Vue de Tachkent

La presse ouzbèke s’indigne des menaces du régulateur

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L’annonce d’une lutte sans pitié contre les médias « qui ne respectent pas les lois et les valeurs nationales » de l’Ouzbékistan a suscité de vives réactions publiques de journalistes qui n’ont pas hésiter à ouvrir un débat très critique vis-à-vis des autorités.

La « lutte sans précédent » de l’agence ouzbèke de la presse et de l’information (OuzAPI en russe) contre les médias privés, annoncée dans une lettre ouverte le 3 août dernier, fait couler l’encre en Ouzbékistan. La journaliste Lola Islamova, rédactrice en chef du site d’information Anhor.uz, a ainsi à son tour publié une lettre ouverte le 7 août.

Le directeur de l’OuzAPI, Laziz Tangriev, a par la suite clarifié ses propos le 9 aout, révélant notamment que son agence travaille à donner un cadre juridique à sa « lutte ».

La presse contre-attaque

Dans cette tribune, Lola Islamova défend l’indépendance du journalisme, à ses yeux menacée par les récriminations de Laziz Tangriev, et donne sa vision d’une régulation des médias juste.

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S’adressant directement à Laziz Tangriev, la journaliste se réjouit que les autorités ouzbèkes s’adressent directement aux médias mais remarque qu’aucune agence gouvernementale n’a le droit de définir ce que « les citoyens ‘peuvent’ savoir et ce qui est indésirable » et que le droit à l’information est « garanti par la Constitution de l’Ouzbékistan ». Sa critique se fait virulente, comparant « toute lutte sans compromis » —et donc le combat sans pitié annoncé par Laziz Tangriev—à l’Inquisition.

Elle ne nie cependant pas l’utilité d’une « critique objective et constructive » des médias et a deux suggestions à cet égard : la création d’un « codex nationale de l’éthique journalistique » qui concerne médias publics comme privés et la traduction des publications de l’OuzAPI en russe pour qu’elles soient accessibles à ceux qui ne maitrisent pas l’ouzbek.

Mais au-delà des opinions exprimées dans la lettre ouverte de Lola Islamova, c’est son existence et le soutien qu’elle reçoit dans un pays souvent critiqué pour ses atteintes à la liberté de la presse qui surprend. En effet, la rédaction du site Podrobno.uz déclare « se joindre aux appréhensions de Lola Islamova » et ajoute qu’il n’est pas temps de « se battre contre des ‘moulins à vent’ mais de se préoccuper du développement du journalisme, qu’on a pratiquement ‘tué’ ces dix dernières années ».

Vers une régulation inscrite dans la loi

Laziz Tangriev a précisé ses propos lors d’une conférence de presse organisée par l’OuzAPI le 9 août, indiquant que l’agence et le ministère de la Justice travaillent ensemble à une modification de l’actuelle loi sur les médias. Comme le rapporte le site norma.uz, la majeure partie de ces changements concernent la responsabilité des médias dans les domaines de « la fiabilité et la spiritualité » des informations.

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Si le gouvernement ouzbek, après un début d’ouverture, semble reprendre en main les médias du pays, il semble donc que les journalistes se sentent désormais plus libres de critiquer ouvertement ces décisions. Le président Chavkat Mirzioïev s’est même servi d’un reportage (diffusé sur la chaîne Uzbekistan 24) sur les conditions de vie difficiles dans les régions pendant une réunion avec les gouverneurs des régions et les maires des grandes villes, montrant une certaine volonté de faire de la presse un moyen de réforme de l’Etat.

Valentine Baldassari
Rédactrice en chef adjointe de Novastan

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