Madrassa Ulugh Beg Samarcande Ouzbékistan

La gestion du patrimoine culturel ouzbek critiquée par l’UNESCO

Dans le cadre de la 43ème session du Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO, l’état des trois sites ouzbeks de la liste du patrimoine mondial a été particulièrement discuté. Les critiques adressées par l’organisation internationale à l’Ouzbékistan ont mené à la fois à des tensions politiques et à une reconsidération des conditions de sauvegarde des sites.

La 43ème session du Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO s’est déroulée du 30 juin au 10 juillet derniers à Bakou, capitale de l’Azerbaïdjan, et a été particulièrement mouvementée pour l’Ouzbékistan, critiqué pour sa gestion du patrimoine culturel des villes de Samarcande, Boukhara et Chakhrisabz. Le dialogue tendu entre la délégation ouzbèke et les représentants de l’organisation internationale a provoqué une effervescence politique en Ouzbékistan.

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Selon l’UNESCO et ses organes consultatifs tels que le Conseil international des monuments et des sites (ICOMOS), les trois sites historiques sont menacés par une urbanisation accélérée, qui implique notamment la construction d’immeubles résidentiels, d’hôtels et d’autres infrastructures touristiques. Ces inquiétudes sont exprimées dans un rapport préliminaire à la session du Comité.

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À Samarcande, les projets de construction prévus dans le cadre du sommet de l’Organisation de la coopération de Shanghai (OCS) de 2022 sont jugés particulièrement préoccupants, d’autant que le Comité a affirmé dans son rapport que l’Ouzbékistan ne lui avait pas fourni toutes les informations requises par le protocole de l’UNESCO.

Un patrimoine en péril ?

La ville de Chakhrisabz est inscrite sur la liste du patrimoine mondial en péril depuis 2016, et a couru le risque d’être rayée du patrimoine mondial de l’UNESCO. Samarcande et Boukhara ont également été menacées de suivre la trajectoire de Chakhrisabz en rejoignant la liste du patrimoine mondial en péril. En définitive, les trois sites ouzbeks ont échappé à tout changement de statut. Comme le rapporte le média russe Fergananews, les décisions ont été prises le 2 juillet dernier pour Chakhrisabz et le 4 juillet dernier pour Samarcande et Boukhara.

Session Comité Patrimoine Mondial UNESCO Bakou Capitale Azerbaïdjan

Un certain nombre de conditions ont cependant été imposées à l’Ouzbékistan par l’organisation internationale, en vue de sortir Chakhrisabz de la liste du patrimoine en péril et d’éviter que Samarcande et Boukhara ne se retrouvent sur cette liste. Concernant Chakhrisabz par exemple, un délai de deux ans a été accordé aux autorités ouzbèkes pour redéfinir les limites du site, dont de larges pans ont été détruits ou altérés par des constructions modernes. Autrement, une nouvelle candidature à la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO doit être posée.

Une attitude ambiguë de l’Ouzbékistan

Le dialogue entre le Comité du patrimoine mondial et la délégation ouzbèke s’est révélé particulièrement délicat, et le média Kun.uz n’a pas hésité à dénoncer la duplicité des représentants de l’Ouzbékistan. Selon lui, « [l’implication de l’Ouzbékistan dans les efforts de préservation du patrimoine culturel mondial] apporte, outre le respect accordé au pays, des avantages considérables au tourisme et à d’autres secteurs de l’économie. Mais seulement lorsque nous sommes honnêtes et ouverts. Les documents que les responsables ouzbeks ont apportés à Bakou nous obligent à penser que ce n’est pas toujours le cas… »

Fergananews pose le même constat en relevant par exemple le fait que le communiqué officiel du ministère des Affaires étrangères ouzbek a complètement éludé les critiques du Comité sur la situation préoccupante de Boukhara. Les remarques sur la destruction d’éléments constitutifs de la « valeur universelle exceptionnelle » du site, et le rapport alarmant du Conseil international des monuments et des sites (ICOMOS), qui faisait état en 2018 de l’inefficacité de la gestion du patrimoine, sont complètement omises.

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Les autorités ouzbèkes n’ont retenu, dans leur communication, que les commentaires les plus encourageants de l’UNESCO, tels que la reconnaissance du « Comité directeur des sites du patrimoine mondial » et du « Groupe de travail inter-institutions sur les problèmes émergents », créés pour prendre en charge la préservation des sites culturels.

Le temps de la réaction

À l’issue de la 43ème session du Comité du patrimoine mondial à Bakou, le secrétaire exécutif de la Commission nationale de l’Ouzbékistan pour l’UNESCO, Alisher Ikramov, en poste depuis 1994, a été démis de ses fonctions. Aucun motif n’a été officiellement évoqué, mais selon Fergananews, ce licenciement est la démonstration du sentiment d’échec de l’Ouzbékistan, qui a subi trois décisions négatives en une seule session du Comité du patrimoine mondial.

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Néanmoins, malgré cette lecture sélective des conclusions de l’UNESCO, l’État ouzbek n’est pas resté inactif face aux problématiques soulevées ces derniers jours. Au cours d’une réunion du gouvernement, Saïda Mirzioïeva, fille du président Chavkat Mirzioïev et directrice adjointe de l’agence pour l’information et les communications de masse, a attribué les problèmes de préservation à des « approches incompétentes », comme le rapporte Uznews. Dans une déclaration publiée sur son compte Facebook officiel le 9 juillet dernier, elle a déploré le fait que ces problèmes risquent de conduire à une dégradation de l’image de son pays sur la scène internationale, et a appelé à une révision des politiques de gestion du patrimoine.

Une nouvelle mesure vient d’ailleurs d’être adoptée par la chambre basse du parlement ouzbek, visant à sanctionner plus sévèrement, sous la forme d’amendes ou de peines de travail d’intérêt général, la destruction ou la détérioration d’éléments du patrimoine culturel sous la protection de l’État, comme l’a annoncé Podrobno.uz. Enfin, l’organisation d’une conférence internationale sur le patrimoine culturel à Samarcande, annoncée pour août prochain, et qui doit profiter de la présence d’Audrey Azoulay, directrice générale de l’UNESCO, augure le maintien de la préservation du patrimoine à l’ordre du jour ouzbek pour les mois à venir.

Magomed Beltouev
Rédacteur pour Novastan

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Madrassa de Ulugh Beg, à Samarcande.
Flickr/Allan Grey
Photographie de la 43ème session du Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO, qui s’est tenue du 30 juin au 10 juillet 2019 à Bakou, capitale de l’Azerbaïdjan.
mct.gov.az
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