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Le climat se réchauffe en Ouzbékistan deux fois plus vite que la moyenne mondiale

En un peu plus d’un siècle, Tachkent s’est réchauffée de près de 2°C. Une situation comparable a été constatée un peu partout dans le pays le plus peuplé d’Asie centrale.

Novastan reprend et traduit ici un article initialement publié par le média ouzbek Gazeta.uz.

Entre 1890 et 2010, la température moyenne à Tachkent, la capitale de l’Ouzbékistan, a augmenté de 1,7°C, contre 0,7°C à l’échelle mondiale. C’est ce qu’a rapporté le 4 juin dernier Olga Belorussova, cheffe de laboratoire en charge de la surveillance de la contamination des sols au sein d’Uzgidromet, le Centre de service hydrométéorologique de la République d’Ouzbékistan.

D’après les observations d’Uzgidromet, une élévation moyenne de la température de l’air est observée dans tout le pays. Au cours des 60 dernières années, le nombre de jours affichant des températures supérieures à 40°C a bondi dans tout le pays, en particulier dans la région centrale.

Cette forte augmentation de la température moyenne dans la capitale ouzbèke en comparaison des moyennes mondiales peut s’expliquer par la prise en compte d’une variable : la concentration élevée de gaz à effets de serre.  « Selon les résultats de l’Observatoire des gaz à effets de serre, la contribution du dioxyde de carbone aux émissions totales est passée de 63% à 51% entre 1990 et 2012. La part des émissions de méthane dans les émissions totales est quant à elle passée de 30% à 43% », a déclaré Olga Belorussova.

Les transports pointés du doigt

Plusieurs facteurs contribuent à cette importante pollution atmosphérique : le secteur énergétique, les infrastructures dédiées aux transports, le secteur dédié à l’élevage et la crise de la mer d’Aral. Ces nombreux éléments ont été discutés lors d’une conférence le 4 juin dernier, à l’occasion de la Journée mondiale de l’Environnement.

Selon Uzgidromet, la part des émissions de gaz à effets de serre directement imputable au secteur de l’énergie (transports, génie thermique et électrique, services publics de construction) était de 82% en 2012. L’agriculture représentait 10% du total, tandis que 4% étaient imputables à la gestion des déchets et aux processus industriels.

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À ce jour, plus de 2 millions de véhicules sont enregistrées en Ouzbékistan. Parmi ceux-ci, 44% fonctionnent à l’essence, 15% au diesel et 41% au gaz. Rano Baykhanova, spécialiste du climat au Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), a insisté sur le fait que les gaz émis par les voitures contiennent plus de 200 substances toxiques qui causent environ 4 000 décès prématurés par an.

En Ouzbékistan, au niveau national, les transports motorisés sont la source de 60% de la pollution atmosphérique globale. C’est trois fois plus élevé que les indicateurs moyens établis dans les pays développés et en développement.

Une pollution atmosphérique citadine…

Selon un rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) datant de 2016, 92% de la population mondiale ne respire pas un air pur. Environ 7 millions de personnes meurent chaque année des conséquences de la pollution atmosphérique. Les personnes vivant à proximité des autoroutes ont 12% plus de risques de développer une maladie.

La pollution de l’air entraîne des maladies respiratoires aiguës et chroniques et ralentit également le développement mental des enfants selon Ouktam Outaïev, vice-président du Comité d’État ouzbek pour l’écologie et la protection de l’environnement. Il a également ajouté que la réduction de la pollution atmosphérique était la thématique centrale de la Journée mondiale de l’environnement de 2019.

… et venant de la mer d’Aral

En Ouzbékistan, les environnements citadins ne sont pas les seuls à polluer l’atmosphère. Le désert d’Aralkoum, qui a pris la place de la mer d’Aral après sa quasi-disparition, est une grave source de pollution atmosphérique car il est devenu un foyer de tempêtes de sel et de poussières toxiques. On retrouve ces particules de poussière du désert d’Aralkoum bien au-delà des frontières avec le Kazakhstan, selon les déclarations de la coordinatrice résidente des Nations unies en Ouzbékistan, Helena Fraser. Et ce malgré le fait que les autorités ouzbèkes l’aient déclaré comme « non dangereuse » peu après la première tempête de ce type, en mai 2018.

Mer d'Aral Ouzbékistan Environnement

Ouktam Outaïev a rappelé que, dans le cadre de l’Accord de Paris, l’Ouzbékistan s’était engagé à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 10% par rapport au niveau de 2010 d’ici 2030. Dès 2023, l’Ouzbékistan a l’intention de procéder à une réévaluation de ses engagements selon les efforts accomplis. Cependant, ces mesures ne sont pas suffisantes selon Ouktam Outaïev.

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Malgré une situation délicate, tout n’est pas perdu. Selon le chef du Département de la protection de l’atmosphère du Comité d’État pour l’Ecologie, Oumidjon Abdoujalilov, plusieurs choses sont nécessaires pour réduire les émissions de dioxyde de carbone. Tout d’abord, il faut mettre en place des installations à cycle alterné pour la combustion et prévoir une utilisation secondaire des gaz issus de cette combustion pour la production d’énergie. L’utilisation d’énergies renouvelables pourrait également être une importante contribution à la réduction des émissions de CO2.

L’éducation environnementale, possible solution

L’éducation pourrait également faire partie des solutions. « L’enseignement tiré des pays développés montre que l’éducation environnementale au sein des écoles est l’un des meilleurs moyens de sensibiliser la population aux problématiques du développement durable et au défi de la survie de l’Humanité » a déclaré Ouktam Outaïev. « L’objectif principal du développement de l’éducation environnementale est de former et sensibiliser les nouvelles générations aux thèmes de l’écologie, des apports potentiels des techniques innovantes à ce défi. Des programmes environnementaux seront introduits dans les établissements scolaires et universitaires », a ajouté le vice-président du Comité national de l’écologie.

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Des spécialistes du PNUD et du Comité d’État pour l’écologie ont présenté des manuels à l’intention des citoyens et des agriculteurs. Ces précis portant sur différents sujets comme la culture du bois de chauffage dans des conditions climatiques diverses afin d’améliorer la situation écologique dans le désert et la steppe. Ils proposent également des conseils pour augmenter les revenus des agriculteurs tout en respectant l’environnement.

Les hydrofluorocarbures bientôt abandonnées

Selon Khourchid Roustamov, chef du groupe chargé du développement durable du bureau du PNUD en Ouzbékistan, le PNUD et le Comité national pour l’écologie ont lancé un programme de construction de bâtiments économes en énergie dans les zones rurales. L’Ouzbékistan a également pris la décision d’abandonner complètement les hydrofluorocarbures, qui détruisent la couche d’ozone.

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« Dans la zone sanitaire entourant les industries dangereuses, il faut cultiver des plantes qui absorbent les métaux lourds et purifient l’air. Autour de ces zones, souvent la terre est contaminée. La poussière transporte des substances nocives. Par conséquent, chaque entreprise doit prendre ses responsabilités et opérer un changement d’approche », a déclaré la professeure du département d’écologie de l’Université Nationale, Toura Rakhimova.

Seul 60% du territoire est surveillé

« Seulement 60% du territoire total de l’Ouzbékistan est soumis à une surveillance  environnementale. Nous avons des laboratoires environnementaux parmi les moins développés. Les investissements dans l’écologie augmentent lentement. Nous voulons envoyer des recommandations au gouvernement ouzbek pour encourager l’accroissement des investissements dédiés au domaine environnemental » a déclaré Yusufjon Shadimetov, professeur d’écologie à l’Institut de Tachkent.

Plus spécifiquement, Rano Baykhanova a souligné l’importance de l’implémentation d’un système de transports publics électriques à Tachkent. Ce projet est prévu dans le cadre du programme du développement des transports sur la période 2019-2025. Il prévoit d’optimiser les réseaux de transports en commun, de créer des voies réservées aux transports en commun, de développer des pistes cyclables et des espaces verts.

Traduit du russe par Clara Durand

Edité par Etienne Combier

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Le réchauffement climatique se fait particulièrement ressentir en Ouzbékistan (photo d’illustration).
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