Eau Potable Tachkent Ouzbékistan

La tragédie de l’eau potable à Tachkent

86% des habitants de la région entourant la capitale de l’Ouzbékistan, soit plus de 2,3 millions de personnes, ne sont pas raccordés à l’eau courante. En parallèle, de nombreuses exploitations et industries ne traitent tout simplement pas leurs eaux usées.

Novastan reprend et traduit un article initialement publié par le média ouzbek Kun.uz.

La province de Tachkent, la région qui entoure la capitale de l’Ouzbékistan, compte plus de 2,8 millions d’habitants. Pourtant, 86 % d’entre eux, soit plus de 2,3 millions de personnes, ne sont pas raccordées à l’eau courante. Si les six grandes villes de la province disposent bel et bien d’un système de raccordement, elles ne représentent que 42 % de la population totale.

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Pour tenter d’améliorer la situation, la problématique a été au cœur des débats lors d’une réunion tenue le 12 mars dernier au Comité sénatorial de l’eau et de l’environnement, chargé de faire appliquer la loi sur la gestion de l’eau à l’échelle locale. « La province compte près de 620 000 exploitations agricoles et plus de 36 000 industries. Parmi celles-ci, 22 % à peine sont reliées au tout-à-l’égout », a souligné le président du Comité Bahodir Tadjiev.

Des infrastructures hors-d’âge

Où sont déversées les eaux usées des autres exploitations ? Une grande partie de ces eaux usées est rejetée dans deux canaux, le Tchirtchik et le Bozsou, dans le plus profond mépris des procédures d’exploitation et de protection des installations hydrauliques. En outre, les délais prévus pour la remise en état et la modernisation de ces installations ne sont pas respectés, pointe Kun.uz.

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Un bref examen de l’état des infrastructures et des terrains adjacents suffit pour comprendre que les normes d’hygiène et d’assainissement ne sont pas la priorité, loin s’en faut.

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En vertu d’un décret présidentiel, la mise en place et la rénovation des installations d’approvisionnement en eau et d’assainissement ainsi que la gestion et la coordination des activités dans ce domaine constituent la priorité du ministère du Logement et des Services publics. Le ministère ne semble toutefois pas en avoir été informé.

Les autorités non concernées

Comme l’a noté le sénateur Bahodir Tadjiev, le ministère n’a pas respecté les délais fixés par le décret pour reconstruire le réseau de distribution d’eau dans les régions de Yangiyoul, de Tchinaz et de Bostanlyk.

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« Sur les 9 installations de traitement des eaux mises à disposition de la société publique Souvokava, aucune ne fonctionne. Pas moins de 28 milliards de soums (2,9 millions d’euros, ndlr) ont pourtant été alloués à Souvokava pour les exploiter, mais la réalité est très loin des attentes », explique le sénateur.

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On estime que 80 millions de mètres cube d’eaux usées sont déversés chaque année dans les cours d’eau locaux sans être biologiquement et chimiquement épurés. Aucun traitement systématique n’a été mis en place pour assainir les eaux usées polluées par les exploitations avicoles et industrielles. Tout se retrouve dans le Tchirtchik.

Un taux de maladies « préoccupant »

« La station de traitement d’Almalyk, qui collecte les eaux usées de plus de 45 000 habitants, ne dispose que d’un seul collecteur de déchets. Sans traitement biologique et chimique, l’eau est directement évacuée », a ajouté Bahodir Tadjiev.

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Le représentant du ministère, Mouhammad Aliev, a défendu pour sa part la dynamique positive mise en place dans l’industrie, tout en admettant qu’il faudra encore beaucoup de temps pour atteindre les objectifs.

Le responsable du contrôle sanitaire et épidémiologique du ministère de la Santé, Dilmourod Mirzaboïev, a précisé le rôle essentiel joué par les eaux usées dans la propagation de maladies infectieuses. « Le taux de maladies gastro-intestinales dans la province ne cesse d’augmenter. Nous avons même craint une épidémie de choléra, vu le nombre de malades », a-t-il expliqué. Après un passage en station d’épuration, l’eau courante est acheminée vers les foyers. Toutefois, l’état déplorable de ces stations est très préoccupant.

Traduit du russe par Pierre-François Hubert

Edité par Etienne Combier

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Les habitants de la région de Tachkent, la capitale ouzbèke, sont très peu nombreux à avoir l’eau courante.
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Les infrastructures d’assainissement de l’eau sont hors d’âge.
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Une infrastructure de traitement des eaux usées.
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