Frédérique Beaupertuis-Bressand Présidente La Timuride Association Ouzbékistan France Tamerlan

« L’Ouzbékistan est le pays de mon cœur ! » : rencontre avec la présidente de l’association La Timuride

Frédérique Beaupertuis-Bressand est passionnée par l’Ouzbékistan et plus particulièrement par la période timouride, lorsque Samarcande était la capitale d’un immense empire. Cette passion l’a poussée à fonder La Timuride, une association française ayant pour but de faire connaître la culture et l’histoire timurides. Rencontre.

Novastan reprend et traduit ici un article publié le 3 avril 2019 dans le média ouzbek Ekonomitcheski Vestnik Ouzbekistana.

L’association La Timuride réunit des chercheurs français et étrangers afin d’étudier et faire connaître l’histoire, l’art et la culture des Timurides, dynastie du XIVème et XVème siècles qui avait fait de Samarcande, en Ouzbékistan actuel, sa capitale.

La présidente et co-fondatrice de La Timuride, Frédérique Beaupertuis-Bressand, se passionne pour cette époque depuis son premier voyage en Ouzbékistan, en 1977. Chokroukh Azamov, rédacteur en chef du journal ouzbek Ekonomitcheski Vestnik Ouzbekistana, l’a rencontrée à l’occasion du trentième anniversaire de l’association.

Ekonomitcheski Vestnik Ouzbekistana : D’où vient votre intérêt pour l’époque des Timourides ? Qu’est-ce qui vous a tant intriguée dans cette culture ?

Frédérique Beaupertuis-Bressand : L’intérêt pour les Timurides m’est venu lors de mon premier voyage à Samarcande en 1977. J’étais jeune étudiante, j’apprenais le russe et je visitais toutes les républiques d’URSS. Je suis tout de suite tombée amoureuse de Samarcande, pour sa beauté, surtout la céramique bleu et or des mausolées de la nécropole Chah-e-Zindeh, mais aussi pour ses habitants particulièrement accueillants. De cette époque date le début de ma passion.

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Quelques années plus tard j’ai rencontré un remarquable historien, Lucien Kehren, qui savait tout sur Tamerlan. Le 27 mars 1988, notre dévouement à cette cause commune nous a poussés à créer une association culturelle à Paris.

Samarcande nécropole Chah-e-Zindeh Ouzbékistan

Vous faites un excellent travail de sauvegarde de l’histoire. À quel genre de difficultés faites-vous face dans ce domaine ?

La partie la plus difficile, surtout au début, c’était la communication avec nos collègues ouzbeks, en particulier avec les archéologues et les historiens. On n’avait pas encore de téléphones portables, ni d’Internet ! Notre travail a toujours été et reste bénévole. Nous avons un petit budget et de grands projets. Et nous avons du succès malgré tout !

Que nous racontent les documents historiques sur les relations entre le roi Charles VI et Tamerlan ?

La coopération entre l’Ouzbékistan et la France remonte au VIIème siècle. Cependant, les premiers faits historiques montrent que les relations économiques entre le Touran et la France ont commencé par une correspondance entre Tamerlan et Charles VI (1380-1422), dans laquelle Tamerlan proposait d’établir des liens commerciaux. Lucien Kehren décrit les objectifs de Tamerlan ainsi : « À la fin de sa lettre adressée au roi de France, Tamerlan écrit qu’il « faut que vos commerçants viennent sur notre territoire, pour que nous puissions les accueillir chaleureusement chez nous. Il faut aussi que nos commerçants visitent votre territoire, et que vous puissiez les accueillir de la même façon. Inutile de contester le fait que le monde fleurit grâce aux commerçants. »»

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Charles VI était heureux de recevoir une lettre de Tamerlan et lui a répondu positivement, le félicitant pour sa victoire sur le sultan de l’Empire ottoman. La lettre de Tamerlan, dont une copie a été remise au premier président ouzbek lors de sa visite en 1996, se trouve maintenant aux Archives nationales de Paris

Parlez-nous brièvement de Johannes de Galonifontibus, qui a écrit des mémoires sur Tamerlan et son palais.

Johannes de Galonifontibus était un moine dominicain, nommé archevêque de Soltaniyeh en 1377, d’où son autre nom, Jean de Soltaniyeh. En 1402, il a rencontré Tamerlan après sa victoire sur les Turcs à Ankara. Tamerlan l’a envoyé dans des ambassades et des cours européennes, notamment à Paris, Londres et Venise, pour annoncer sa victoire sur Bajazet Ier. Via Johannes de Galonifontibus, Tamerlan a pu correspondre avec les dirigeants des pays européens et ainsi faciliter les échanges commerciaux. Ça a été une grande initiative diplomatique ! Tous les rois ont répondu en envoyant leurs félicitations à Tamerlan.

Mausolée de Tamerlan à Samarcande en Ouzbékistan

En 2019, l’association La Timuride a célébré son 30ème anniversaire. Pouvez-vous nous parler de ses activités?

L’association travaille depuis trois décennies à la promotion de la culture ouzbèke et surtout de la période des Timurides, dont le patrimoine est si riche dans de nombreux domaines : l’architecture, la céramique, l’art, les miniatures, la science, l’astronomie. Pendant toutes ces années, l’association a été un lieu d’échanges riches et productifs entre les chercheurs, les archéologues, les historiens et les artistes. Elle a joué un rôle important dans le développement des liens culturels entre l’Ouzbékistan et la France.

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Nous avons célébré notre anniversaire en avril dernier à Tachkent, à Samarcande et à Boukhara. Le Fonds international Amir Temur (Tamerlan) à Tachkent, en partenariat avec la région de Samarcande et sa municipalité, a organisé de merveilleuses célébrations sur la place du Régistan à Samarcande. L’ambassade d’Ouzbékistan en France a également beaucoup aidé. Nous sommes très reconnaissants envers nos amis ouzbeks. Ce fut inoubliable : des conférences, un concert de Monâjât Yultchieva, une représentation de la troupe du Théâtre de Samarcande sur Ulugh Beg mise en scène dans la cour de la madrasa Ulugh Beg, avec l’acteur français François Chattot dans le rôle principal, des défilés de mode, de nombreux dîners de fête et des visites d’endroits magnifiques. Tous les membres de l’association ont été très touchés par la grandeur de cet évènement, l’accueil et l’hospitalité du personnel.

À notre connaissance, vous avez organisé beaucoup de conférences et d’évènements dédiés à la culture et à l’histoire de l’Ouzbékistan. Vous faites connaître la culture ouzbèke en France et en Europe. Est-ce que les Français et la communauté internationale s’intéressent à notre pays ?

Oui, en effet, j’ai organisé des centaines de conférences sur le patrimoine culturel d’Ouzbékistan en France, en Belgique (Fondation Boghossian à Bruxelles), en Espagne (Casa de Velazquez), au Portugal (Fondation Calouste-Gulbenkian), à Londres, à New York (Morgan Library). L’association a également mis en place des concerts, par exemple une soirée au théâtre de l’Odéon à Paris, « Poésie et musique à la cour des princes Timurides », en collaboration avec [le metteur en scène] Bakhodir Iouldachev et Monâjât Yultchieva. Ça a été un grand succès. Nous avons monté des dizaines d’autres évènements : soirée de la poésie de Mir Alicher Navoï, expositions d’art ainsi que défilés de mode, toujours avec des invités d’Ouzbékistan afin de populariser la culture ouzbèke et mettre en valeur les talents du pays.

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Depuis 30 ans, nous partageons régulièrement les informations sur tous ces évènements sur le blog de La Timuride. L’association a aussi participé à des évènements officiels à Tachkent et à Samarcande : les anniversaires d’Ulugh Beg et de Tamerlan, des conférences scientifiques et quelques festivals de musique. J’ai mené plus d’une dizaine de voyages culturels à travers l’Ouzbékistan pour diffuser l’art et l’histoire des Timurides auprès de différents groupes, par exemple les membres du Musée Guimet. Les gens en savaient peu sur l’Ouzbékistan, mais le pays devient très populaire. Beaucoup de touristes le visitent.

Statue de Tamerlan à Tachkent en Ouzbékistan

Quels travaux scientifiques liés à l’histoire de l’Ouzbékistan avez-vous publié ?

De grandes figures comme Tamerlan et l’astronome Ulugh Beg ont été au cœur de nos recherches et nous ont inspiré l’écriture de publications scientifiques et de romans. Lucien Kehren a publié Tamerlan (1980) et La route de Samarkand au temps de Tamerlan (1990). Grâce à mes voyages et aux rencontres que je fais depuis 40 ans, j’ai eu la chance de publier des livres combinant mes photographies et mes études sur l’art et la culture de Samarcande : The Blue Gold of Samarkand (« L’Or bleu de Samarkand », 1997), Samarkand La Magnifique (2006) et Ulugh Beg, le prince astronome (1994), entre autres. Ces publications ont permis à l’association de partager ses recherches avec un large public en Europe et aux États-Unis, alors que l’Ouzbékistan n’était pas très connu. À ce jour, les livres sont disponibles dans les musées et les librairies spécialisées du monde entier.

Visitez-vous souvent l’Ouzbékistan ? Quelles villes aimez-vous le plus et qu’est-ce qui vous attire?

Samarcande est ma ville préférée. Je suis maintenant citoyenne d’honneur de Samarcande et j’en suis très fière. C’est un grand honneur pour moi, car l’Ouzbékistan est le pays de mon cœur !

Propos recueillis par Chokroukh Azamov
Rédacteur en chef d’Ekonomitcheski Vestnik Ouzbekistana 

Traduit du russe par Jelena Dzekseneva

Édité par Valentine Baldassari

Corrigé par Anne Marvau

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Frédérique Beaupertuis-Bressand, co-fondatrice et présidente de l’association La Timuride.
La Timuride
Détail de la nécropole Chah-e-Zindeh à Samarcande.
dalbera via Visual Hunt
Le mausolée de Tamerlan, à Samarcande.
Willard84 / Wikimedia Commons
Statue de Tamerlan
erh1103
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Commentaires
  • Sauf erreur ,’ le President Karimov a effectué une visite d’Etat en France en novembre 1993 (et non en 1996. Le President Mitterrand a effectué une visite retour en avril 1994.
    Cordialement.

    29 avril 2020

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