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Le Japon achète de l’uranium à l’Ouzbékistan pour plus d’un milliard de dollars : l’histoire du deal

L’achat par le Japon d’uranium à l’Ouzbékistan pour un montant de plus d’un milliard de dollars, annoncé début janvier, s’explique si l’on retrace l’histoire de la coopération ouzbéko-japonaise dans le secteur, stratégique pour les deux pays.

L’Ouzbékistan a signé le 9 janvier dernier un contrat de vente d’uranium avec le Japon pour un montant total de plus d’un milliard de dollars. L’affaire a été conclue mi-décembre 2019, lors de la visite du président ouzbek Chavkat Mirzioïev au Japon. Deux compagnies japonaises, Itochu et Marubeni, recevront entre 2023 et 2030 l’uranium de Navoï Mining and Metallurgical Combinat (NMMC), société d’Etat et seul producteur et exportateur d’uranium en Ouzbékistan.

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Le Japon n’a pas de réserves d’uranium propres mais développe activement le potentiel de l’énergie nucléaire, malgré la catastrophe de Fukushima. Ainsi, les entreprises japonaises s’intéressent depuis plusieurs décennies aux gisements d’uranium dans les pays d’Asie centrale, en particulier au Kazakhstan et en Ouzbékistan.

L’Ouzbékistan, septième producteur mondial

Selon l’Association nucléaire mondiale, l’Ouzbékistan est le septième producteur d’uranium au monde, ayant exporté 2 404 tonnes d’uranium en 2018. La société d’Etat Navoï Mining & Metallurgical Combinat fournit de l’uranium au Japon, aux États-Unis, à l’Inde, à la Chine et à la Corée du Sud.

D’après les données fournies à l’Agence internationale de l’énergie atomique par le Comité d’État de géologie et des ressources minérales ouzbek (Goscomgeo), les réserves ouzbèkes d’uranium explorées et estimées sont d’environ 190 000 tonnes, dont plus de 140 000 tonnes concernent les gisements d’uranium du type grès, et 47 000 tonnes – les gisements de schiste noir. Les dépôts d’uranium de type grès sont plus accessibles que ceux dans les gisements de schiste noir, dont l’extraction est onéreuse et nécessite des capacités techniques avancées.

Plusieurs décennies d’investissements

Les relations ouzbéko-japonaises autour de l’uranium datent de septembre 2006. A ce moment-là, un accord intergouvernemental a été signé entre Tokyo et Tachkent, qui visait à financer le développement de l’extraction d’uranium en Ouzbékistan. En octobre 2007, la société japonaise Itochu a convenu avec NMMC de développer une technologie d’extraction et de concentration d’uranium issu des schistes noirs, afin de produire environ 300 tonnes d’uranium par an dans la région de Navoï.

Jusqu’alors, aucun investisseur étranger n’avait accès à ce secteur stratégique ouzbek. Ce n’est pas un hasard que le Japon a été le premier partenaire étranger à réaliser cette « percée » : depuis son indépendance, l’Ouzbékistan était le principal bénéficiaire de subventions et prêts japonais, ainsi que d’assistance technique gratuite en vue de développer les infrastructures vitales et les secteurs industriels prometteurs ouzbeks.

Des coentreprises ouzbéko-japonaises

En 2008, Goscomgeo signe avec l’entreprise japonaise Mitsui & Co un accord de base pour l’établissement d’une coentreprise spécialisée dans les études géologiques, toujours dans l’optique de développer les activités d’exploitation des gisements de schistes noirs uranifères, cette fois dans la région de Zapadno-Kokpatasskaya, à 300 kilomètres au nord-ouest de Navoï. Un an plus tard, Goscomgeo signait un accord similaire avec la Société nationale japonaise du pétrole, du gaz et des métaux (Jogmec) pour l’exploration d’uranium et de terres rares, qui prévoyait qu’en cas d’identification d’un potentiel économique fort dans la région de Navoï, une entreprise japonaise privée poursuivrait le développement des gisements. Après les travaux initiaux de Jogmec, plusieurs entreprises japonaises avaient exprimé leur intérêt pour les propositions d’investissement.

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En février 2011, c’est à nouveau Itochu qui signait un accord de dix ans pour l’achat d’uranium « à grande échelle » à NMMC. La catastrophe de Fukushima un mois plus tard n’a pas mis fin à la coopération ouzbéko-japonaise, et en juillet 2013 Jogmec a conclu un nouvel accord de coopération avec NMMC pour l’exploration conjointe des gisements d’uranium sur une durée de cinq ans, afin de vérifier le potentiel d’extraction d’uranium de haute qualité en vue d’obtenir des droits de concession pour des entreprises japonaises.

Les Japonais pourront revendre l’uranium

A la vue de cette histoire, le contrat de vente d’uranium ouzbek au Japon de plus d’un milliard de dollars n’est donc pas surprenant. Depuis les années 2000,  les entreprises d’Etat et privées japonaises ont réalisé en Ouzbékistan des investissements importants, tant en termes de financements que de temps.

A ce jour, le calendrier d’export d’uranium est déjà établi : sur la période 2023-2030, NMMC prévoit de fournir de l’uranium pour 636,4 millions de dollars (577,2 millions d’euros) et 510,1 millions de dollars (462 millions d’euros) à Itochu et Marubeni respectivement. Une partie de l’uranium sera probablement revendue et exportée par des sociétés japonaises vers d’autres pays, comme l’avaient prévu les responsables de Jogmec en 2013.

Anna Chtorkh
Rédactrice pour Novastan

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Le Japon a signé avec le Navoï Mining and Metallurgical Combinat ouzbek un contrat d’achat pour plus d’un milliard de dollars d’uranium.
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