Le président tadjik, Emomalii Rahmon accueilli par son homologue ouzbek, Chavkat Mirzioïev à Tachkent le 17 août 201

L’Ouzbékistan et le Tadjikistan vont construire ensemble deux centrales hydroélectriques

17 ans après la dernière visite d’Etat tadjike en Ouzbékistan, le président du Tadjikistan, Emomalii Rahmon s’est rendu à Tachkent ce vendredi 17 août. Parmi les accords signés, les deux pays vont construire deux centrales hydroélectriques ensemble sur la rivière Zaravchan, partagée entre les deux pays.

Les relations entre Tadjikistan et Ouzbékistan ne cessent de se réchauffer. En visite officielle dans la capitale ouzbèke ce vendredi 17 août, le président tadjik Emomalii Rahmon a annoncé la construction de deux centrales hydroélectriques en utilisant les ressources de la rivière Zaravchan, située entre les deux pays.

Cette visite, une première depuis plus de 17 ans, est l’occasion de démontrer un peu plus les bonnes relations retrouvées entre Tachkent et Douchanbé. Empoisonnées ces dernières décennies par la question du partage de l’eau et de la construction de centrales hydroélectriques au Tadjikistan, ces relations semblent désormais être au beau fixe. Cette construction a été confirmée par le président ouzbek Chavkat Mirzioïev.  « Aujourd’hui, nous sommes prêts à annoncer la construction conjointe de deux centrales hydroélectriques d’une capacité totale de 320 megawatts au Tadjikistan sur la rivière Zaravchan et à étudier l’utilisation de l’eau douce du lac de Sarez dans le cadre de la commission intergouvernementale pour la construction d’une centrale hydroélectrique » a-t-il affirmé lors de la conférence de presse commune des deux présidents.

L’eau et son partage : délicate question

La thématique de l’eau est majeure en Asie centrale, notamment pour ses risques de conflits. Si la question a ainsi été abordée au plus haut niveau, la question de la construction du barrage de Rogun n’a pas été mentionnée. Cette centrale hydroélectrique est pourtant au cœur des mauvaises relations entre les deux pays voisins depuis des décennies, du fait de sa capacité à priver d’eau l’Ouzbékistan mais en assurant l’indépendance énergétique et des revenus d’export non-négligeables pour le Tadjikistan.

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Le fait que la question ne soit pas abordée et que les déclarations sur le sujet de l’eau parlent de construire de nouvelles centrales au Tadjikistan ne semble pas gêner les bonnes relations bilatérales voulues depuis son arrivée au pouvoir par le président ouzbek en décembre 2016. Chavkat Mirzioïev a notamment fait un pas majeur en direction de son homologue tadjik en avril dernier en annonçant une commission bilatérale dédiée aux risques du barrage. Cette annonce faisait des deux pays des partenaires plutôt que des adversaires sur  ce dossier.

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« Je l’ai souvent fait valoir lors de visites à l’étranger, notamment devant les Nations Unies : nous ne laisserons jamais nos voisins sans eau en particulier, dans les négociations en cours », a rassuré Emomalii Rahmon lors de la conférence de presse commune.

Une visite historique

Plus largement, cette visite d’Etat du président tadjik à Tachkent est un signe extrêmement positif, 17 ans depuis sa dernière. Elle fait suite à la visite d’Etat du président ouzbek à Douchanbé en mars dernier, qui avait été qualifiée historique. Elle avait notamment permis de mettre fin au système de visas entre les deux pays et de lancer la réouverture concrète des frontières. « L’année 2018 a marqué un tournant dans l’histoire des relations bilatérales. Depuis le début de cette année, plus de 50 réunions ont eu lieu à différents niveaux », relève ainsi le communiqué officiel ouzbek.

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Dans le détail, 27 documents ont été signés concernant la coopération dans l’industrie, la normalisation et la certification, le franchissement des frontières, la reconnaissance de documents sur l’éducation, la géodésie et la géologie, l’agriculture, la culture et d’autres domaines. Le montant total des contrats signés s’élève à 800 millions de dollars (702,4 millions d’euros).

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En particulier, des accords de coopération économique, scientifique, technique et culturelle et humanitaire entre les régions frontalières de Sourkhan-Daria et Khatlon, ainsi que de Samarcande et Soghd ont été adoptés. « Nous voulons que cette visite devienne vraiment historique et que nos accords servent nos peuples pendant de nombreuses années » a déclaré le président ouzbek au début de la visite de son homologue tadjik.

La « situation décevante » en Afghanistan

Au-delà de leur situation respective, ces chefs des deux États « ont scrupuleusement discuté des questions relatives à l’Afghanistan », explique le communiqué commun. Selon Chavkat Mirzioïev, la situation actuelle en Afghanistan, au seuil de grands événements politiques tels que les élections législatives et présidentielle, est décevante. L’Ouzbékistan s’est engagé au niveau international depuis plusieurs mois pour aboutir à une stabilisation du pays.

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Cette situation « nous incite à réfléchir sur la sécurité de nos frontières à deux. Nous avons convenu que nous prendrons cela très au sérieux », a souligné le président ouzbek. Au cours des 18 derniers mois, les organes de sécurité et de défense des deux pays se sont rencontrés à plusieurs reprises. L’établissement de relations mutuelles plus fréquentes ainsi que des échanges d’informations plus systématiques en vue d’assurer la sécurité mutuelle de cette frontière avec l’Afghanistan a été également au centre des échanges et des accords signés entre les deux présidents.

« Plus de questions irrésolues »

« Désormais, nous n’avons plus de questions irrésolues entre nous. Nous avons incarné le désir de nos ancêtres de vivre dans l’amitié, la parenté, la compréhension mutuelle et la tranquillité », a déclaré le président ouzbek pour clore la conférence de presse commune.

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Chavkat Mirzioïev a également souligné que le développement de relations amicales avec le Tadjikistan est l’une des principales priorités de la politique étrangère de l’Ouzbékistan. En effet, la politique régionale du président ouzbek semble se poursuivre comme prévu, même si les questions les plus difficiles, comme celle concernant Rogun, ne semblent pas avancer aussi vite que d’autres.

La rédaction

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Le président tadjik, Emomalii Rahmon accueilli par son homologue ouzbek, Chavkat Mirzioïev à Tachkent le 17 août 2018.
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