Union Economique Eurasiatique UEE Observateur Ouzbékistan

L’Ouzbékistan bientôt observateur dans l’Union économique eurasiatique

La chambre basse d’Ouzbékistan a majoritairement approuvé le projet d’entrée du pays dans l’Union économique eurasiatique en qualité d’observateur. Le projet doit maintenant être validé par la chambre haute. Cette décision n’a pas été sans ranimer les débats concernant la nécessité de rejoindre l’organisation. 

Après plus d’un an de réflexion, la chambre basse du parlement d’Ouzbékistan, l’Oliy Majlis, a finalement approuvé le 28 avril dernier la décision du gouvernement d’obtenir le statut de membre observateur de l’Union économique eurasiatique (UEE), rapporte le média russe Fergana News

L’annonce a été faite par le député Akmal Bourkhanov via sa chaîne Telegram. Ce dernier rapporte les résultats suivant : 132 députés sur 150 ont participé à ce vote, 86 ont voté pour, 32 contre tandis que 14 se sont abstenus. La proposition doit maintenant être examinée par la chambre haute. 

Un revirement soudain 

L’UEE est une organisation internationale effective depuis le 1er janvier 2015 visant à créer une union douanière et un espace économique commun entre ses pays membres. Elle comprend actuellement l’Arménie, la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizstan et la Russie. L’UEE a accordé le statut d’observateur à la Moldavie et s’apprête à faire de même pour l’Ouzbékistan.

Lire aussi sur Novastan : L’Union économique eurasiatique : Back in USSR ?

Aujourd’hui l’Ouzbékistan semble vouloir se rapprocher concrètement de cette organisation, chose impensable jusqu’à très récemment. L’UEE apparaît comme une institution avec une forte influence russe. La politique multilatérale du pays était très limitée jusqu’à l’élection du président Chavkat Mirzioïev en décembre 2016. Ce dernier a par ailleurs déclaré lui-même en janvier 2019 devant le Sénat que son pays ne rentrerait pas dans l’UEE. Pourtant quatre jours plus tard, il semblait avoir changé d’avis et annonçait publiquement que l’Ouzbékistan considérait une coopération avec la zone de libre-échange en tant qu’observateur. Cette intention a notamment été confirmée le 2 octobre 2019 par la présidente du Conseil de la Fédération de Russie, Valentina Matvienko, lors d’une visite officielle à Tachkent, la capitale ouzbèke. 

Lire aussi sur Novastan : L’Ouzbékistan prépare son entrée dans l’Union économique eurasiatique 

Comment expliquer ce retournement de situation ? Tout d’abord, il convient de noter qu’il est question d’un statut d’observateur, pas de membre. Comme l’a affirmé le président le 20 janvier dernier dans un message adressé à la chambre haute, “observateur ne signifie pas membre. C’est une sorte de spectateur. Nous devons clarifier ce qui nous convient, ce qui ne nous convient pas”. Un statut d’observateur permet seulement de participer aux réunions des organes de l’UEE et recevoir les documents acceptés mais ne donne pas le droit de participer à la prise de décision. Une coopération avec l’UEE apparaît ainsi nécessaire pour le président ouzbèke. Dans la même déclaration il a notamment stipulé que “80 % du fret du commerce extérieur de l’Ouzbékistan passait par la Russie, le Kazakhstan et le Kirghizstan, et ces pays représentaient 50 % des exportations de produits finis”

Ainsi, en mars dernier, le gouvernement a publiquement approuvé la participation du pays à l’UEE comme membre observateur et a envoyé sa proposition au Parlement rapporte Fergana News. Ceci a été suivi, à la fin du même mois par la création d’un groupe de travail sur la participation du pays à l’UEE par le Conseil de la chambre basse du Parlement. 

Aujourd’hui, la proposition d’une entrée prochaine au sein de l’UEE en tant qu’observateur a donc été validée par le gouvernement et la chambre basse. Elle doit maintenant être validée par la chambre haute. En attendant, les débats concernant une éventuelle adhésion au sein de l’UEE ainsi que sur sa nature réapparaissent et se cristallisent. 

Une décision qui ne fait pas l’unanimité

Le parti social-démocrate Adolat (Justice) se félicite de cette nouvelle. Le service de presse du parti explique qu’il approuve majoritairement cette coopération. Selon ce dernier, la participation de l’Ouzbékistan à l’UEE est un gage de développement économique. Le parti considère que cela augmentera les flux de travailleurs ouzbèkes vers les autres pays de l’Union, ce qui pourrait représenter un flux financier de quatre à huit milliards de dollars par an. Ceci permettrait en outre de dynamiser les secteurs de l’énergie et du tourisme. Il concède cependant que si l’Ouzbékistan venait à adhérer pleinement à l’UEE, “l’industrie ouzbèke (automobile, alimentaire, pharmaceutique et autres) perdrait environ deux milliards de dollars ».

Cette décision n’est en revanche pas saluée par le second parti au Parlement. Le chef du Mlliy Tiklanich (Renouveau national), Alicher Kadyrov a déjà critiqué fin 2019 ce projet de coopération avec ce qu’il qualifie de “deuxième URSS”. “Nous serons honnêtes, de par son nom, l’UEE est une organisation économique, mais des objectifs politiques invisibles se cachent derrière elle. Aujourd’hui, ce n’est un secret pour personne”, a-t-il affirmé. Le parti considère qu’il convient de poursuivre les relations bilatérales avec les pays participant à l’union, a écrit Alicher Kadirov.

Dans la même lignée, le directeur du Centre d’assistance au développement économique de l’Ouzbékistan, Youli Youssoupov concède qu’il existe des avantages à intégrer l’UEE mais appelle toutefois à refuser de le faire. “L’UEE n’était pas à l’origine une union de partenaires égaux ni même une union de pays où il existe plusieurs centres de pouvoir qui s’équilibrent (comme l’UE par exemple). Ici, le centre du pouvoir est la Russie”, a-t-il affirmé dans une interview à Fergana News.

Martignolles Tanguy

Rédacteur pour Novastan

Relu par Anne Marvau

L’Ouzbékistan devrait bientôt devenir un Etat observateur de l’Union économique eurasiatique.
Thommy / Wikimedia Commons
Partager avec
Aucun commentaire

Ecrire un commentaire

Captcha *