L’Ouzbékistan fête ses 25 ans dans l’incertitude

Le 1er septembre, la république d’Ouzbékistan célèbre le 25ème anniversaire de son indépendance de l’Union soviétique. L’hospitalisation le dimanche 28 août du président Islam Karimov, dont l’état de santé reste encore inconnu, plane cependant sur les festivités dans lesquelles il ne participe pas pour la première fois. C’est donc un quart de siècle d’existence fêté dans une ambiance indéfinie, dans l’incertitude et le manque du leader ouzbek d’habitude à la tête de ces cérémonies qu’il a contribué à créer.

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Fête indépendance Ouzbékistan

La fête de l’indépendance est d’habitude une grande messe autour de la création de la nation ouzbèke, chargé de symboles politiques orchestrés autour du (premier et jusqu’ici seul) président de l’Ouzbékistan indépendant, Islam Karimov. Mais c’est aussi une fête populaire, avec de nombreux concerts dans les parcs publics où les gens dansent et s’amusent dans une ambiance légère de fin d’été et de rentrée scolaire qui approche.

Ce 1er septembre, malgré le chiffre symbolique des 25 ans, le quart de siècle s’est déroulé dans une atmosphère un peu moins légère, avec certains concerts dans des parcs, comme celui du parc Babour où l’une des deux scènes montées pour l’occasion était vide, même si un petit groupe dansait au son de la musique ouzbèke.

parc Babour à Tachkent

A la télévision nationale, les passants ouzbèks interrogés souhaitaient un bon rétablissement ou remerciaient le président Karimov, pour les 25 ans d’indépendance du pays, décrit Sputnik Ouzbékistan. Le parc Alisher Navoï de la capitale Tachkent a été, comme les années passées, le cœur de la fête avec des concerts et beaucoup de monde, partis se promener jusque tard dans la nuit. Des concerts, performances de danses et d’art ouzbek ont aussi pris place dans 12 autres parcs de la capitale.

Ouzbékistan fête

Une fête la tête ailleurs

Déjà le 31 août, deux évènements liés au jour de l’indépendance ont été annulés, comme le rapport la rédaction russe de Sputnik Ouzbékistan. Tout d’abord, la visite annuelle du chef de l’Etat au « Shakhidlar hotirasi », mémorial des victimes de la répression politique (russe et soviétique). Le concert auquel le président Karimov participait traditionnellement tous les ans à la veille de la fête nationale, a également été annulé, sans explication officielle.

rue vide Tachkent

Jusqu’à la veille de l'indépendance, la programmation de la journée du 1er septembre est restée floue, certains allant jusqu’à spéculer de son annulation pure et simple. Les célébrations ont toutefois bien eu lieu, avec de plusieurs modifications toutefois. Ainsi, la fin du programme a été avancée à 18h au lieu de 20h comme initialement prévu, officiellement en raison du match opposant Ouzbékistan et Syrie pour les qualifications à la Coupe du monde de football 2018. Match à domicile d’ailleurs remporté 1-0 par l’équipe ouzbèke dans son stade « Buniodkor » de Tachkent pour la plus grande joie des spectateurs.

Grande place Tachkent fête

Pour laisser place au football, le feu d’artifice traditionnellement tiré le soir depuis le parc Alisher Navoï a été annulé, selon un communiqué de la ville. Selon cette même source, le spectacle devrait être reporté à un autre jour, sans que plus de précisions n’aient été données. Il faut noter que les changements de dernières minutes de la sorte sont fréquents lors des fêtes publiques organisées en Asie centrale.

allée Tachkent

Cependant, l’absence du président Karimov lors de ces célébrations est inhabituel pour la population habituée à associer indépendance du pays et Karimov qui a conduit le pays dans cette indépendance. Ainsi, les célébrations des 25 ans du pays ont plus brillé par leur sobriété ainsi que par l’absence de personnalités politiques lors des cérémonies, laissant tout l’espace politique à un discours écrit d'Islam Karimov souhaitant une bonne fête à ses concitoyens, annonçant ainsi que même malade la continuité de l’Etat est assurée. 

Le discours présidentiel lu à la télévision

Pour la première fois depuis 25 ans, le président Islam Karimov n’a pas pu se présenter au public pour lire son discours annuel, qui revêt pourtant une importance symbolique l’année des 25 ans du pays. C’est donc un présentateur de la télévision officielle qui a lu un discours signé de la main du président. Le discours en question en appelle à la fierté du peuple ouzbek et à l’importance de la cohésion nationale dans un contexte international troublé.

Le chef de l’Etat félicite le peuple ouzbek pour les progrès accomplis depuis 1991, date de « la libération des griffes d’un régime totalitaire ». Il salue le passage d’un pays « sous-développé, incapable d’assurer sa propre protection et sujette aux effets dévastateurs d’une économie centrée uniquement sur le coton » vers un Etat « dynamique et stable, occupant une place honorable dans la communauté internationale ».

Fontaines

Islam Karimov invite également la sphère dirigeante à abandonner les anciennes méthodes de travail et de penser selon des schémas nouveaux afin d’adapter l’organisation du travail et de la gouvernance à un monde en rapide mutation, en soulignant notamment l’instabilité des marchés mondiaux. Il met en garde ses concitoyens contre les conflits qui se multiplient dans la région, jusqu’aux frontières même du pays. Ce faisant, il rappelle n’avoir « rejoint aucun bloc politico-militaire » et assure « refuser tout déploiement de bases militaires étrangères sur le sol national ».

Place Tachkent

Le président de la République a terminé son discours en félicitant les athlètes ouzbeks, revenus des Jeux Olympiques de Rio avec un record de 13 médailles dont 4 médailles d’or. Ce serait d’ailleurs lors d’un dîner en leur honneur samedi dernier que le président aurait eu son attaque.

Lire à ce sujet sur Novastan : Rio 2016 : La boxe ouzbèke survole les jeux olympiques

La publication du discours présidentiel a permis aux festivités de continuer, malgré les incertitudes sur la santé de Karimov et donc sur l’avenir du pouvoir en place à Tachkent. Le calme règne dans la capitale et cela semble être un fait, alors que beaucoup d’Ouzbeks semblent espérer un retour providentiel de Karimov et lui souhaite un prompt rétablissement, dans l’attente d’un dénouement de la situation. A l’étranger, les rumeurs et spéculations sur le peu d’informations qui filtre sur la santé du président, son enterrement prochain et sur les positionnements de possibles successeurs vont bon train. 
 

La Rédaction

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