AFD Samarcande décharge cochon

Le scandale des cochons secoue la décharge de l’AFD en Ouzbékistan

Partager avec

Alors que l’Agence française de développement devait lancer son premier projet de gestion des déchets en Ouzbékistan, la décharge de Samarcande est aujourd’hui un lieu d’élevage de cochons s’y nourrissants. Un scandale sanitaire qui ne fait que compliquer la donne pour l’AFD.

Le seul et premier projet de l’Agence française de développement (AFD) en Ouzbékistan et en Asie centrale prend du retard. Alors que l’AFD a été chargé en juillet 2017 de la création de la première décharge à biogaz du pays, l’Agence est rattrapée par un scandale sanitaire. Fin juillet dernier, le journal local de la ville de Samarcande « Samarkand Vestnik » a publié une enquête sur l’élevage de porcs sur la décharge communale de la seconde ville du pays, soulevant un scandale sanitaire et social.

Lire aussi sur Novastan : Le premier projet de l’AFD en Asie centrale est lancé

Problème : cette décharge fait partie du projet de l’AFD en Ouzbékistan. Elle doit être refermée et reconstruite pour y produire du biogaz. Ce qui provoquerait la fin du seul moyen de subsistance de la population environnante, alors qu’il n’est pour l’heure pas prévu de plan de relocalisation ou d’indemnisation de cette population dans le cadre du projet.

Un scandale sanitaire 

La décharge de la ville de Samarcande, qui occupe quelque 95 hectares sur la commune de Khishrau, présente des conditions d’exploitation déplorable. Pour autant, des gens et des cochons y vivent, comme le précise Samarkand Vestnik . « Les déchets ne sont pas triés : déchets organiques avec du plastique et du papier, du verre et des piles avec des déchets de jardin, même des déchets médicaux avec des chiffons et du caoutchouc. Tout cela s’entasse de manière chaotique dans un lieu plus ou moins ouvert et libre d’accès », décrit le journal local  « A cela s’ajoutent des essaims de mouches qui tournoient autour de plusieurs centaines de cochons et des gens. Les porcs sont là pour la nourriture, les gens pour ramasser les bouteilles en plastique et le carton qu’ils revendent ensuite. »

Selon le vice-directeur du département vétérinaire de la ville de Samarcande, Bolikoul Khakimov, cité par Samarkand Vestnik, nourrir des cochons destinés à la consommation à partir de produits d’une décharge telle que celle de Khishrau est formellement interdit et dangereux. Selon lui, ces cochons appartiennent aux habitants de la mahalla (quartier) de Navrouz du village de Khishrau. 90% des habitants de ce quartier ont pour seule activité de subsistance l’élevage de cochon et leur vente. Aujourd’hui, l’alimentation de ces cochons se fait à 100% grâce à la nourriture qu’ils trouvent dans la décharge.

« Nos propositions (aux habitants et éleveurs porcins) pour organiser une grande ferme porcine loin des bâtiments résidentiels et de la décharge ne sont pas réalisées, car les habitants devront alors penser à l’alimentation, et ils ne veulent pas dépenser pour cela, » affirme Bolikoul Khakimov.

Après la publication de cet article, de nombreux médias ouzbeks ont repris l’information. Une chaîne de télévision nationale, Yoshlar Telekanal, a également tourné un reportage montrant les cochons dans la décharge. Le scandale sanitaire est réel car, comme le note le média ouzbek podrobno.uz, personne n’est capable de savoir où va cette viande de porc élevé avec une alimentation plus que douteuse.

L’AFD ne sait pas encore si elle va déplacer et indemniser les éleveurs de cochons

Par ricochet, cette décharge remplie de cochons impacte l’Agence française de développement. Car au-delà du scandale sanitaire, le projet de « modernisation de la gestion des déchets de la ville de Samarcande » financé par l’AFD et l’Union Européenne, vise entre autres à fermer la décharge et à produire avec du biogaz. Ce qui, selon le directeur de l’entreprise de collecte de déchet en charge de la gestion de la décharge, Maroqand Obod, Shokhrur Sadikov, mettrait fin à l’élevage des cochons sur la décharge.

décharge Samarcande Ouzbékistan

Si ce plan devait être réalisé, il détruirait la source unique d’emploi et de subsistance des habitants de la mahalla de Navrouz. « Comment trouver un moyen de sortir de cette situation ? Comment prendre en compte les intérêts de la population porcine, qui n’a aucune autre source de revenus ? », s’interroge le média en ligne ouzbek, Uz24.uz . «  La solution réside peut-être dans la construction sur ce territoire d’une grande ferme porcine avec l’aide de fonds publics, la nomination des exigences claires pour les propriétaires de porcs », poursuit le site d’informations.

Contacté par Novastan, le service de presse l’AFD indique que l’Agence « s’attache, dans ses projets, à éviter les déplacements économiques, et quand cela est inévitable, à définir et à mettre en œuvre des mesures de compensation permettant de restaurer les moyens de subsistance des populations affectées par les projets ». Cependant, l’AFD est restée muette sur le cas précis des habitants de la mahalla de Navrouz qui subsistent grâce à l’élevage de porcs, qui se nourrissent uniquement sur la décharge que l’AFD va rénover. «Les études d’impact environnemental et social du projet, (…) engagées en 2015, restent à finaliser dans le courant de l’année 2019 », affirme l’Agence. Ainsi l’AFD ne sait pas encore, un an après le démarrage officiel du projet, ce qu’elle va faire des cochons de la décharge et encore moins du seul moyen de subsistance de ses habitants.

Retard du projet de l’AFD de rénovation de la décharge de Samarcande

L’AFD a également confirmé à Novastan que le projet de modernisation de la gestion des déchets de la ville de Samarcande, qui prévoit de fermer la décharge actuelle, a déjà pris un retard conséquent. Le projet, signé en 2016 entre l’AFD, le gouvernement ouzbek et l’Union Européenne et qui avait démarré officiellement lors de la signature du décret présidentiel relatif au projet en juillet 2017, prévoyait une période de réalisation du projet de 5 ans, de 2017 à 2021. Le service de presse de l’AFD a confirmé qu’il est « prévu que la construction démarre après la finalisation des études détaillées, vers la fin de l’année 2019 ».

Le directeur de l’entreprise publique rattachée à la mairie de Samarcande, Maroqand Obod, en charge de la décharge et de sa transformation dans le cadre du projet de l’AFD, mentionne d’ailleurs l’intérêt d’investisseurs israéliens et russes pour la décharge, ce que ne mentionne pas le projet de l’AFD.

Samarcande : une ville criblée par la corruption

Plus largement, ce scandale sanitaire s’inscrit dans un contexte où ce type d’évènement est fréquent. Comme Novastan le rappelait cet été, de nombreux scandales de corruption et de destructions sauvages liées au secteur de la construction ont touchés la mairie et la région de Samarcande les mois derniers. La Mairie et la région de Samarcande sont les administrations ouzbèkes qui reçoivent l’argent du prêt de l’AFD et du don de l’Union Européenne dans le cadre du projet de modernisation de la gestion des déchets de la ville, et donc travaillent étroitement avec l’AFD.

Lire aussi sur Novastan : Ouzbékistan : Samarcande défigurée par les projets de construction et la corruption

Ces scandales ont mené à l’arrestation le 13 juillet dernier du Hokim (préfet/gouverneur) de la région de Samarcande, Tourobjon Djouraïev, ainsi qu’à de nombreux soupçons sur le maire actuel de Samarcande, Fourkat Rahimov, qui a dû reconnaître que la ville ne possédait pas de plan général d’urbanisme depuis la chute de l’URSS et qu’il comptait doter la seconde ville du pays d’un tel plan dans les mois prochains.

Lire aussi sur Novastan : Ouzbékistan : la société civile émerge mais peine à faire changer les choses

Un plan général d’urbanisme qui devrait être réalisé par une entreprise chinoise, et qui pourrait avoir un impact sur la réalisation du projet de l’AFD. De fait, cette dernière doit également construire plusieurs centaines de points de collecte dans la ville dans le cadre de son projet.

La rédaction

Si vous avez aimé cet article, n’hésitez pas à nous suivre sur Twitter, Facebook, Telegram, Linkedin ou Instagram ! Vous pouvez également vous inscrire pour recevoir notre newsletter hebdomadaire ou nous soutenir en devenant membre de la communauté Novastan.

Les cochons sur la décharge de Samarcande que l’AFD doit rénover, véritable scandale sanitaire.
Vestnik Samarkand
La décharge de Samarcande s’étend sur 95 hectares.
Aucun commentaire

Ecrire un commentaire

Captcha *