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Les enjeux de la relation entre Vladimir Poutine et Chavkat Mirzioïev

La visite officielle de Vladimir Poutine en Ouzbékistan à l’automne va permettre de sceller un rapprochement entre les deux pays depuis l’arrivée au pouvoir de Chavkat Mirzioïev. Nucléaire, économie, régulation des migrations du travail : autant de sujets qui ont évolué très positivement depuis deux ans. Interview avec Konstantin Kalatchev sur les enjeux de la visite prévue en octobre.

Novastan reprend et traduit une interview initialement publiée par Podrobno.uz.

Le Président russe, Vladimir Poutine, doit se rendre en visite officielle en Ouzbékistan en octobre prochain avec pour principal objectif d’améliorer la coopération dans la lutte contre l’insécurité et la menace terroriste, mais aussi et surtout d’accroître les liens économiques.

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Konstantin Kalatchev, responsable du Groupe d’expertise politique à Moscou, a répondu aux questions de Podrobno.uz à propos de l’importance de cette visite officielle préparée de longue date.

Podrobno.uz : La Russie et l’Ouzbékistan collaborent étroitement depuis longtemps déjà. Toutefois, de nombreux spécialistes constatent que les liens entre Tachkent et Moscou se resserrent encore depuis un an et demi. Cette situation se ressent-elle dans les faits ?

Konstantin Kalatchev : Tout d’abord, j’aimerais mettre en lumière le nombre considérable de changements qui se sont produits depuis l’arrivée au pouvoir du nouveau président. L’Ouzbékistan se développe rapidement. C’est un pays prospère, ce que confirment les statistiques. Ainsi, au cours du premier semestre 2018, les rentrées fiscales comptabilisées dans le budget public du pays ont augmenté de 43,1 % par rapport à l’année passée à la même période.

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Au total, pour les sept premiers mois de l’année 2018, le volume des exportations effectuées par l’Ouzbékistan a connu une hausse de 15,7 %. Les échanges commerciaux s’effectuent principalement avec la Chine et avec la Russie, d’où l’importance de la visite prochaine de Vladimir Poutine.

Le gouvernement ouzbek est déterminé à aller de l’avant. Il veut mettre la priorité sur l’économie en comptant sur des partenaires variés. Et, bien que les marchés russes et chinois occupent une place sensiblement égale dans les échanges commerciaux avec Tachkent, Pékin semble conserver une certaine priorité.

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La Russie est l’un des partenaires économiques principaux de l’Ouzbékistan. Malgré la conjoncture défavorable des marchés mondiaux, la présence de Moscou dans les échanges commerciaux ouzbeks demeure considérable. Au niveau des relations politiques et de la coopération militaire entre les deux États, la situation est bonne, même s’il convient de la nuancer. En effet, l’Ouzbékistan a tourné le dos à l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) et ne semble pas prêt à faire marche arrière. On ne peut donc pas parler d’une alliance étroite entre les deux pays.

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Que pensez-vous, dans l’ensemble, des changements de politique extérieure du gouvernement ouzbek ?

Il y a peu, le président Chavkat Mirzioïev a mis en place des mesures destinées à populariser la littérature ouzbèke, déclarant notamment que son pays entrait dans une nouvelle étape de son développement, celle de la prospérité nationale. Jusque-là, l’Ouzbékistan se trouvait, selon le chef de l’État, dans une ère de renaissance nationale. Il est difficile de lui donner tort.

Le décès de l’ex-président Islam Karimov et l’élection de son successeur ont entraîné des réformes de modernisation profondes. Le niveau de vie en Ouzbékistan était auparavant très modeste, ce qui a contribué au phénomène des migrations du travail, principalement vers la Russie.

Mais les migrants représentent également un soutien considérable au budget national, puisqu’ils envoient presque tous leurs revenus à leurs familles restées au pays. La relance économique de l’Ouzbékistan crée de nouvelles perspectives, notamment pour la Russie.

D’ailleurs, je pense que le motif principal de la visite de Vladimir Poutine en Ouzbékistan n’est pas tant la politique internationale ou les questions de lutte contre le terrorisme et l’insécurité, que l’économie. Les perspectives dans ce domaine ne cessent de s’ouvrir.

Il y a peu, Tachkent a conclu un accord de coopération avec Rosatom pour la construction d’une centrale nucléaire en Ouzbékistan. Cette question sera-t-elle abordée au cours de la visite ?

Probablement. Il est de notoriété publique que l’Ouzbékistan et la Russie ont entamé une coopération en matière d’énergie nucléaire à des fins pacifiques après avoir signé, en décembre 2017, un accord de coopération intergouvernemental. Rosatom propose de construire une centrale en Ouzbékistan à partir de deux blocs déjà existants et de renforcer les infrastructures ouzbèkes déjà en place.

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Le projet est ambitieux. Deux groupes de travail ont été créés afin de superviser le projet de construction de la centrale nucléaire en Ouzbékistan et le développement scientifique et technologique. La visite de Vladimir Poutine à Tachkent devrait, notamment, permettre de renforcer ces accords.

L’Occident et la Chine ont leur vision stratégique propre de l’Asie centrale. Certains acteurs extérieurs peuvent donc percevoir cet accord comme un signe de politique pro-russe du gouvernement ouzbek. Ce ne serait pas sérieux. La demande en électricité augmente partout dans le monde, y compris en Ouzbékistan. Cette réalité implique la nécessité de construire des centrales nucléaires dans le pays.

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En outre, Rosatom collabore étroitement avec des États n’ayant pas de relation privilégiée avec le gouvernement russe. De telles questions économiques ne peuvent être politisées. Par chance, les relations économiques entre Moscou et Tachkent, notamment dans le domaine de l’énergie, se développent depuis des années sans condition politique ou restriction sur la forme des relations avec les pays tiers.

Outre les relations diplomatiques et économiques, les relations entre les peuples ouzbek et russe sont anciennes, mais aussi marquées par le racisme dû aux migrations. Comment voyez-vous cette question ?

Chacun sait que la Russie demeure pour les citoyens ouzbeks le principal bassin d’emploi à l’étranger. Aujourd’hui, en Russie, la situation est telle que les travailleurs migrants forment l’opinion et l’attitude des Russes envers tel ou tel peuple, en particulier chez les jeunes.

Les migrants ouzbeks sont les diplomates de leur peuple et de leur pays et leurs actions forment l’approche des Russes vis-à-vis d’eux. Et celle-ci est parfois très négative. Les raisons sont nombreuses : mauvaise intégration dans la société russe, non-respect de la loi, divergences culturelles, etc.

En ce qui concerne spécifiquement les citoyens ouzbeks, l’attitude des Russes envers eux s’est nettement améliorée. Il y a eu une période où les médias se sont escrimés à créer une ambiance délétère à l’égard des migrants d’Asie Centrale. Mais heureusement, il a été mis un terme à cette situation.

En général, l’attitude des Russes à l’égard des Ouzbeks est finalement bonne. La gastronomie ouzbèke est la deuxième plus populaire du pays. Quant à savoir laquelle est la première, les débats vont bon train. Mais, incontestablement, la cuisine ouzbèke occupe la deuxième place. Je remarque aussi que l’Ouzbékistan pourrait devenir une destination touristique populaire pour les citoyens russes, et c’est de plus en plus le cas.

En décembre 2017, Vladimir Poutine a signé une loi visant à attirer les citoyens ouzbeks pour venir travailler en Russie. Ainsi, à partir de 2018, les migrants peuvent venir en Russie de manière organisée et y travailler. Cet accord a-t-il modifié la situation des travailleurs migrants sur le sol russe ?

Tout d’abord, l’accord témoigne du manque de main d’œuvre sur le marché du travail russe. Comme l’ont déclaré les responsables du gouvernement, le nouvel accord va permettre de lutter contre le recrutement illégal de migrants ouzbeks en Russie.

Dorénavant, les autorités de l’État partenaire doivent pleinement contrôler les citoyens qui migrent en Russie. Ainsi, le gouvernement ouzbek doit accompagner chaque concitoyen recruté par l’État russe depuis son choix d’un poste vacant jusqu’à son départ.

De plus, la mobilisation de main d’œuvre en provenance d’Ouzbékistan contribue à l’établissement de liens plus étroits au niveau humain. Les Ouzbeks sont des gens qui travaillent dur. Et, je le répète, l’attitude envers les migrants en Russie s’est nettement améliorée ces dernières années.

Interview traduite du russe par Pierre-François Hubert

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Vladimir Poutine et Chavkat Mirzioïev à Moscou le 5 avril 2017
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