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Le Tadjikistan achètera du gaz à l’Ouzbékistan, mais pas pour sa population

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Dès le début de l’année prochaine, le Tadjikistan prévoit de rétablir l’approvisionnement en gaz naturel de l’Ouzbékistan, interrompu il y a cinq ans. Des accords oraux ont déjà été passés par la société de distribution de gaz tadjike afin de répondre à la demande des entreprises industrielles du pays en « carburant bleu ».

Novastan reprend et traduit un article originalement publié en russe sur le média tadjik Asia-Plus.

Le premier cycle de négociations sur la reprise de la fourniture de gaz naturel entre la compagnie Tajiktransgas et la compagnie Uztransgaz faisait partie du dialogue tadjiko-ouzbek sur la coopération énergétique le mois dernier à Termez. Avec ce « problème du gaz », il s’agissait également de restaurer un système énergétique unifié en Asie centrale et des approvisionnements réciproques en électricité.

Début novembre, des représentants des sociétés de distribution de gaz des deux pays se sont rencontrés à Tachkent, où ils ont discuté du coût et des volumes des livraisons possibles de gaz ouzbek au Tadjikistan.

Des négociations secrètes

À Tajiktransgaz, on préfère ne pas encore trop parler des négociations, craignant que les journalistes puissent « endommager » ce processus avec des publications indiscrètes. La compagnie refuse de clarifier l’état de l’infrastructure interne, ainsi que désigner qui seraient les consommateurs potentiels qui recevront du gaz ouzbek. Les sources proches de la compagnie de distribution de gaz affirment que la question de l’approvisionnement de la population en gaz importé n’est même pas envisagée pour le moment.

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« Personne ne songe encore à approvisionner la population en gaz ouzbek. Il est peu probable que cela soit réalisable, même dans les années à venir. Il serait nécessaire de remettre en état l’infrastructure dans son intégralité, alors qu’elle n’a pas été utilisée depuis près de dix ans. On ne peut pas jouer avec du gaz – c’est dangereux, le moindre défaut peut entraîner de graves conséquences. En outre, compte tenu de l’expérience des années passées, il y a des doutes que la population soit en mesure de payer à temps pour le carburant importé« , a déclaré cette source.

« Personne ne songe encore à approvisionner la population en gaz ouzbek »

Cette source proche de la compagnie national gazière tadjike a noté qu’à l’heure actuelle « Tajiktransgaz » travaille exclusivement avec des entreprises industrielles susceptibles d’être intéressées par l’obtention de gaz naturel. « Après avoir déterminé les besoins des entreprises, seront discutés les volumes demandés sur la base desquelles un accord sur le prix du carburant pourra être trouvé » – a ajouté la source.

Il est prévu que d’ici la fin de l’année toutes ces questions feront l’objet d’un accord et les deux parties signeront un contrat annuel, sur la base duquel, dès le début de 2018, le gaz ouzbek retournera au Tadjikistan.

Les infrastructures sont-elles prêtes ?

Les principaux consommateurs de gaz naturel importé d’Ouzbékistan jusqu’à la fin de son approvisionnement en 2012 étaient la compagnie d’aluminium Tajik Aluminium Company (TALCO) et quelques autres entreprises industrielles, y compris la cimenterie de Douchanbé. Toutes ces entreprises se sont ensuite tournées vers le gaz synthétique, obtenu à partir du charbon, ou ont commencé à utiliser le charbon comme combustible. Actuellement, il y a plus de 200 entreprises qui utilisent ces procédés dans tout le pays.

TALCO admet la possibilité d’acquérir du gaz naturel ouzbek uniquement si la Russian United Company Russian Aluminium (RUSAL) trouve un accord pour conjointement produire avec TALCO des anodes. En effet RUSAL croit qu’il est important que le gaz naturel soit utilisé dans la production d’anodes. En ce moment, des négociations seraient en cours. « Si ces accords sont conclus, nous nous tournerons peut-être vers l’Ouzbékistan« , a déclaré Igor Sattarov, chef du département d’information et d’analyse de TALCO.

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Il a noté que TALCO en 2012, après avoir arrêté son approvisionnement en gaz ouzbek, a adopté de nouvelles technologies : ils ont commencé à produire leur propre gaz à partir du charbon. « Naturellement, la technologie de production a été modifiée avec des investissements importants. Et nous allons désormais continuer de travailler avec ces outils de production« , a déclaré Sattarov.

D’autres entreprises industrielles sont prêtes à passer au gaz naturel si on leur offre un prix acceptable.

Le chef du département des matériaux de construction et des nouvelles technologies au Ministère de l’industrie, Shamsiddin Ibrohimov a déclaré à Asia-Plus, que toute l’infrastructure par laquelle les industries recevaient autrefois du gaz naturel, est sûre et en bon état.

« Techniquement, les entreprises peuvent passer au gaz naturel sans trop de difficultés : tous les pipelines nécessaires ont été préservés. Cependant, les industriels sont principalement intéressés par le coût du gaz. Si des prix acceptables sont proposés pour aider à réduire le coût des produits, pourquoi pas ? De plus le gaz naturel, est un carburant plus respectueux de l’environnement », a-t-il déclaré.

Du côté tadjik, la prudence est de mise

Au Tadjikistan, beaucoup attendent avec impatience que le problème soit résolu, car ils considèrent la diversification de l’énergie comme l’une des tâches prioritaires pour assurer la sécurité énergétique du pays. Ils sont convaincus qu’un supplément de carburant peut aider à réduire la charge d’électricité, à réduire le coût du chauffage et, au-delà, à considérer le gaz naturel comme très pratique pour les carburants de remplacement. Cependant, il n’est pas recommandé d’obliger les grandes entreprises industrielles à passer au gaz. « En ce qui concerne le carburant importé, les entreprises se mettent dans une situation à risque dans une certaine mesure, car le fournisseur peut ne pas remplir ses obligations d’approvisionnement ininterrompu« , estime l’analyste Utkar Umarbakiyev.

 Tajiktransgaz n’a plutôt pas intérêt à « faire des affaires » sur le gaz importé, et donc à ne pas faire des marges trop importantes. Les experts affirment qu’avant 2012, lorsque la fourniture ininterrompue de gaz ouzbek était encore de mise, les surtaxes de la compagnie de distribution de gaz au Tadjikistan s’élevaient à plus de 25% du prix d’achat. Pour ne pas surcharger le consommateur et recevoir un paiement en temps opportun pour le carburant, Tajiktransgaz ne devrait pas augmenter le prix de vente de plus de 5% du prix d’achat selon Utkar Umarbakiyev.

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D’autres experts conseillent de ne pas se faire trop d’illusions sur le réchauffement des relations tadjiko-ouzbeks après le changement de président en Ouzbékistan. Ils proposent de développer la production nationale d’énergie – l’électricité et l’énergie solaire – sans compter sur les voisins.

« À l’époque, l’Ouzbékistan a fait une bonne action : il a coupé notre accès à son gaz, et nous avons appris à nous en passer. Nous devons maintenant continuer à développer de l’énergie sur nos propres ressources. Il est possible de négocier en ce qui concerne l’importation de gaz ouzbek, d’autant plus que les conditions ont changé et qu’il n’y a plus les leviers que les voisins utilisaient auparavant. Mais personne ne garantit qu’à l’avenir, il n’y aura pas ce que nous avons affronté il y a seulement cinq ans », explique l’économiste Salim Iskandarov.

« L’essentiel, c’est la volonté politique des présidents« 

Docteur en sciences juridiques, Shokirjon Hakimov considère que le changement qualitatif des relations tadjiko-ouzbeks « doit être réalisé grâce à un nouveau contenu« .

« La nouvelle élite politique de l’Ouzbékistan a réalisé qu’elle pouvait avoir un rôle constructif dans la région. Si un consensus est atteint dans un proche avenir sur certaines questions, on peut s’attendre à une amélioration du niveau de vie des citoyens des deux États. La principale chose à cet égard est la présence de la volonté politique des deux présidents « , estime-t-il.

La reprise des livraisons de gaz ouzbek au Tadjikistan, ainsi que la restauration du fonctionnement parallèle des systèmes électriques et de l’élimination des problèmes de circulation, sont les problématiques les plus importantes dans les relations entre les deux pays voisins, considère Khakimov.

Païrav Tchorchanbiev
Traduit du russe par la rédaction

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L’usine TALCO à Toursounzoda au Tadjikistan
Wikimedia Commons
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