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Le coton ouzbek : de la guerre de Sécession américaine aux problèmes actuels

Ultra dépendant de la culture du coton depuis l’Union soviétique, l’Ouzbékistan peine à sortir de cette monoculture, synonyme d’émigration massive et de fragilité économique.

Novastan reprend et traduit ici un article initialement publié par le Central Asian Analytical Network.

Lorsque des tirs d’artillerie ont résonné à Fort Sumter le 12 avril 1861, ils marquèrent non seulement le début de la guerre de Sécession aux États-Unis, mais annonçaient aussi le bouleversement de l’industrie mondiale du coton. Le coton américain, dont 80 % était exporté en Angleterre,  fut immobilisé, les prix s’envolèrent et, aux quatre coins du monde, de l’Australie jusqu’en Inde et en Égypte, les producteurs se ruèrent sur les champs de coton, délaissant le blé et les autres cultures.

Le coton a été l’une des raisons pour l’Empire russe de poursuivre son expansion en Asie centrale. En plus des raisons géopolitiques, le pouvoir russe était mu par un appétit économique lié à la recherche de ressources en coton qui lui soient propres afin de satisfaire les besoins de l’industrie textile russe, dont la demande en coton était extrêmement forte après les années 1860.

L’Asie centrale, définie comme centre de la culture cotonnière pour la Russie

À la fin du XIXème siècle, la montée des prix du coton américain et son acheminement difficile poussèrent le pouvoir russe à se lancer lui-même dans la culture du coton au Turkestan. La Russie était résolue à faire de cette région le centre de la culture cotonnière de son empire :

« Le nord et le nord-est (le Kazakhstan et le Kirghizstan), dont les conditions climatiques ne permettaient pas de cultiver du coton et où la population était nomade, furent définis comme des terres de réserve pour les paysans-colons venus de l’est de la Russie et de l’Ukraine. Les régions du sud, où la population était sédentaire et concentrée dans différents oasis au climat favorable à la culture du coton, furent, elles, définies comme le centre de culture cotonnière pour répondre aux besoins de l’industrie textile russe » décrit l’historien Viacheslav Baklanov.

Néanmoins, l’Asie centrale ne pouvait pas satisfaire toutes les exigences de l’industrie russe étant donné que Khiva et Boukhara n’avaient pas encore été entièrement absorbées par l’Empire russe. Ces khanats, même s’ils faisaient partie de la Russie, détenaient un pouvoir presque illimité sur les affaires internes. La Russie était toujours contrainte d’acheter du coton aux États-Unis. Ainsi, 60 % du coton était importé. C’est en 1910 que la question de faire des khanats de Boukhara et de Khiva de véritables colonies de la Russie commença à se poser.

La Première guerre mondiale, frein aux volontés russes

C’est ce à quoi la presse russe de l’époque invita le pouvoir impérial. Cette dernière comparait Boukhara à la Tunisie française dans une série d’articles, dont un en particulier qui soutenait qu’ « un État européen comme la Russie doit prendre exemple sur la France en Tunisie et gouverner la vie de ce pays asiatique barbare », ainsi que tirer avantage du potentiel de l’émirat en faveur des intérêts russes afin d’y élargir les champs de coton, ce qui « aidera le marché russe du coton à se libérer de sa dépendance vis-à-vis des États-Unis », décrit Viacheslav Baklanov dans son étude du Turkestan.

L’entrée de l’Empire russe dans la Première Guerre mondiale repoussa l’annexion de l’émirat de Boukhara et du khanat de Khiva. Ce faisant, le Turkestan n’a pas pu garantir l’indépendance cotonnière de l’État russe avant la révolution. C’est seulement à partir des années 1930, après la victoire sur les « Basmatchi » (c’est-à-dire l’annexion définitive de l’Asie centrale), que la Russie, désormais sous le nom d’URSS, acquit une véritable indépendance dans le domaine du coton.

L’indépendance économique, nouveau graal soviétique

Les nouvelles autorités russes, les bolchéviques, et en particulier « V. I. Lénine, accordant une importance considérable au développement de l’industrie cotonnière, rapprochaient la valeur économique de cette dernière à celle du charbon de Donetsk et du pétrole de Bakou et considéraient la réalisation de l’indépendance cotonnière du pays (l’URSS) comme l’une des conditions essentielles du succès de la construction socialiste. » explique Azada Shavkatovna Khakimova dans son ouvrage sur les rôles des conseils d’Ouzbékistan pour atteindre cette sacro-sainte indépendance.

Fontaine Coton Ouzbékistan

« Atteindre l’indépendance technique et économique complète du pays devint l’un des éléments principaux du plan de Lénine pour édifier le socialisme en URSS… Le parti communiste et l’État soviétique, estimant largement le rôle et l’importance de l’industrie du coton dans l’accroissement du potentiel économique du pays, ont élaboré sur une période allant de 1928 à 1932 un programme complexe de redressement de cette branche de l’économie nationale de l’URSS. Dans la réalisation de ce programme, l’Ouzbékistan occupait une place toute particulière en tant que principal centre cotonnier de l’URSS », décrit l’historienne, dans un ouvrage de 1984.

L’Ouzbékistan : principal centre cotonnier de l’Union soviétique

Créée en 1942, la République socialiste soviétique d’Ouzbékistan (RSSO ou Ouzbékistan) fut transformée en principal centre cotonnier de l’Union soviétique et devait garantir l’indépendance cotonnière du pays.

À partir de 1938, de grands chantiers nationaux sont lancés en Ouzbékistan destinés à la construction de canaux d’irrigation pour les plantations de coton, chantiers auxquels participèrent aussi bien les ruraux que les citadins. Tous ces canaux furent bâtis selon la méthode des chantiers nationaux : le grand canal de Ferghana, les canaux nord et sud de Ferghana, les canaux nord et sud de Tachkent, le canal du Zeravchan, le canal du Karakoum, le réservoir de Kattakourgan et bien d’autres. Les canaux d’assèchement furent construits et rénovés et l’état des terrains marécageux amélioré.

En définitive, durant la période soviétique, les travaux de drainage furent réalisés en grande envergure. Grâce à cet immense réseau de canaux, les terres arides et désertiques de l’Ouzbékistan furent transformées en terres agricoles. D’énormes régions cotonnières firent alors leur apparition.

L’industrie cotonnière, moteur de l’industrialisation

Le développement de l’industrie cotonnière entraîna l’apparition de l’industrie mécanique et la construction des infrastructures de la République ouzbèke. C’est durant l’époque soviétique qu’y furent développées des entreprises industrielles produisant du matériel agricole et des machines de traitement primaire du coton, des machines à cueillir le coton, des égreneuses, des semeuses, des machines à filer, ainsi que des usines fabriquant des engrais chimiques. Pour l’Ouzbékistan, c’était le début d’une ère d’expansion industrielle, le rendement des cotonniers était au plus fort.

Ainsi, l’Ouzbékistan se transforma en « puissance cotonnière » et devint un important centre cotonnier de l’URSS.

La mer d’Aral, victime du développement de l’industrie du coton

En raison de l’attention accrue accordée à la culture du coton durant la période soviétique, les effets secondaires néfastes de cette politique ont commencé à accabler l’Ouzbékistan.

Ces conséquences indésirables ont touché les domaines écologique et socio-économique. Les célèbres « victimes » écologiques de l’industrie du coton sont notamment la mer d’Aral, les sols dégradés et contaminés par les pesticides, les personnes tombées malades à cause des herbicides et des produits chimiques utilisés et de l’infiltration dans l’air des dépôts saumâtres accumulés dans les fonds de la mer asséchée. Ce sont précisément l’irrigation inefficace et l’utilisation excessive des ressources en eau qui ont conduit à l’assèchement de la mer d’Aral, autrefois le quatrième lac le plus grand du monde, devenu l’une des catastrophes écologiques de notre époque.

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Moynaq Aral mer désert bateau Ouzbékistan

Les conséquences économiques et sociales de cette politique soviétique s’avèrent être encore plus graves. Elles ont également défini le destin de l’Ouzbékistan. De fait, après avoir obtenu son indépendance, l’Ouzbékistan s’est confronté à d’énormes problèmes socio-économiques. Nombre d’entre eux sont un héritage de l’époque soviétique.

Une économie sans transformation

L’économie ouzbèke était une économie mono-industrielle, exclusivement fondée sur la culture du coton. Selon les données statistiques des années 1980, cette industrie représentait plus de 65 % de la production ouzbèke globale. Cependant, moins de 10 % du coton produit était transformé en Ouzbékistan. La majeure partie du coton était envoyée en Russie, où était concentrée l’industrie légère. Dans la République socialiste soviétique d’Ouzbékistan, il n’y avait pratiquement pas d’industrie légère ou lourde, à l’exception des machines agricoles pour la récolte du coton et de quelques grands complexes industriels, comme l’Association de production de l’aviation de Tachkent, qu’il a fallu déplacer d’Ukraine et de Russie occidentale dans les années 1941 et 1942.

Si la Seconde Guerre mondiale n’avait pas éclaté, les autorités moscovites n’auraient jamais pensé à installer une usine aéronautique dans une zone aussi reculée que l’Ouzbékistan. L’Union soviétique considérait le pays comme un simple fournisseur de coton, qui produisait cette ressource et tout ce qui était nécessaire à sa transformation primaire et à sa récolte : des engrais et des tracteurs.

Un niveau de vie moyen très bas

Mais le coton n’était pas la seule ressource exportée depuis l’Ouzbékistan. « Près de 50 % de l’extraction annuelle d’or dans l’Union soviétique provenait de l’Ouzbékistan. Néanmoins, le budget de la République ouzbèke prélevait seulement 1 % de la valeur de cette production », écrit Viacheslav Baklanov.  « Ce mécanisme spoliateur revêtait un caractère colonial et ne reflétait pas l’équité, l’amitié et la fraternité dont se réclamait l’Union soviétique, pas plus que la coopération socialiste. L’or, les métaux rares non-ferreux, l’uranium et d’autres ressources stratégiques étaient évacués de la république en pleine nuit, dans le plus grand secret, presque volés », continue-t-il.

« Il ne semblait pas utile d’en informer l’organisation locale du Parti et les autorités ouzbèkes. À cause de cette politique nationale « léniniste », la République ouzbèke, richissime en ressources naturelles, était l’une des plus pauvres républiques de l’Union soviétique. En Ouzbékistan, le niveau de vie était le plus bas de toute l’URSS. Le revenu par habitant y était deux fois plus bas que la moyenne de l’État soviétique : en URSS, il était de 2118 roubles, tandis qu’il était de 1093 roubles en Ouzbékistan. Seul celui du Tadjikistan était plus bas (948 roubles) », explique l’historien.

Dépendance céréalière

La situation de l’agriculture ouzbèke s’aggrava d’autant plus qu’il a fallu lui accorder de la place, au détriment d’autres cultures traditionnelles. L’Ouzbékistan était ainsi entièrement dépendante de la Russie et des autres régions céréalières pour se fournir en grains et en pain.

Selon Kahramon Iakoubov, ancien vice-ministre ouzbek de l’Agriculture durant la période soviétique, « à cause de ce déséquilibre, l’Ouzbékistan devait importer depuis d’autres républiques de l’URSS et des pays étrangers les denrées alimentaires basiques – blé, pommes de terre, viande, produits laitiers, œufs et sucre. Pour une raison ou pour une autre, il était courant de penser que, en échange de son coton, l’Ouzbékistan recevait une grande compensation. C’est un mythe. Certes, Tachkent et d’autres villes mono-industrielles, comme Navoï, Almalyk et Tchirtchik, bénéficiaient de ce qu’on appelait « la protection de l’Union », mais en ce qui concerne les produits alimentaires, le reste du pays vivait dans la misère et les exploitations personnelles ne suffisaient pas à arranger la situation à l’échelle du pays ». Dans les zones rurales, l’accroissement démographique très élevé a d’autant plus accentué le problème.

Les travailleurs immigrés actuels, conséquences de la politique soviétique de la culture du coton

Les travailleurs immigrés, eux aussi devenus un « symbole » de l’Ouzbékistan, sont une autre conséquence de la politique soviétique de la culture du coton dans la République socialiste soviétique d’Ouzbékistan. Aujourd’hui, la mauvaise réputation de l’Ouzbékistan s’est enracinée, mais peu se préoccupent du fait que cet excédent de main d’œuvre, qui a considérablement augmenté durant les années suivant l’indépendance, est un « héritage » de l’Union soviétique. Il est notamment lié aux manquements délibérés dans la planification de la politique démographique de l’URSS.

Coton récolte Ouzbékistan

Pendant l’ère soviétique, la République socialiste soviétique d’Ouzbékistan était en retard sur la Russie, l’Ukraine, la Biélorussie, le Kazakhstan et les pays baltes, ainsi que sur d’autres républiques de l’URSS en ce qui concerne le plan d’urbanisation. En Ouzbékistan, les processus d’urbanisation ont délibérément été retardés à cause de la spécialisation de la République dans le titanesque secteur du coton en stimulant la croissance de la demande de main d’œuvre. Par conséquent, la population ouzbèke s’est accrue dans les zones rurales où était menée cette monoculture, qui pendant de nombreuses années était l’unique source de revenus.

Une démographie liée au coton

La croissance démographique de la République socialiste soviétique d’Ouzbékistan est indissociablement liée à la hausse de la production de coton brut et l’élargissement des surfaces de culture. À partir des années 1960, la production de coton s’est accélérée, atteignant son apogée dans les années 1980. Pendant ce temps, la population ouzbèke a plus que doublé, passant de 8 millions en 1960 à 19 millions en 1987. Ainsi, durant l’ère soviétique, un mécanisme a été initié, faisant augmenter la population bien plus vite que les ressources de l’État nécessaires pour satisfaire leur besoins grandissants. En 1991, lorsque l’Ouzbékistan acquit son indépendance, la population avait déjà atteint 20 millions de personnes.

Il existe un autre facteur important. En 1989, une grande partie de la population ouzbèke vivait en zone rurale, tandis que 74 % de la population russe vivait alors en ville. En Union soviétique, le niveau de vie dans les villes était bien meilleur que dans les campagnes. Les habitants de l’Union soviétique bénéficiaient d’une sécurité matérielle et d’une éducation dans les républiques où la population urbaine était plus importante ou au même niveau que la population rurale. Dans la République socialiste soviétique d’Ouzbékistan, il y avait un bas niveau d’urbanisation, de modernisation et de prospérité.

Une « politique du coton » centrale

Les problèmes sociodémographiques allant de mal en pis amenèrent d’autres problèmes. Ainsi, à la fin des années 1980, dans les républiques d’Asie centrale et en particulier dans une série de régions densément peuplées de l’Ouzbékistan, du Tadjikistan et du sud du Kirghizstan, survient une explosion de la religiosité et du nationalisme. L’intolérance et le désir de créer un État islamique pour se sauver de cette situation sont le résultat de la concentration délibérée d’une partie de la population dans les périphéries et leurs connaissances restreintes à l’exploitation des terres.

Cette situation a favorisé l’apparition en Ouzbékistan, déjà durant l’ère soviétique, d’une couche de la société pauvre et moins éduquée, attachée aux traditions. Cela a écarté la possibilité pour l’Ouzbékistan de disposer de ressources humaines éduquées et spécialisées dans certains domaines. Par conséquent, le développement de la culture du coton était indissociablement lié non seulement le développement de tous les autres secteurs de l’agriculture ouzbèke, mais aussi l’essor de la culture et de la prospérité du peuple ouzbek. On associe généralement cette omniprésence du coton dans la société ouzbèke comme la « politique du coton ».

Les populations centrasiatiques « forcées de rester dans les zones rurales »

 « Afin de garantir l’indépendance économique de l’URSS, les autorités soviétiques ont délibérément créé un monopole du coton en Asie centrale. Ce faisant, à la différence, mettons, des cultures céréalières, la culture du coton nécessite énormément de travail, c’est pourquoi la population centre-asiatique était forcée par différents moyens de rester dans les zones rurales », décrit Sergueï Abachine, chercheur sur l’Asie centrale. « Toute l’industrie centrasiatique et la culture urbaine sont l’œuvre de ce même déplacement forcé de personnes depuis la partie européenne de l’URSS, qui venait de se libérer de l’agriculture », continue-t-il.

Parkent Ouzbékistan Village Chemin

« Autrement dit, l’État a favorisé la persistance d’un groupe « agricole » et la transformation d’un autre groupe « agricole » en groupe « industriel ». Cette situation, aujourd’hui considérée comme un indicateur des différences « ethniques », n’est apparue qu’au XXème siècle, plus exactement entre les années 1940 et 1970. C’est précisément durant cette période que se sont formés les stéréotypes respectifs interprétés comme « nationaux » (ou « ethniques »), tandis que les mentalités « traditionnelle » ou « moderne » se font passer pour des stratégies économiques », explique Sergueï Abachine.

« Les Ouzbeks, les Tadjiks et les autres peuples d’Asie centrale sont « dépassés », « traditionnels », adeptes du « collectivisme » et profondément attachés à la terre. En somme, ils présentent les mêmes caractéristiques qui pouvaient être appliquées durant les années 1920 et 1930 aux Russes, et aux Ukrainiens, entre autres, et, à la fin du siècle précédent, aux Français et aux Allemands », décrit Sergueï Abachine.

Un chômage déguisé sous l’URSS

L’auteur décrit une situation dans laquelle de nombreux ruraux étaient déjà au chômage durant la période soviétique. « Selon les données du conseil rural de Mindon, une localité ouzbèke de la vallée de Ferghana, à partir du début de l’année 1991 on comptait environ 11 000 personnes dans cette commune, dont à peu près 5 000 étaient considérées comme étant actives. 2 500 personnes travaillaient dans le kolkhoze, soit précisément 50 % de la population active de la localité de Mindon. Près de 2 000 kolkhoziens étaient membres des brigades cotonnières, c’est-à-dire qu’ils travaillaient directement dans la production agricole. Les 500 personnes restantes travaillaient dans l’administration, comme personnel technique, puériculteurs et ainsi de suite », écrit Sergueï Abachine.

« Le plus étonnant, c’est que, sur ces 2 000 membres des brigades cotonnières, seulement 60 travaillaient plus de 300 jours par an, les autres travaillant moins : par exemple, 600 personnes travaillaient moins de 50 jours par an. Une écrasante majorité des kolkhoziens n’était occupée par la production du coton pas plus de deux à trois mois par an. Le reste du temps, ces « ouvriers » du secteur agricole ne travaillaient nulle part d’autre, étaient en partie occupés par le travail ménager ou travaillaient de façon officieuse dans d’autres secteurs non agricoles  », décrit le chercheur.

A l’indépendance, la fin de l’illusion

 « Il y a des limites naturelles à la croissance de la production agricole. À la fin du XIXème siècle, à Mindon, pour chaque ménage, il y avait environ cinq à six hectares de terre irrigable. Au début des années 1990, pour chaque ménage, il y avait moins d’un hectare de terre irrigable, en comptant les terrains privés comme ceux des kolkhozes », explique Sergueï Abachine sur les raisons de l’arrivée des travailleurs immigrés.

 

« Même en tenant compte de la hausse des rendements par terrain irrigable, il paraît évident que, ces cent dernières années, les possibilités de bénéfices dans la production agricole ont progressivement été réduites. Cela signifie que la population a besoin de trouver du travail en dehors de Mindon. La surpopulation dans les zones agricoles a atteint un seuil critique et les peuples « autochtones » d’Asie centrale « quittent » de plus en plus le secteur agricole pour d’autres secteurs économiques. C’est notamment l’un des facteurs du processus de migration de la population centre-asiatique en Russie », décrit le chercheur.

Ouzbékistan enfant Village mouton berger

Les problèmes socio-économiques, démographiques, culturels et professionnels qui existent aujourd’hui en Ouzbékistan sont en grande partie liés à la politique soviétique de transformation du pays en une région mono-industrielle. Les résoudre n’est pas simple et exige d’énormes efforts.

L’avenir de la culture du coton est lié à l’énergie

Afin de surmonter ces conséquences et de rejoindre le rang des pays développés, l’Ouzbékistan doit encore mettre l’accent sur le long terme sur la modernisation et l’urbanisation générales du pays. Il lui faut aussi s’appuyer sur des sources d’énergie renouvelables, réduisant ainsi le recours à des énergies traditionnelles comme le charbon et le gaz.

À la moitié du siècle présent, les gisements principaux de la République centrasiatique, exploités depuis la période soviétique, seront pratiquement épuisés. L’avenir de la culture du coton est lui aussi incertain. Après avoir obtenu son indépendance, l’Ouzbékistan a fait diminuer la production de coton pour augmenter celle des cultures vivrières afin de garantir à la population les produits alimentaires de base. Néanmoins, le développement de la culture du coton et de l’agriculture en Ouzbékistan pourrait à l’avenir se heurter à des difficultés imprévues suite à la réalisation de projets hydro-énergétiques dans les pays voisins.

Vers plus d’énergies renouvelables ?

À cet égard, l’Ouzbékistan ferait mieux de parier sur les énergies renouvelables. En Allemagne, par exemple, environ 8 % de l’énergie électrique du pays provient de parcs éoliens et 5 % des panneaux solaires. La part des énergies renouvelables n’est pourtant pas très élevée dans la production d’énergie électrique allemande, mais la consommation électrique de l’Ouzbékistan est dix fois plus basse que celle de l’Allemagne, hypra-industrialisée, ce qui renforce le rôle que pourraient jouer les énergies renouvelables dans la république centre-asiatique.

Le pays doit également parier sur une autre de ses ressources infinies : le capital humain. L’Ouzbékistan doit savoir mettre à profit ses citoyens afin d’améliorer leur potentiel, leurs revenus, leurs connaissances et leurs compétences, afin de les transformer en facteur principal de son développement.

Nourali Mingbaïev

Traduit du russe par Camille Calandre

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