant la main mise sur la plupart des marchés économiques ouzbeks. La lettre ouverte de son fils sur Instagram, Islam Karimov Jr, que l’on peut retrouver sur le site de la BBC, révèle d’ailleurs l’étendue de ses propriétés en Ouzbékistan. Sa mère possèderait une multitude de propriétés et de groupes industriels, et il démontre que certains de ses biens ont été saisis illégalement par la justice. Cependant, certains industriels ouzbeks démentent ces informations dans une interview sur Kun.uz, et affirment qu’il ne collaborent pas avec elle, comme le maintient son fils.

Emma Collet
Rédactrice pour Novastan 

Relu par Anne Marvau

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La France a restitué une partie des biens acquis de manière criminelle par Goulnara Karimova. (illustration)
World Economic Forum via Visual Hunt
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