Une mosquée récente dans la région de Tachkent en Ouzbékistan

Le nombre de madrassas clandestines explose en Ouzbékistan

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Le nombre d’écoles coraniques illégales seraient en hausse en Ouzbékistan, selon les médias officiels ouzbeks. 116 de ces écoles ont été fermées par les services de sécurités ouzbeks, confirmant un retour au contrôle des autorités après un an et demi d’une politique qui a été plus permissive envers la pratique de l’islam.

Novastan reprend et traduit un article initialement publié par le média spécialisé sur l’Asie centrale basé en Russie, Fergana.ru.

Au cours du premier semestre de l’année 2018, les services de sécurité ouzbeks ont découvert l’existence de 116 écoles coraniques illégales, alors que seulement 33 madrassas clandestines avaient été recensées dans la République en 2017. Selon un documentaire diffusé sur la chaîne publique Uzbekistan 24 consacré à ce phénomène, le nombre de professeurs et d’élèves de ces établissements religieux serait en hausse.

En 1998, l’Ouzbékistan a adopté une loi interdisant les organisations religieuses non enregistrées, les missions religieuses ainsi que l’enseignement privé de doctrines religieuses.

Des écoles coraniques illégales et des châtiments corporels infligés aux élèves

Le documentaire présente toute une série de madrassas clandestines. Par exemple, dans la province d’Andijan dans l’est du pays, Nossirbek Tourgounov, un artisan, a créé une école religieuse semi-clandestine pour enseigner à des enfants de 5 à 6 ans. En guise de punition, le professeur enfermait ses élèves dans une cave exiguë, les privait de nourriture et leur infligeait des châtiments corporels. Au cours de l’enquête, il est apparu que le fondateur de l’établissement n’avait aucune formation théologique, toutes ses connaissances de l’islam lui venaient de ses parents.

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Un cas similaire a été découvert dans la province de Syr-Daria, dans le centre du pays : Cherali Ibodov, un adepte du mouvement religieux « tariqa », enseignait à un petit garçon de six ans en lui infligeant des châtiments corporels. Le garçon est décédé des coups systématiques qu’il recevait. La justice ouzbèke a reconnu Cherali Ibodov coupable de dommages corporels graves intentionnels et l’a condamné à sept ans de prison.

Ravchane Ganïev, l’assistant de l’imam de la mosquée Katartal du quartier de Tchilanzar à Tachkent, dispensait lui aussi une formation illégale en théologie pour des enfants. Son école comptait seize élèves, le plus âgé était à l’université et le plus jeune en CE1.

Des écoles dispensant des enseignements affiliés à des organisations extrémistes

Les services de sécurité ouzbeks ont également découvert une formation du même genre dans la province de Tachkent. De 2002 à 2017, c’est Moukhabbat Rouzïeva qui était à la tête de cette école, connue des forces de l’ordre pour ses liens avec le groupuscule terroriste Hizb ut-Tahrir. L’année dernière, sur l’initiative du président ouzbek Chavkat Mirzioïev, Moukhabbat Rouzïeva avait été retirée de la liste noire des 18 000 personnalités religieuses représentant une menace pour l’État. Il ne lui a pas fallu beaucoup de temps pour enfreindre la loi avec la création de cette madrassa secrète.

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Dans le documentaire de la chaîne ouzbèke publique, un psychologue explique que, lorsqu’ils sont confrontés au monde extérieur, les enfants et adolescents étant passés par une de ces écoles faisaient souvent la séparation entre les « leurs » et les « étrangers ». Les personnes ayant reçu un ersatz d’enseignement religieux par des professeurs semi-analphabètes peuvent ainsi devenir des proies faciles pour les organisations terroristes.

Un problème commun à l’ensemble de l’Asie centrale

Le problème des écoles religieuses clandestines n’existe pas seulement en Ouzbékistan mais aussi dans les autres pays d’Asie centrale. En 2013, par exemple, un réseau de madrassas illicites a été découvert au Tadjikistan, au sein desquelles certains élèves étaient des enfants qui avaient été portés disparus.

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En juin dernier, dans le district de Tojikobod, dans le centre du Tadjikistan, trois initiateurs de madrassas clandestines ont dû payer une amende de 500 somoni (45 euros) pour avoir organisé une formation religieuse illégale. Les parents des 65 élèves de ces trois guides religieux ont eux aussi été punis d’une amende pour avoir enfreint la loi de responsabilité des parents vis-à-vis de l’éducation de leurs enfants. Le pays ne compte aujourd’hui aucune madrassa légale, seul l’Institut islamique du Tadjikistan est autorisé à dispenser un enseignement islamique de base.

Traduit du russe par Camille Calandre 

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