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L’Ouzbékistan réfléchit à importer de nouveau du pétrole russe

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6 ans après l’arrêt des importations de pétrole russe, l’Ouzbékistan a rouvert la possibilité via le Kazakhstan. Les négociations sont en cours.

Novastan traduit et reprend ici un article paru originellement sur 365info.kz .

Après une interruption de six ans, la Russie a relancé ses exportations de pétrole vers l’Ouzbékistan. En l’occurrence, KazMunaïGaz, compagnie nationale de gaz et de pétrole du Kazakhstan, s’est dit prête à faire transiter le pétrole russe à travers le territoire kazakh, a annoncé ces derniers jours le ministre kazakh de l’Énergie, Kanat Bozoumbaïev. Le ministre kazakh a tout de suite fait remarquer que le pipeline qui traverse l’Ouzbékistan serait conservé, étant donné que le transfert du pétrole ne sera possible qu’à travers ce dernier.

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Les problèmes techniques, combinés à l’expérience malheureuse de Lukoil en Ouzbékistan, pourraient rendre le projet économiquement rentable pour les Russes, prévoient les experts kazakhs. Le véritable avantage de cette idée est qu’elle peut devenir un atout politique pour le Kremlin face à l’Aksaraï, le palais présidentiel ouzbek, et pourrait peut-être annoncer un dégel dans les relations entre l’Ouzbékistan et la Russie, relativement tendues depuis l’époque d’Islam Karimov, décédé en septembre 2016.

L’influence du nouveau président ouzbek

Selon l’économiste Jaras Akhmetov, le retour du pétrole russe sur le marché ouzbek est avant tout lié à la politique économique du nouveau président Chavkat Mirzioïev, élu en décembre dernier. Cette nouvelle orientation n’exclut cependant pas le risque de voir réapparaître les problèmes d’autrefois.

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« Il y a beaucoup de gisements de pétrole en Ouzbékistan, mais ils sont vieux et à sec », explique Jaras Akhmetov. « Pour autant que je sache, l’Ouzbékistan couvre seulement 40 % de ses besoins en pétrole avec ses deux raffineries de Ferghana et Boukhara. D’autre part, ce système [le transit du pétrole russe à travers le Kazakhstan, ndlr] date d’il y a plus de 40 ans. Le pipeline part d’Omsk [en Russie, ndlr] et traverse Pavlodar et Chimkent, jusqu’à Boukhara pour finir son chemin au Turkménistan. Il y a beaucoup de problèmes techniques sur cette voie d’accès, mais ils devraient bientôt être résolus », estime l’économiste.

Des problèmes relationnels anciens

Cependant, «les problèmes entre l’Ouzbékistan et les fournisseurs de pétrole russes ne datent pas d’hier. » L’Ouzbékistan avait en effet de très lourdes dettes auprès de Lukoil que le pays était incapable de rembourser. C’est justement pour cette raison que l’acheminement du pétrole russe s’est interrompu en 2011.

Aujourd’hui, le nouveau président a visiblement promis à la compagnie pétrolière russe que de tels problèmes ne se reproduiront plus afin de pouvoir rétablir les exportations de pétrole vers l’Ouzbékistan.

Un pétrole russe aux teintes politiques

L’économiste Aïdarkhan Koussaïnov n’est pas d’accord avec Jaras Akhmetov. Ce spécialiste ne voit pas la reprise des exportations de pétrole russe d’un aussi bon œil, surtout pour la Russie.

Pétrole Russie Foreuse

La Russie produit 10 millions de barils de pétrole par jour.

« Comme tout ce qui touche à ce domaine, la reprise des ventes du pétrole russe en Ouzbékistan est clairement un acte politique », estime Aïdarkhan Koussaïnov. « Évidemment, si les deux pays souhaitent développer leur collaboration, le projet fonctionnera, mais on ne peut pas non plus exclure qu’il pourrait échouer, justement pour des raisons économiques », ajoute-t-il.

« Ce transit n’est pas simple. Lorsqu’il n’existe pas de voie d’accès directe, l’idée est toujours risquée. La question du transit du pétrole russe à travers des pipelines jusqu’en Ouzbékistan pose potentiellement de grands problèmes techniques », juge Aïdarkhan Koussaïnov.

Le Kazakhstan prudent

Malgré leurs différences, les deux économistes se rejoignent sur le fait que la reprise de l’acheminement du pétrole russe jusqu’en Ouzbékistan profitera avant tout au Kazakhstan. En 2011, l’endettement de l’Ouzbékistan auprès de Lukoil avait également porté préjudice aux compagnies pétrolières kazakhes.

Cependant, cette fois-ci, le Kazakhstan a décidé de restreindre sa participation au projet, et donc les risques qu’il prend, mais percevra toutefois une rémunération pour le transit du pétrole.

« En son temps, le Kazakhstan exportait également une grande quantité de pétrole vers l’Ouzbékistan, jusqu’à ce qu’il soit lui aussi confronté aux arriérés de paiement, comme les compagnies pétrolières russes. Beaucoup ont fait faillite il y a six ans à cause de cette histoire », explique Jaras Akhmetov.

« Néanmoins, la situation est différente cette fois-ci. [Les Kazakhs exportent] environ 20 à 22 millions de tonnes de pétrole par an à travers la Russie grâce au système Transneft. Par conséquent, le Kazakhstan peut seulement travailler avec la Russie sur des bases mutuellement avantageuses sur un transit de pétrole équivalent », estime l’économiste kazakh. « Si les compagnies pétrolières russes font transiter du pétrole jusqu’en Ouzbékistan, alors nous négocierons sur le transit du pétrole kazakh à travers le territoire russe en priorité jusqu’à la Baltique. »

Renflouer les finances kazakhes

De son côté, Aïdarkhan Koussaïnov remarque que malgré la complexité de l’organisation d’un tel transit, l’octroi d’un tel droit à la Russie à des prix compétitifs participerait à finir de réapprovisionner le trésor kazakh. « Ce transit sera toujours avantageux pour tous les parties. Ce qui n’exclut pas que de nombreuses discussions aient lieu », ajoute-t-il.

Pétrole Ouzbékistan Femme ingénieure

L’Ouzbékistan a déjà des infrastructures pétrolières, mais elles sont vieillissantes.

« Si le vendeur et l’acheteur, dans le cas présent la Russie et l’Ouzbékistan,  se mettent d’accord et que le projet fonctionne, le pays de transit [le Kazakhstan] ne court aucun risque », affirme Aïdarkhan Koussaïnov. « Si la Russie et l’Ouzbékistan s’accordent sur les tarifs, le Kazakhstan examinera avec plaisir l’option d’un transit à des prix raisonnables. Si ce projet ne fonctionne pas, le pays de transit se trouve dans une position plus avantageuse que le vendeur et l’acheteur de pétrole », explique-t-il.

Des capacités pétrolières ouzbèkes en baisse

L’Ouzbékistan a lancé un programme de développement de son industrie pétrolière et gazière jusqu’en 2019. Cependant, l’extraction de pétrole et les réserves du pays diminuent. Le volume d’extraction est passé de 8,1 millions de tonnes d’hydrocarbures liquides en 1999 à 3 millions en 2013.

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Le pétrole ne représente que 50 % de ce volume total. L’Ouzbékistan est donc d’autant plus dépendant des importations de pétrole et de produits pétroliers, notamment auprès du Kazakhstan, de la Russie et du Turkménistan. Un temps, l’Iran avait même été envisagé.

Traduit du russe par Camille Calandre

Le port pétrolier de Saint-Pétersbourg, anciennement Léningrad.J.Elliott
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