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L’Ouzbékistan accélère la libéralisation de son économie

Le président ouzbek Chavkat Mirzioïev a décidé de privatiser certains actifs d’État, tout en imposant une restriction accrue des monopoles sur le marché intérieur. L’objectif : instaurer un régime de concurrence, considéré comme l’une des clés essentielles au développement économique du pays. 

Les 27 et 28 mai derniers, deux réunions se sont tenues, lors desquelles le président de l’Ouzbékistan, Chavkat Mirzioïev, a pu discuter de l’établissement d’une série de plans visant à privatiser des actifs d’État et limiter les monopoles économiques sur le marché intérieur, rapportent plusieurs communiqués présidentiels. Ces mesures devraient permettre d’instaurer les bases d’une logique concurrentielle au sein de l’économie intérieure ouzbèke, afin d’accélérer l’intégration contrôlée du pays dans l’économie mondiale. 

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Lors de ces réunions, la notion de “concurrence” a été plusieurs fois évoquée. Longtemps fermée et contrôlée, l’économie ouzbèke s’ouvre désormais et voit dans les logiques concurrentielles l’une des conditions fondamentales au développement du pays. Pour le gouvernement actuel, la question de la concurrence est étroitement liée à l’ouverture du pays sur l’économie mondialisée. L’intensification des relations entre l’Ouzbékistan et cette dernière nécessite, selon le média ouzbek Kun.uz, de garantir un environnement concurrentiel sur le marché intérieur et d’accroître la compétitivité des fabricants nationaux.

Vers une privatisation des actifs de l’État

Lors de la  réunion du 27 mai dernier, Chavkat Mirzioïev a notamment insisté sur la nécessité d’accélérer le transfert d’environ 1 400 actifs de l’État aux investisseurs privés. Il s’agit d’une logique s’inscrivant dans un processus de privatisation à l’œuvre depuis plusieurs années. L’un des derniers grands exemples en date a par ailleurs été la libéralisation de la production de coton, historiquement contrôlée de près par l’État. 

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Les précédentes privatisations ont ainsi laissé transparaître des indicateurs économiques positifs, motivant le gouvernement à poursuivre dans cette voie. Au total, depuis le début de l’année 2020, 299 actifs de l’État d’une valeur de 348 milliards de soums (33 millions d’euros) ont déjà été vendus. Les nouveaux investisseurs ont investi au total 3,3 billions de soums (environ 300 millions d’euros) dans ces installations et se sont engagés à créer 4 700 nouveaux emplois. Le 27 mai dernier, l’État ouzbek a vendu sa participation de 80 % dans l’iconique l’hôtel “Ouzbékistan” de la capitale, Tachkent, à une société singapourienne.

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Lors de cette réunion, le président a également souligné la nécessité de réduire le nombre d’entreprises publiques, souvent jugées archaïques et inefficaces. Pour cela, la State Assets Management Agency ainsi que les chefs des grandes industries du pays ont été chargés de liquider 711 entreprises jugées inefficaces, de réorganiser 262 entreprises et de transférer plus de 500 marchés au secteur privé. 

Les tendances monopolistiques dans le viseur

Lors de la réunion du 28 mai dernier, Chavkat Mirzioïev s’est attaqué aux situations monopolistiques du marché intérieur ouzbek. Les participants à la réunion ont ainsi été chargés de réviser la situation actuelle, notamment à travers l’établissement d’une liste visant à réduire le nombre de produits monopolistiques. L’un des exemples célèbres de situation monopolistique, bien que démenti par son directeur adjoint Oumid Housanov, est la compagnie Uzbekistan Airways, seule compagnie aérienne enregistrée en Ouzbékistan depuis la chute de l’URSS et jusqu’alors entièrement détenue par l’État.

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Aujourd’hui, au total, 245 entreprises conservent le statut de monopole sur le marché de 31 groupes de biens et 82 types de services. Parmi elles, il y a notamment des sociétés de transport, d’assainissement, ainsi que d’approvisionnement en eau et énergie telles que Ourgenchtransgaz ou O’ztransgaz. 

Cependant, 70 entreprises pour 19 types de biens et services, dont le marché a déjà constitué un environnement concurrentiel, peuvent être exclues du registre des monopoles, rapporte le communiqué, sans toutefois les citer. 

Faciliter l’instauration d’une économie de marché

Outre la préparation d’un projet d’amélioration des activités du Comité anti-monopole d’Ouzbékistan, deux grandes mesures principales ont été évoquées afin d’instaurer les bases d’une économie de marché dans le pays, rapporte le communiqué présidentiel

Une refonte du système d’enseignement supérieur a notamment été étudiée en vue de proposer des formations permettant de fournir des experts nationaux spécialisés sur les questions de la concurrence et du développement économique. “Quand serons-nous prêts pour la compétition ? Quand nos sphères et industries seront-elles prêtes pour cela ? Les sphères seront prêtes s’il y a des spécialistes. Notre endroit le plus vulnérable est le manque de spécialistes qualifiés, pas de normes. Par conséquent, nous devons construire ce travail dès le début”, a notamment déclaré Chavkat Mirzioïev. 

Il a également été question d’étendre la protection des droits des consommateurs afin de limiter l’influence des monopoles économiques. Sur les plus de 11 000 plaintes de consommateurs reçues par la Consumer Rights Protection Agency, l’année dernière, 50 % concernaient les services publics et les transports, 25 % le commerce, les 25 % restants les communications, les services financiers et autres. La raison principale de cette proportion s’explique par le fait que les entreprises monopolistiques opèrent selon des actes internes qui poursuivent leurs intérêts propres plutôt que ceux des consommateurs.

Une stratégie d’ouverture étroitement contrôlée

Les décisions prises lors de ces deux dernières réunions s’inscrivent dans la volonté d’ouverture du pays, entamée dès l’arrivée au pouvoir de Chavkat Mirzioïev en 2016 et notamment inscrite dans la Stratégie d’action pour cinq orientations prioritaires pour le développement de la République d’Ouzbékistan pour 2017-2021, rapporte le communiqué.

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L’objectif est de protéger l’économie nationale des concurrents extérieurs, notamment à travers l’instauration de taxe sur l’importation, tout en développant le marché intérieur ouzbek selon des logiques concurrentielles afin de l’insérer progressivement dans l’économie mondialisée. Ceci explique pourquoi le gouvernement ouzbek adopte successivement des mesures protectionnistes puis libérales. 

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Le but est de renforcer les producteurs ouzbeks sur le marché intérieur et de les préparer progressivement à la compétition internationale ainsi qu’à l’export pour l’horizon 2030. L’une des réussites de cette politique sera, entre autres, l’entrée du pays dans l’Organisation mondiale du commerce, évoquée déjà depuis plusieurs années. 

Tanguy Martignolles
Rédacteur pour Novastan

Relu par Aline Cordier Simonneau

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De nouvelles mesures ont été évoquées par le gouvernement ouzbek afin d’instaurer progressivement une économie de marché dans le pays. Il a notamment été question de mesures anti-monopoles, de protection des consommateurs ainsi que de privatisation d’actifs étatiques.
Agence présidentielle de la République d'Ouzbékistan
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